Petit manifeste à l’usage des enfants et de leurs parents

On a tous envie d’avoir raison.
La démocratie nous procure cette bienheureuse faculté de pouvoir nous battre pour imposer notre raison sur celle de n’importe qui d’autre.
C’est une bonne nouvelle à annoncer et elle nous concerne tous, dans chacune de nos expressions, dans chacune de nos confrontations que je vois si ardentes, haineuses parfois.
Tout le monde a raison. Oui, même celui auquel je m’oppose a parfaitement raison.
Cependant, il n’est pas inutile de rappeler que si chacun a raison, il n’a raison que dans les limites de son intérêt et de ce qu’il peut être amené de reporter de son propre intérêt, bien sûr, de la qualité de son expression et de l’enchantement qu’elle est susceptible de produire, de son entendement, de son ambition, de son talent, de son charisme, et dans les illimités, ou pas, de ce qu’il entend semer, susciter et réunir.

La visée d’une culture se conçoit donc dans la manière dont se délibère le fait de considérer qu’une raison puisse être supérieure à une autre, en cela collective et transcendante, en permettant l’adhésion du plus grand nombre à ses contenus, sa grâce éventuelle, l’espoir qu’elle offre, et l’élan que sa perspective est susceptible d’engager.

La République, dans son principe, est donc plus qu’un pacte. Elle est une raison, et il faut en faire l’éloge, la défendre et entretenir sa flamme.
Il faut reconnaître que la République, notre République, n’a pas actuellement les idées tout à fait en ordre et qu’elle n’est plus tout à fait dans un état de grâce.
Elle fait plus pitié qu’envie. Elle est engoncée dans sa posture suffisante. Elle est prisonnière d’idéologues.
Et elle se sclérose autour des mirages que ceux-ci ont enfanté, liant nos besoins et une partie de notre énergie, de l’emploi de nos ressources, de notre pédagogie, à satisfaire ce statu quo coûteux – comme en témoignent notre déficit, notre dette – et intenable, puisque nombre d’entre de nos concitoyens en tirent la conclusion qu’il faut, pour trouver notre salut, entrer en décroissance, ignorer l’expansion démographique qui est en cours, s’enfermer dans nos frontières et soutenir le siège face à l’avenir et ses êtres informés.C’est un paradoxe intégral qui associe l’entrée dans un nouveau siècle, dans un nouveau millénaire, à cette rétractation.
Ce temps devrait au contraire, puisqu’il coïncide avec une explosion dans tous les domaines du savoir et de la technologie, nous offrir la puissance d’un souffle nouveau, aérer les esprits, ouvrir les espaces, nous entraîner dans ses défis, et porter ainsi nos mutations, celles de l’industrie, de l’énergie, de l’alimentaire, de l’agriculture.
Nous nous sommes installés dans une lassitude matérialiste, celle qui est partagée par l’Occident entier, celle que le souverain-pontife François a visé, à Strasbourg, en appelant « l’Europe fatiguée » à se redresser.

Il faut se réapproprier, en Europe, les forces
et le sens de cet universalisme venu
de plusieurs héritages mêlés,
qu’ils soient de la Grèce, de la Rome antique,
des Lumières comme de nos racines chrétiennes

Je postule, sans que cela soit parfaitement sûr, que si la République avait les idées parfaitement en ordre, telles qu’elles doivent être et s’articuler, nous n’assisterions pas aux spectacles et déchaînements que l’actualité chaque jour nous livre. Cet enchaînement nous enfonce et nous maintient dans la discorde tout en nous privant de toute regénération qui est sans doute la seule manière d’entrer dans un nouveau siècle, dans un nouveau millénaire, qui porte en lui les promesses les plus inouïes, enthousiasmantes et les conditions des développements les plus considérables, à condition de les saisir, d’inventer les robots, les services, la pensée concrète et abstraite qui iraient avec un nouveau monde.Si nous voulons retourner ces promesses contre nous, nous ne devrions pas nous y prendre autrement qu’en nous attachant à déclarer les problèmes qui précèdent et accompagnent ces mutations comme insolubles, ériger de nouvelles frontières et de nouvelles indifférences.Que reste-t-il de l’honneur d’une civilisation, d’une culture, lorsque les barrières de la bienséance, de la morale, s’écroulent les unes après les autres?
Chacun, dans cette course, procède par réduction de sa perspective et, je le crains, par cette réduction de perspective, les difficultés qui seraient surmontables à une échelle de soi plus grande devienne insupportables, source de rejets et de radicalisation.Il est regrettable d’avoir à le constater, nous sommes dans le repli et dans la confusion de nos valeurs plutôt que dans une fructueuse et fière affirmation et le rayonnement de ce qu’elles sont et portent.Il y a tant de défaites de l’esprit qui triomphent quotidiennement qu’on en reste interdit. On voit les cassures, les fractures, qu’elles provoquent, entre nous, au sein de la communauté nationale, comme entre nous et les autres nations.
Il y a une cinématographie de cela.
« – Et de longs corbillards, sans tambours ni musique, Défilent lentement dans mon âme; l’Espoir,Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique, Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. » Spleen, Baudelaire.

Faut-il renoncer à l’universalisme qui a été, avec le Christianisme et la Philosophie des Lumières, la contribution des penseurs français et européens, au droits de l’Homme et au Progrès pour entrer dans une pensée d’autodéfense qui se cristallise à l’égard de l’islam (que tant s’acharnent à réputer « non soluble » dans la démocratie), de l’Europe, de la mondialisation, du capitalisme, de l’immigration?

Non.

Il faut tout au contraire se réapproprier, en Europe, les forces et le sens de cet universalisme qui viennent de plusieurs héritages mêlés, qu’ils soient de la Grèce, de la Rome antique, des Lumières comme de nos racines chrétiennes.
Ce n’est pas offenser l’histoire que de s’en réclamer.
C’est peut-être, par contre, injurier l’avenir que de s’en défier, pour des commodités conjoncturelles et idéologiques.

J’ai dit ici, dans un autre de mes contributions, l’importance que j’attache au fait de ne pas considérer mon propos comme un propos de contestation, mais comme celui de la re-affirmation. Car, c’est là que je situe mon action, dans l’à-propos.

Je prétends que nous devrions tous procéder, nous efforcer de le faire, par à-propos et présence d’esprit. La qualité de notre dialogue commun, qui est dispersé, s’en trouverait augmentée et nous élaborerions des résolutions plus conformes à l’ambition, au potentiel et à la dignité de notre civilisation, au renouveau que nous en attendons.

En énonçant que les principes généraux qui dictent l’honneur en politique et dans l’action publique relèvent du « politiquement correct » ou de la « pensée unique » et que s’en affranchir est non seulement sans conséquence mais libérateur, on développe une raison délétère qui s’affranchit de ce qui importe pour se consacrer à ce qui est insignifiant et dérisoire.

Je reviens à l’Euro, la monnaie commune qui configure le lien de tous les liens.
En 1968, sur le murs du cimetière qui court à Narbonne le long de l’avenue des Pyrénées, l’écolier que j’étais avait été frappé par l’injonction révolutionnaire qui avait été inscrite sur le mur: « Désaliénez-vous! ».
Je ne la comprenais pas. Elle m’était comme étrangère, et l’est restée.
Je l’entends mieux par « Liez-vous ».
Liez-vous!
Il m’a donc fallu pas moins de 44 ans pour défaire ce nœud.
Je suis, en effet, un esprit lent.

Si l’on pouvait réaliser avec la dispersion de parole ce que les physiciens sont parvenus à obtenir en focalisant l’onde de la lumière jusqu’à la concentrer et réaliser le rayon laser, nous aurions quoi sur le plan métaphysique?

Un recueillement?

J’aspire, du plus profond que je peux, à un Nouveau Rassemblement et je forme le voeu qu’il féconde et libère notre temps.

Bien à vous.

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