Archives Mensuelles: octobre 2013

Origines: les déboires d’une entreprise

J’ai créé l’entreprise Solution Elec en 2009. J’étais au RSA. Pendant deux mois, j’ai exercé sous le statut d’autoentrepreneur qui m’a permis de mettre le pied à l’étrier. En novembre 2009, je fondais mon EURL.

En quatre exercices, mon chiffre d’affaires a quadruplé et j’ai finalement réussi, après avoir vécu avec 500 € par mois, parfois moins, à me dégager 1500 € par mois environ.
Parfois un peu plus. Parfois un peu moins: la précarité de l’artisan.
Cette année, j’étais relativement fier d’ajouter à mes activités d’électricité générale l’activité de climatisation.

Beaucoup de travail, un investissement personnel de tous les instants, des soucis tous les jours ou presque, une vie de famille altérée… Voilà le tableau.
Et pourtant.

J’ai essayé pendant un trimestre de faire bénéficier mon épouse, qui s’occupe de la comptabilité de l’entreprise et continue de le faire, du statut de conjoint collaborateur.
Avant de renoncer aux appels de cotisation.
J’ai embauché deux CDD pendant trois mois, et poursuit actuellement avec un seul jusqu’en avril 2014.
Aujourd’hui, le RSI me réclame 12000 euros que je n’ai pas, une fois réglé mes fournisseurs les salaires et charges.

Je regarde me situation et j’essaie de comprendre.
Avons-nous, ma famille et moi, un train de vie inadéquat…
Auquel cas je n’aurais qu’à m’en prendre à moi-même?.
Non. Nous n’avons pas pris de vacances d’été. J’ai pris cinq jours consécutifs en août. Nous sommes locataires d’un modeste T3.
J’ai une vieille Laguna.
Les services fiscaux et le RSI n’ont qu’à venir voir.
Et m’expliquer surtout comment le chef d’entreprise que je suis doit faire pour faire face.
Parce que l’épée de Damoclès est sur moi, sur mon entreprise. Et que, si je conviens que les obligations doivent être honorées, un autre principe convient aussi, si nous restons logiques, qu’à l’impossible nul n’est tenu.

Comment en est-on arrivé là.

Ma banque, qui actuellement – mais jusqu’à quand? – fait preuve de patience et compréhension, a mis trois ans avant de m’accorder un prêt de 10000 euros cette année. C’est ce montant que je demandais en 2010. Cette année, il m’aurait fallu le double. Décalages de trésorerie, décalages de soutiens…
Alors l’investissement (fourgon, outillage, matériel de clim, et) s’est fait au détriment de la trésorerie. Et la trésorerie, elle est exsangue depuis longtemps.
Depuis le début je crois.
Alors, c’est l’enchaînement et la multiplication des agios et frais financiers. Parfois, 500 € par mois…
Les clients, particuliers ou donneurs d’ordre publics ou privés, demandent des prix.
Et les obtiennent. Sinon pas de travail. Et pas de travail, c’est plus radical que tout.
Mon banquier avait raison dès le début. Améliorez votre profitabilité.
J’entends.
Je participe à des marché publics depuis le début cet exercice.
J’étais heureux d’être adjudicataire, même si les prix sont bas.
Mais le dernier adjudication m’est passée sous le nez et l’analyse des prix, puisque le choix de l’entreprise adjudicataire est motivé par le maître d’ouvrage, m’a déchiré les yeux.

Sur ce marché – la rénovation électrique d’un mairie – nous étions quatre entreprises, aucune ne relevant de l’autoentreprise.
Trois, dont la mienne, étaient dans un mouchoir de poche à 24000 € environ, avec des différences à 300 €.
Une autre entreprise positionnée à 22000 € a été éliminée pour « devis incohérent ».
Mais là où la bât blesse, c’est que le marché à 24000€ et des poussières était inférieur de 17% au budget prévu par le maître d’œuvre pour ces travaux.
Avec la retenue de garantie de 5%, nous étions à – 23% par rapport à l’estimation du professionnel.
Est-ce que ce sont les dès qui sont pipés?
Même pas.
Alors qui est responsable de cela?
Comment survivre dans des conditions telles que chaque action que l’on fait participe à creuser le trou qui nous enterre?

En bout de chaîne, au contact du client, au front de la concurrence, nous prenons de plain fouet les contradictions économiques de notre pays.
Nous touchons du doigt, et ses engrenages nous les écrasent, la quadrature du cercle que cela représente.
Et au bout du compte, quand nous réglons nos fournitures et payons les charges sociales, les retraites, les bénéfices naturels, dans les produits et matériels que nous utilisons ou installons, il nous reste, à nous, artisans, à sacrifier la nôtre de retraite, le nôtre de bénéfice, le nôtre d’avenir.

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