Voter Front National, c’est voter Poutine

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Une des pages d’un groupe facebook consacré à la promotion de la géopolitique de Poutine, intitulé « Défense Russie Liberté ». Il est fort de plus de 2600 abonnés dont on peut constater les recoupements idéologiques.

Ce texte, qui a été publié dans la publication de l’ASAF (Association de Soutien à l’Armée Française, a le mérite d’éclairer sur les enjeux auxquels nous sommes soumis. « L’espoir persiste, est-il écrit, au Kremlin qu’une crise européenne, en particulier un effondrement de l’euro, pourrait rapprocher certains de ces pays d’une Russie qui serait pour eux, dans cette situation, un marché providentiel… voire un modèle étatique car l’ordre règne en Russie… Quant à la Grande-Bretagne, européenne par opportunisme, elle est tout naturellement prête à prendre le large en direction, bien sûr, des États-Unis ! En résumé, si l’Eurasie a de bonnes possibilités d’extension en Asie centrale, en revanche, du côté de l’Europe occidentale, ses capacités d’émergence demeurent limitées. Mais l’avenir peut modifier du tout au tout cette approche actuelle. ».

Dans leur analyse géostratégique intitulée « Entre États-Unis, Chine et Russie, l’enjeu eurasien », René Cagnat, Colonel (e.r.), docteur en sciences politiques, chercheur associé à l’IRIS et Serghieï Massaoulov, Docteur en philosophie, directeur du Centre de recherches prospectives (Kyrgyzstan), dessinent les enjeux qui se forment et s’intensifient actuellement.
Ils sont à rapprocher de la montée en puissance de la Russie de Poutine. Elle n’est pas à considérer comme un phénomène autonome et sans relation à l’Europe, mais comme un phénomène visant, par parasitages successifs et parfaitement calculés, à la phagocyter.

Il est possible de ne pas partager le caractère inéluctable de l’établissement d’une zone « Eurasie », théorisée par Alexandre Douguine, auquel tendent les auteurs de cette prospective géopolitique et que favoriserait, selon eux, l’imminence de crises financières, sociales, ainsi que les menaces extérieures notamment de type islamiste. On peut également, tout difficile que soit l’intégration du Royaume-Uni à l’Europe, réprouver de tirer un trait sur la Grande-Bretagne, vue restrictivement comme un navire amiral de l’Atlantisme qui pourrait reprendre le large.
Une île n’a pas d’amarres qu’il suffirait de rompre pour rompre les liens historiques que nous avons avec elle, depuis la guerre de cent ans, Jeanne d’Arc, Napoléon jusqu’à la France Libre du Général De Gaulle.

Ce non-alignement sur l’axe de nos intérêts
ne mérite-t-il pas d’être affiché explicitement,
plutôt que de voir les enjeux fondamentaux
avancer masqués?

Cependant, cette analyse confirme que la période que nous vivons, après une parenthèse de quelques décennies qui a pu donner l’illusion d’avoir atteint la fin de l’Histoire, coïncide avec le rétablissement du cours d’une grande histoire. Et la France, les Français, peut-être plus que les autres Européens, en ignorent les signaux d’alertes et d’exigence. Comme s’ils étaient tentés d’exercer une forme de droit de retrait  à l’égard d’une mondialisation et d’une construction européenne jugées par eux déstabilisantes et dangereuses.

Faut-il leur dire que ces principes de sauvegarde, s’il devait être incontestable qu’ils puissent régir la relation que nous avons à nos devoirs, ne fûsse que celui d’assurer une classe ou un service de bus, ne s’appliquent pas à l’histoire? Les mouvements stratégiques massifs que nous connaissons aujourd’hui, avec la sécessionnisme mis en oeuvre en Ukraine, amputée désormais de la Crimée, a mis en alerte les anciens états satellites de l’ex-URSS qui recompose, comme s’il ne s’agissait d’un puzzle à reconstituer, l’image de sa toute puissance tandis que nous effritons, complaisamment, celle de l’Europe.

Les allégeances de fait ou sous-jacentes,
et ce qu’elle portent en elles de non-dit 
devraient être clarifiées

Les Français ont l’Europe, dont il faut entendre qu’elle est « de Bruxelles », dans le collimateur. On ne lui pardonne pas les espoirs, peut-être, qu’elle a incarné. Elle n’a sans doute pas répondu parfaitement à nos attentes. Mais elle existe, et la meilleure preuve en définitive de cette existence, c’est la nature des menaces auxquelles elle doit faire face. La chute de l’Europe fera le lit de la Russie, architecte de l’Eurasie. Nous réveillerons-nous, en prenant conscience de la réalité et de l’importance des enjeux, avant d’être au pied du mur?

Le Front national, qui ne cache pas son adhésion inconditionnelle à Moscou et qui, simultanément, voue l’Europe, qualifiée de totalitarisme ou d’euro-dictature, et l’Atlantisme aux gémonies, épouse-t-il cette vision de l’avenir consistant à préformer par la chute de l’Euro, dont il espérait que la Grèce, avec Syriza, en soit le détonateur, et l’éclatement de l’Europe, notre inscription dans un destin eurasiatique? Quand nos compatriotes votent FN, votent-ils pour cette internationale-là? Il suffit pourtant de se rendre sur un groupe tel que celui de facebook, sous la bannière [DéfenseRussieLiberté]pour relever les recoupements, revendiqués et nombreux, sur les plans idéologique et identitaire.

Car, au bout du compte, ce sont ces deux visions distinctes de notre avenir qui sont en jeu.
M. Mélechon, à la tête du Parti de Gauche, dénonce la « sadamisation » de Vladimir Poutine auquel il fait crédit de lutter contre l’emprise des Etats-Unis. Les Fronts, de gauche ou national, et les souverainistes, ont une indulgence pour Moscou qui surprend car elle a pour pendant une sévérité sélective et proportionnelle envers l’Europe, les Etats-Unis. Peut-on sérieusement penser que ce non-alignement sur l’axe de nos intérêts, mis en oeuvre dès l’après guerre, ne mérite pas d’être affiché explicitement, plutôt que de voir les enjeux avancer masqués?

Ces allégeances de fait ou sous-jacentes, et ce qu’elles portent en elles de non-dit, devraient être clarifiées. Il ne s’agit pas, simplement, de dénoncer, traiter avec dérision et diaboliser les allégeances supposées des autres envers l’Europe et l’Atlantisme, et le bouclier que nous procure l’Otan. La perspective d’un Partenariat Atlantique de Commerce et d’Investissement, qui instaurerait de part et d’autre de l’Atlantique une zone de libre-échange représentant 43% du PIB mondial, est-elle étrangère à l’escalade à laquelle se livre Moscou?

Les auteurs de l’analyse citée en référence dans notre introduction ne cachent pas leur inclination, même si on peut regretter qu’il passent la souveraineté, l’intangibiité des frontières de certaines anciennes républiques de l’ex-URSS, par pertes et profits. Au moins, ont-ils le courage et la clarté de leur thèse.

L’Asie, par monopole russe ou par la Turquie?

Nous sommes loins, dans les mots comme dans la réalité, du discours prononcé par Vladimir Poutine, le 25 février 2001, au pied du mur de Berlin écroulé. « En ce qui concerne l’intégration européenne, avait alors dit Vladimir Poutine, ce n’est pas le simple soutien de ces processus, nous les scrutons avec espoir, comme un peuple qui a bien appris les leçons de la « guerre froide » et les méfaits de l’idéologie d’occupation. Néanmoins, il me semble, il serait utile d’ajouter que l’Europe n’a rien gagné, elle non plus, а une telle division. Ma ferme conviction est que dans le monde contemporain en évolution rapide avec des changements démographiques dramatiques et avec une croissance économique extraordinaire constatée dans certaines régions, l’Europe a également intérêt à développer ses relations avec la Russie. Nul ne met en doute la grande valeur des relations entre l’Europe et les Etats-Unis. Tout simplement, je pense que l’Europe consolidera grandement et pour longtemps sa réputation d’un centre puissant et effectivement indépendant de politique mondiale si elle parvient à réunir ses propres potentialités avec celles de Russie, avec les ressources humaines, territoriales et naturelles, avec le potentiel économique, culturel et défensif de la Russie. Nous avons déjà franchi avec vous des premiers pas dans cette direction. Le moment est venu de réfléchir à ce que nous devons faire pour que l’Europe unie et sans danger devienne le précurseur d’un monde uni et sans danger. »

Lorsque M. Poutine a prononcé ces mots, au moment où l’hypothèse d’une entrée de la Turquie, promue par le président Jacques Chirac, soulevait polémiques et hostilité, je n’ai pas été, à l’inverse de beaucoup de nos compatriotes, entièrement convaincu par ce discours. Mes préventions d’alors sont confirmées par les faits d’aujourd’hui.

Je considérais alors l’entrée la Turquie, si elle le veut encore et remplit les critères qui lui ont été fixés, comme plus conforme à notre intérêt. Mme Merkel, après y avoir été hostile, s’y est ralliée.
Nous, nous nous laissons guider – griser ? abuser? – par d’autres critères.

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Une réflexion sur “Voter Front National, c’est voter Poutine

  1. Daniel Ciccia dit :

    Un lecteur s’est élevé contre cet article pour le qualifier d’inepte. »Parce qu’on vote pour un parti, on soutient le gouvernement russe ? Que dire de ces dirigeants du monde qui se soumettent à Poutine et qui n’osent pas dire « stop » et appliquer les sanctions internationales ? Je n’aime pas le parti de Lepen, mais essayer de la discréditer de cette manière, c’est de la diffamation. » m’écrit-il. J’observe, pour ma part, que le FN ne s’est jamais privé d’assimiler, sans scrupule, le vote « UMPS » comme le vote anti-souverain, qui a trahi et continue de trahir la France et en a remis le destin national entre les mains des « européistes » et d’Obama. Je conviens que c’est entré dans le langage commun et que les Français n’interrogent guère cette posture. Cependant, il est possible de la dépasser et de regarder la réalité du paradigme soutenus par le FN. Le FN a tout a fait le droit – il s’en est expliqué – de se financer auprès d’établissements bancaires russes, d’avoir une indulgence pour Poutine légitime dans toutes ses actions,de partager la meme hostilité à l’égard de l’Otan (qui a protégé nos intérêts et notre intégrité pendant 70 ans), de fonder des espoirs sur Syriza pour faire plonger l’Euro et de se déclarer anti-système… Mais que recouvre – en creux – le fait de ne pas se reconnaître – et de le combattre – dans un système quand, par ailleurs, on tisse des liens avec un autre système et la perspective idéologique qu’elle implique. Je considère que c’est un aveuglement volontaire, et une faute envers nos compatriotes, de ne pas considérer ces recoupements, de mettre en évidence les conséquences pratiques qu’il peut entraîner.

    Je recommande particulièrement la lecture – les faits hors du galimatias – de ce billet de Bruno Gollnisch. Je ne sais pas si M. Reynié, professeur à SciencePo, a été poursuivi en diffamation et a été condamné. http://gollnisch.com/2014/12/03/de-quoi-mm-cambadelis-et-reynie-sont-ils-le-nom/

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