De la nature d’une parole forte en politique ou ailleurs

Qu’est-ce qu’une histoire humaine sinon la succession de paroles suffisamment fortes et incidentes pour redonner vie à une nation au prix d’en briser le statu quo et cela afin de reforger la clé, devenue inopérante, de son destin. Les événements qui ont marqué au fer rouge de la terreur la nation française au cours de ce mois de janvier, sont de nature à provoquer ce qui semble être attendu par un peuple qui se morfond dans une histoire commune qu’il peine à revendiquer au-delà des postures fusionnelles.

Nous ne parvenons pas à prendre la mesure de l’état délabré de la République et, tel le toxicomane qui ne se trouve pour seul remède que l’augmentation de sa drogue, nous prétendons nous armer contre nos ennemis, par ce que nous nous convainquons être l’antidote absolu au djihadisme: la laïcité.

On attend d’être rassuré sur notre invincibilité et on peine à nous convaincre que nous serons vraiment en sécurité, que ce soit par des effectifs de police, des factions militaires, supplémentaires, des heures supplémentaires, de la technologie et de la conversion de cervelles.

Une nation telle la nôtre, antérieure à 1789 et pourtant assimilée dans son universalisme républicain, est forte par son âme. Les policiers, gendarmes, militaires, service de renseignement, en sont les auxiliaires implacables et aguerris. Mais leur service est dédié et fondé sur l’affirmation de notre grandeur.
Nous avons avec elle, la si fameuse et surannée grandeur de la France, un problème de déni, et à force d’éviter tout sujet qui fâche, la République ne sait plus se dire à elle-même que des platitudes et des expiations.

Son discours sur le respect repose sur le consensus assujetti à des démissions mutuelles et l’assurance que rien ne prévaut sur rien sinon justement la suprématie de ce relativisme.

Ce n’est pas ainsi que l’on détermine la dignité nationale et que nous gagnons par elle le respect du plus grand nombre, y compris de nos adversaires.
Nous revendiquons presque de demeurer à leurs yeux, mais pire encore aux yeux de musulmans modérés dans le monde, comme des mécréants, avides de vide.

André Malraux avait peut-être raison en constatant désabusé que, pensant avoir assuré sa résurrection, « De Gaulle avait porté le cadavre de la France pendant quarante ans ».

Le cadavre aujourd’hui, tel Lazare, demande à se relever, à reprendre possession de son prestige et de ses moyens, quitte à ce qu’on lui fasse violence en l’extrayant des basses limbes où les schizophrènes de la laïcité et d’une République à la petite semaine le tiennent.

La France est comme une clef. Une clef de sa propre libération et, dans l’Europe, la clef capricieuse du dessein de la civilisation qui a embrassé un territoire qui court, aux quatre points cardinaux, de la Russie actuelle aux rives de la Méditerranée.

Que la civilisation commune, et par conséquent en attente d’un plein partage, est celle-là, ancrée dans le christianisme, la tradition hébraïque, nourrie par la pensée grecque… en soit là où nous la trouvons en dit long sur l’état de notre unité nationale et de notre Union européenne.

Que donnerait l’Amérique, dont les racines sont antérieures mais dont l’histoire démarre en 1492, à laisser entendre d’elle-même si elle pouvait s’appuyer sur les fondations qui sont les nôtres.
On sent poindre Outre-Atlantique et en Europe une politesse gênée à l’égard de nos vaines démonstrations exubérantes, mais de plus en plus explicite aussi sur le constat de nos impuissances morales et économiques.
Elles plombent le monde.

Quand quelques milliers de djihadistes hirsutes et enturbannés, surgissant tels des diablotins d’une boîte à maléfice, parviennent à faire trembler une aussi vieille nation que la nôtre, au sein d’un continent tel celui qui a matricé une des civilisations les plus rayonnantes, spirituelle, connaissante, que le monde ait pu connaître, cela en dit long sur l’état du socle sur lequel sont érigées des valeurs sur lesquelles, sitôt que nous nous apprêtons à en définir le sens, nous ne pouvons plus nous accorder.

Affirmons que nous sommes invincibles,
non par les mots, mais par le fait avéré

La laïcité, c’est notre placebo. En vérité, quelque chose de nous est aux abonnés absents depuis plusieurs décennies déjà.

Et ce défaut, en perce l’oeil, il se décline, en dépit de nos tautologies et fusions démocratiques, dans nos manques de ferveur, de transcendance, de joie, et dans l’agonie de nos Lumières, c’est-à-dire de nos pensées de référence.

Vient un moment où au regard de ce que nous montrons de ce qu’est et fonde notre civilisation dans son état actuel, il est possible de se demander qui sont les barbares quand à l’Orient, à l’Asie, où sont maintenues, si difficilement j’en conviens, la tradition et la modernité, vives et éduquées.
L’Europe, et en son sein particulièrement la France de la laïcité la plus bête et méchante, constitue pourtant de Sébastopol à Londres, de Madrid à Athènes, d’Alexandrie à Rome, le berceau authentique d’une civilisation commune.
Il y a, dans cet échec et cette limite à se refonder, quelque chose qui relève de la psychanalyse et que l’historien Marc Bloch a semblé vouloir résoudre dans son apologie.
Le cauchemar des guerres d’Europe, le cataclysme de XXe siècle, la chute de Vienne, ont anéanti l’enchantement.

Aujourd’hui, nous avons honte des splendeurs de notre civilisation et de ses racines pourtant si riches et profondes. Nous portons comme des tares les joyaux de la couronne qui pourraient former avec les autres cultures environnantes aux quatre cardinaux européens la clef de partage, la rose des vents, de ce que nous portons de plus noble et élevé en nous.

Nous assumons, ce jour, avec les répercutions et les ravages que cela induit, de confier le trait des unions à Charlie Hebdo et la sous-culture qu’il représente.
Le temps vient d’entamer notre autocritique faute de quoi nous sombrerions dans le ridicule qui nous lèche déjà.
Dommage au pays des Lumières, de Versailles, de la Chapelle Saint-Louis, du Louvre et sa pyramide… Je plaide l’économie de la liste exhaustive. Elle est écrasante et c’est elle qui attire à nous tant de visiteurs qui nous assurent le premier rang des pays visités.
On y viendra bientôt comme dans un musée d’une culture et d’un prestige abandonnés.

Les Musulmans de France prennent sur eux le poids écrasant des contradictions et des pressions auxquels nous les soumettons, à partir de la haine délibérée de quelques djihadistes au service d’un islam dévoyé et marginal, alors que se multiplient les actes d’islamophobie, les amalgames. Nous poursuivons des adolescents parce qu’ils ne se plient pas à l’injonction de se soumettre à l’esprit de Charlie Hebdo alors que personne ne peut lui attribuer le privilège d’en avoir un.

Quel mépris pour ceux qui souffrent, y compris dans les écoles de la République, sanctuarisées pour être lieu de débat, d’être écartelés et convertis non pas à la raison mais à la déraison. La bêtise fait des morts et des blessés. Elle doit s’arrêter.
Lorsque le niveau de vigilance rouge, qui ne peut être soutenu indéfiniment sauf à nous épuiser physiquement et moralement, sera levé, que restera-t-il ? Un pays sans défense à la merci du moindre fou se réclamant d’Allah ?

A partir d’une civilisation qui nous doit de renaître d’elle-même et qui comprend une part liée à l’islam, ne fût-ce que par l’algèbre, les algorithmes et la poésie arabo-andalouse, affirmons que nous sommes invincibles, non par les mots, mais par le fait avéré, celui que nous avèrerions.

J’ai commis cela en janvier, et cette carence je l’avais pointée antérieurement pour expliquer comment de jeunes Français se convertissaient à l’Islam radical pour rejoindre Daesh parce que nous ne parvenions plus à les combler en sens et en idéal.

Pour ce que j’en dis.

Bien à vous.

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