Grexit: drôle d’euro drachme?

Lorsque Syriza, le parti de la gauche radicale grecque dirigée par Alexis Tsipras, actuel Premier ministre grec, a gagné les élections, il fallait entendre qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Depuis, le gouvernement grec semble chercher à amadouer Bruxelles, la troïka, les institutions, soufflant le chaud et le froid sur ses intentions budgétaires et s’est résolu, comme le relate L’Expansion, à mettre en oeuvre des réformes afin de conserver le soutien de ses créanciers européens.

S’agissant d’une sortie de l’Euro, réclamée par le Front national, les souverainistes ainsi que la gauche radicale prônant le retour à des monnaies nationales, telles que le « l’euro-franc » ou « l’euro-drachme », la Grèce, bien malgré elle, est un laboratoire explosif où les apprentis sorciers côtoient les gens de raison, sans que puisse être exclu totalement un « Grexit ». Certains, dont Valery Giscard d’Estaing, l’ont préconisé sous la forme d’un « friendly exit ».
Friendly, pourquoi pas? Mais comment faire avaler la ciguë du retour au drachme, si l’Europe devait en arriver là, à la Grèce?

Le processus de conversion initial qui a fixé les parités d’entrée à la monnaie commune a permis de fixer la parité drachme/euro à 340,75 GRD pour un euro.
Dans le cas, plus qu’hypothétique compte tenu de la déflagration monétaire qu’il engendrerait, d’une sortie de l’euro, plusieurs questions se posent sur le plan macroéconomique. Mais, pour rester au niveau prosaïque de l’intérêt des simples citoyens – ce qui n’entraîne pas que la macro-économie ne les affecterait pas tout autant – il serait utile de s’arrêter sur la situation de leurs créances.

Qu’il s’agisse en effet de créances de particuliers ou d’entreprises, les emprunts ont été souscrit en euro, et pas en « Euro-drachme » *.
L’encours de ces prêts, par conséquent, souscrits auprès des établissements bancaires, sont remboursés dans la valeur de souscription, c’est-à-dire en euros.

Si la Grèce reprenait sa souveraineté monétaire et revenait à sa monnaie native, une nouvelle parité prévaudrait. Elle prendrait, nécessairement, en compte la réalité économique de la Grèce au jour d’aujourd’hui que chacun sait désastreuse. Combien de drachmes ou euro GRD faudrait-il alors que les Grecs déboursent pour 1 euro?

Dans ce cas, la question qui se pose est celle des dettes personnelles, celles des entreprises, celles de l’Etat, qui ont été établies en euro.
La dette privée en drachme se verrait alourdie dès lors de manière vertigineuse car le différentiel entre les deux état d’une même dette constituerait une créance objective que les créanciers héllènes, seuls probablement, auront à supporter car il y a fort à craindre que les contribuables européens, les établissements bancaires, y rechigneraient.

A moins qu’ils aient le chaos pour parti pris,
les suppôts de la déconstruction européenne
n’offrent aucune perspective d’avenir

Comment 30%, voire plus, d’une dette contractée dans un système de parité disparaîtraient à la faveur d’un retrait de ce même système et l’adoption d’un nouveau système de parité plus défavorable au drachme?

La Grèce peut faire un excellent cobaye aux yeux de tous ceux qui rêvent de voir le système mis en place par la BCE s’écrouler.
Tous les émeutiers et activistes qui ont pris d’assaut violemment le nouveau siège de la BCE à Francfort lors de son inauguration devraient méditer sur la réalité de l’économie, ses subtilités et enjeux, ses pièges qui font les grands krachs, avant de transformer le temple de la monnaie européenne en nouvelle Bastille à prendre. A moins qu’ils aient le chaos pour parti pris, les suppôts de la déconstruction européenne n’offrent aucune perspective d’avenir.

Pour être dans l’état où se trouve leur économie, les Grecs ont oublié, pendant longtemps, de veiller sur l’orthodoxie budgétaire. Ils ne sont pas les seuls, mais leur inconséquence, celle de leurs gouvernements successifs et de tous ceux qui ont profité, ici et là, de ses largesses, les a conduit à une impasse que d’autres, dont la France, s’emploieront à ne pas atteindre.
Qui pour encourager encore les Grecs dans ce sens plutôt que dans celui, certes ardu, mais encadré et maintenu en perspective, d’un maintien dans la zone Euro?

A noter qu’interrogée sur cette hypothèse particulière, c’est à dire l’impact sur le remboursement des prêts souscrit en euros, la BCE invoque « l‘irrévocabilité de l’appartenance à la zone euro [qui] est une partie intégrante du cadre du traité et [qui] est exprimée en vertu de l’article 140 (3) du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. » Sur cette base, est-il précisé, l’adoption de l’euro est une étape irréversible et aucun changement de monnaie dans l’un des pays de la zone euro est prévu. En tant que gardienne des traités de l’UE, la Commission respecte pleinement ce principe et donc ne délivre pas des scénarios théoriques interrogeant l’appartenance à la zone euro.

Elle n’enlève rien au fait qu’il y a là une sorte de béance qui n’est de l’intérêt de personne et surtout pas des Grecs eux-mêmes. Accablés par une dette considérable, ils auraient, si un tel scénario advenait, un boulet accroché à leurs pieds pour les entraîner au fond des eaux paradisiaques qui les entourent.

*Que vaudraient respectivement dans un tel scénario l’euro-drachme, l’euro-lire, l’euro-peseta, l’euro-mark, l’euro-franc, etc?
En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/grexit-drole-de-drachme_1663056.html#cAw2kMFl4rIF6F4D.99

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