Quel avenir pour la Syrie de Bachar El-Assad?

Il a suffit d’une phrase de John Kerry, le secrétaire d’Etat américain de Barak Obama, concédant qu’il faudrait « probablement négocier avec Bachar El-Assad » pour mettre fin à un conflit qui entre dans sa 5e année et a fait plus de 215000 morts, pour déclencher une certaine ironie rétrospective de la part des partisans du dialogue avec Bachar El-Assad. Dès le lendemain (lundi 16 mars), la presse syrienne, proche du pouvoir, en tirait la conclusion que le régime de Bachar El-Assad était légitimé par les USA.

Certains considèrent de manière prématurée que l’aveu de M. Kerry implique que, comme on a pu l’entendre, « rien ne pourra se faire sans Bachar El-Assad » pour éradiquer les djihadistes et que dès lors, s’il revenait à la table de négociations, la Syrie entrerait dans une phase de retour à la normale, avec la restauration du régime baasiste dans son pouvoir et son influence.
Il faut être lucide sur un tel scénario. Il ne peut pas se réaliser.

En effet, la haine qui s’est accumulée au sein d’un peuple mutilé, délibérément sacrifié pour sa propre survie par le régime de Damas, n’est pas de celles à pouvoir s’éteindre. Les Syriens savent qui les a entraîné au delà d’un point de non retour et ceux qui sont dupes encore finiront par voir, malgré la propagande, la réalité telle qu’elle est.
Bien sûr, entre le chaos, les souffrances, les deuils et les privations qui sont leur quotidien et l’espoir de retrouver un degré de sécurité, l’instinct de conservation peut conduire les Syriens a accepter la voie imposée par Bachar El-Assad.

Il serait parvenu ainsi à empêcher un printemps arabe chez lui. Mais la prestidigitation a ses limites. Celles du sang, de la destruction. Cette guerre civile, jetée en pâture aux djihadistes, ne peut pas s’effacer. Elle procure plus encore de raison à ceux qui militaient pour cette transition.

Les blessures dans l’histoire et le destin de ce pays sont si profondes, la saignée en terme de pertes civiles et d’atrocités si grande, l’exode des populations si désespéré, qu’elles ne se cautériseront pas ainsi à la faveur d’une légitimité fondée sur le choix entre la peste et le choléra. La situation n’offre pas des termes de réconciliation nationale durables.
Ce régime, incarné par Bachar El-Assad ne pourra jamais se refaire ne fût-ce qu’un semblant de virginité.
C’est plus qu’un printemps qui germera. C’est un volcan dont l’éruption ne pourra guère être réprimée.
Il emportera la tête et les mains couvertes de sang de ce régime.

Le régime d’Assad n’est plus en position de force depuis 2011. Il ne le sera plus jamais. Il peut avoir une utilité conjoncturelle, pour venir à bout des forces djihadistes, mais – j’en fais le pronostic – il sera défait par la force démocratique qu’il a lui-même dénaturé. Elle renaîtra des décombres et puisera sa force, sa légitimité, son expérience, dans ce que ce peuple a enduré, pour qu’il ne l’endure plus.
Bachar El-Assad n’est plus que dans l’illusion du pouvoir. Cette illusion ne tient que par les peurs de voir la situation se dégrader plus encore dans les parties où les populations ont été plus épargnées qu’ailleurs.

L’Iran possède l’essentiel des cartes pour assurer la transition dont cette région a besoin. Ce pays a une responsabilité éminente dont il peut user avec un souci de vertu, de justice et d’équilibre qui lui assurera une haute stature internationale, ou se laisser griser par les événements jusqu’à déstabiliser au delà de l’aire qui l’est actuellement et déplacer et les foyers et la nature des foyers.
Le signal qu’il peut donner est de nature à rendre sa zone d’influence à la paix, la sécurité et la prospérité.
S’il ne se mettait pas au diapason de ces intérêts qui comprennent le sien, de plus grands malheurs s’abattraient sur tous pour longtemps.

Les petites satisfactions liées au fait que l’Amérique admet le rôle de M. El-Assad dans des négociations sont aussi vaines que déplacées quand on regarde la dignité et le destin d’une nation, c’est à dire le chemin d’un peuple dans l’histoire de l’humanité entière.
C’est à cette échelle que tout se juge.

PS: Cette contribution a été publiée par L’Express.

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