Laïcité, cochon à la cantine qui s’en dédit?

La laïcité est un plat qui se mange froid. Elle est un peu comme la vengeance. Vengeance de qui contre qui? D’une idée de la France contre une réalité de la France. Ou l’inverse. D’une France qui est celle du « bien vivre » contre celle qui l’empêcherait de « bien vivre »?
Par les temps qui courent, la laïcité s’accomode à l’évidence à toutes les sauces. La sauce anti-chrétienne, anti-cléricale, par exemple.
En hors d’oeuvre, avant Noël 2014, quelques militants d’une laïcité comme principe absolutiste, ont entrepris de donner quelques coups de boutoir, en saisissant le tribunal administratif, afin de contester la présence de crèches de la Nativité, notamment à la mairie, si sujette à controverse, de Béziers.
Les juridictions saisies n’ont pas donné suite à ces actions.

Les attentats du 7 janvier contre Charlie Hebdo ont remis le couvert de la laïcité et aiguisé les couteaux, avec le risque de dépecer, de placer en quarantaine, le droit à l’altérité. Sans altérité, pourtant, que vaut l’identité? Une bannière pour des tribunes électorales?
Cette fois, l’islam est sur la sellette. Et quand il est question d’islam, le porc n’est jamais trop loin.
L’initiative du maire de Châlons-sur-Saône qui a décidé de supprimer le menu de substitution dans les cantines, ce qui se pratiquait depuis des années lorsqu’il y a du porc au menu pour permettre aux enfants musulmans de pouvoir se nourrir suscite la polémique et divise la population entre les rigoristes et les pragmatiques de la laïcité.

Le porc s’insinue, au milieu des réfectoires, comme un révélateur susceptible de mettre en évidence le caractère insoluble des musulmans – qu’ils soient des citoyens irréprochables comme la plupart d’entre eux le sont, ou adeptes d’un islam extrémiste – avec les Gaulois.
Il faut se souvenir des maraudes organisées, à l’initiative de groupes identitaires, avec des plats délibérément établis à base de cochon pour apprécier le caractère de ces questions alimentaires et ne pas être tout à fait dupe des arrière-pensées qu’elles recèlent.
On est passé d’une injonction sur le thème « France, tu l’aimes ou tu la quittes » qui fait référence à l’adhésion à un corpus de valeur, à une variante pernicieuse sur les interdits nutritionnels « Le porc, tu es Français et tu en manges. Ou tu n’es pas un bon Français, et tu n’en manges pas ».
Il sera difficile de vider de telles dispositions de toute ambiguité puisqu’il s’agit de contrarier une partie de la population, et particulièrement les enfants dans les cantines, sur un dogme religieux, sans offrir d’alternative alimentaire.
Cela est-il de nature à favoriser le « bien vivre » ensemble?

La République « Une et indivisible »
sur les questions nutritionnelles

C’est entendu, dans le cochon tout est bon. Mais le cochon est-il bon à tout? Est-il pour autant nécessaire d’ériger cet animal au rang de totem de notre République, et de la proclamer « Une et indivisible » sur les questions nutritionnelles.

La laïcité est un principe pacificateur.
Ces épiphénomènes, liés aux cantines et au voile à l’université, participent à vouloir lui faire dire et surtout opérer une chose contradictoire à cette vocation. Cela participe à humilier des convictions et à négliger la valeur des dignités.
Est que c’est une laïcité prophylactique que nous voulons, sachant que si nous lui décernons cette propriété elle n’est plus neutralité mais principe actif, susceptible de contenir, par conséquence, sa part d’ostracisme?

On peut s’inquiéter à raison de ces tentations et les réactions communautaristes qu’elles peuvent elles-mêmes entraîner par escalade des sentiments de légitimité.

La laïcité ne peut-elle pas être, simplement, le lieu naturel, semblable à ce à quoi aspire la France, de la bienveillance des concitoyens entre eux?
C’est devenu – ou c’est encore – si difficile?

Le président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, auquel on prête l’intention de changer prochainement le nom de sa formation pour l’adoption du générique « Les Républicains » se saisit de l’occasion en se déclarant, lors de son interview sur TF1 mardi soir, contre les menus de substitution et pour l’interdiction du voile à l’université.
Pour assurer le printemps de la République, le choix d’une laïcité prophylactique est-il le plus avisé?
Electoralement, peut-être? Mais il y a incontestablement des jubilations, sur ces sujets, qui nous éloignent fatalement de l’idéal républicain.

Bien à vous.

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