TPN: comment tenir les cavaliers de l’apocalypse

« Au vu de la menace que les armes atomiques posent à la survie de l’humanité, les délégations de la commission du désarmement exigent un désarmement nucléaire total. ». C’est l’appel que réitère la commission de désarmement de l’ONU, le 8 avril dernier, dans son compte rendu de l’assemblée préparatoire à la prochaine conférence quinquennale des Etats parties au Traité de Non Prolifération des armes nucléaires (TPN) qui doit se tenir en mai prochain. Cette déclaration informelle fait suite au constat de l’incapacité de ses membres, après quinze ans d’impasse à s’entendre sur des mesures de désarmement nucléaire ou en matière d’armes classiques.

Ainsi est énoncée l’évidence de principe. C’est un principe d’intérêt général auquel nombre de citoyens adhéreraient sans réserve, mais qui souffre des difficultés d’y accorder les intérêts particuliers de leurs Etats, certains émergents, et des géopolitiques dans lesquels ils s’inscrivent.

L’appel ressemble à un voeu pieu. Un vœu pieu ne mérite aucune ironie. Il n’en justifie aucune. En effet, au sein de cette institution qui, s’agissant de l’intérêt des nations, n’en a pas de supérieure, chaque parole se présente devant le jugement des générations. Celles qui nous ont précédé et déterminent nos lois morales et philosophiques comme celles qui nous succèderont, et les amélioreront si elles devaient se révéler, demain, insatisfaisantes et imparfaites.
C’est tout ce qu’il faut savoir de ce lieu et de l’état de droit qu’il initie.

Une  bulle spéculative implicite 
de la primauté de la force sur celle du droit

Quand le représentant de l’Iran estime, comme le relate le compte rendu préliminaire, « que le monde fait face à une profonde crise de confiance » et « remet en question la crédibilité du « marché » et du contrat qui sont inscrits au cœur du Traité sur la non-prolifération, ceci parce que les États dotés de l’arme nucléaire ne s’acquittent pas de leurs obligations », il revient dans l’actualité et la part d’équivoque à lever des accords de Lausanne, qui doivent être scellés le 30 juin prochain.

D’ici là, il est impossible d’occulter les ambiguïtés sur les intentions de la République Islamique à se doter de la bombe atomique que le groupe 5+1 veut lever pour permettre à l’Iran d’accéder à un programme nucléaire civil.
L’accord de Lausanne n’est pourtant pas un marché de dupes.
Mais la duplicité, dans la guerre comme dans la politique, n’est pas du domaine du réel. Elle est du domaine du fictif et accroît, à ce titre, une bulle spéculative implicite représentant la primauté de la force sur celle du droit qu’il est nécessaire de crever.
Lausanne ne doit pas être jugé, de ce point de vue, comme un verre rempli à des degrés divers selon le point de vue, mais comme une tentative de désamorcer la tentation du nucléaire dans un Proche et Moyen-Orient qui a besoin de beaucoup de choses, à l’exception de cela.
Le délégué Koweitien a souligné l’importance de la dimension régionale et de la mise en place de zone exempte d’armes nucléaires.  Il réclame « de parvenir à un Moyen-Orient exempt d’armes nucléaires avant d’appeler Israël à adhérer au TNP et au système de sauvegarde de l’AIEA ».
Le représentant saoudien, quant à lui, a fait part de sa crainte « que l’absence de progrès tangible dans les efforts menés pour la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient » puisse favoriser une course aux armements dans la région.

Une civilisation vertueuse dans l’écologie
ne saurait être aboutie sans être
aussi vertueuse dans l’humanité

Il faut accepter que des temps nouveaux, tendant à une définition de civilisation commune, puissent impliquer des exigences nouvelles pour s’accomplir.

Ce saut qualitatif dans nos rapports d’humains à humains, comme d’Etats à Etats, n’est pas obligatoire. Une grande partie de l’humanité peut vivre comme l’humanité à toujours vécue. Une autre partie, grandissante, ne peut pas s’en satisfaire. Mais ces deux parties de l’humanité ont un intérêt majeur, s’il ne leur est pas encore commun, à se réunir, dès cette génération, pour assurer une transition autrement plus vitale que ne l’est son pendant écologique, car une civilisation vertueuse dans l’écologie ne saurait être complète sans être aussi vertueuse dans l’économie, le social, la politique et l’humanité.

La real-politique qui régit le monde doit changer de nature. Le principe de réalisme doit évoluer afin que ce ne soit pas le monde lui qui finisse par devenir  fiction de lui-même.

S’il s’agit, pour affirmer que la réalisme est libre de principes moraux, de savoir, en situation d’opposition larvée ou de conflit ouvert, si la duplicité peut soutenir plus efficacement la défense active ou passive et le déploiement de ses intérêts, alors toute la science de la guerre et de la politique depuis Darius 1er à César, jusqu’à Machiavel ou Clausewitz, détermine le réalisme des Etats. Est-ce à dire que cette définition est indépassable ?

Si elle devait l’être, et que la légitimité dont on peut se prévaloir est un processus empirique, Vladimir Poutine, est peut-être fondé à brandir la menace nucléaire. En août 2014, il rappelait, dans le contexte de la crise ukrainienne, de l’annexion de la Crimée, de ses autres visées expansionnistes potentielles, que « la Russie est une des grandes puissances nucléaires » et qu’elle est prête à recourir à recourir « à tous les moyens à la disposition de ses forces armées pour repousser quelque agression que ce soit ».
Le représentant de l’Ukraine, sur des positions proches de celles de son homologue de Georgie, a dénoncé « l’occupation illégale » de la Crimée par la Fédération de Russie, et a exhorté la Conférence du désarmement « à conclure la mise au point d’un instrument juridiquement contraignant qui fournirait des garanties de sécurité aux pays non dotés d’armes nucléaires face aux menaces exercées par des États dotés de l’arme nucléaire ».

La réponse du délégué de la Fédération de Russie a évoqué le statut des ogives nucléaires déployées en Crimée en indiquant que ces matériels jouissent des mêmes traitements que ceux s’appliquant aux armes nucléaires déployées sur la partie continentale du territoire de la Fédération de Russie.
Pour lui, la péninsule de Crimée fait de nouveau intégralement partie de la Russie depuis le référendum du 18 mars 2014.
« La responsabilité de ces matériels, que ce soit de leur usage ou de leur entretien, incombe à la Fédération de Russie qui respecte ses obligations internationales » a-t-il souligné, ajoutant « que ces équipements nucléaires ont toujours été présents sur la péninsule et ne sont jamais sortis de la Crimée ».

La doctrine de dissuasion nucléaire est tenable
dans un périmètre de non prolifération

Ailleurs dans le registre des divergences profondes, et des tensions régionales, le représentant de Séoul a déclaré que « tant que la RPDC poursuivra son programme nucléaire, les sanctions continueront de la frapper » poursuivant que la RPDC serait mieux avisée d’investir plutôt dans le bien être de sa population.  « Nous sommes prêts à coopérer avec la RPDC si elle fait les bons choix », a-t-il conclu. Il a rappelé que plus de 80 pays ont condamné l’essai nucléaire mené en 2013 par la Corée du Nord.

Le délégué de la Corée du Nord (RPDC) s’en tient à légitimer sa politique nucléaire par l’hostilité des USA.   « Nous avons été partie au TNP avant d’être contraints de nous en retirer en raison des manipulations militaires et politiques des États-Unis ».
Une sémantique trop psycho-rigide pour ne pas s’éroder d’elle-même et qui contraste avec la position, plus subtile et ouverte, exprimée par la représentant de la Chine appelant tous les États doivent abandonner la mentalité de la guerre froide et développer une nouvelle démarche acceptée et partagée par tous.

Il s’agit, aujourd’hui, de rendre à l’humanité la paix qu’elle réclame et qui pourtant reste hors de portée dans beaucoup de régions du monde quand elle semble s’éloigner dans d’autres.
La paix est une nécessité inéluctable.  Elle entraîne le moyen de réunir, par élévation des vues et des intérêts, des positions trop contradictoires à niveau de vue et d’intérêt plus bas.

Il ne faut pas d’échec sur le TPN. Un nouveau paradigme doit s’imposer et un statut clair pour l’emploi de la force nucléaire, ratifié par tous, doit imposer la légalité d’un mandat de l’ONU à ceux qui disposeraient de ce potentiel, ce qui pourrait conduire à réformer le conseil de sécurité de l’ONU.

La doctrine de dissuasion nucléaire est tenable dans un périmètre de non prolifération. Hors de ce contexte, qui ne saurait être éternel en l’état, la situation pourrait dégénérer et échapper à tout contrôle, et à toute dissuasion.

Quand le monde a des cauchemars de réaction en chaîne, il est préférable qu’il oeuvre, sans relâche, à des vœux pieux.

http://www.lexpress.fr/actualite/tpn-comment-tenir-les-cavaliers-de-l-apocalypse_1670252.html

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Une réflexion sur “TPN: comment tenir les cavaliers de l’apocalypse

  1. […] et des priorités. J’ai écrit, il y a quelques semaines, dans une contribution intitulée « TPN:comment tenir les cavaliers de l’apocalypse » consacrée aux travaux préparatoires de la conférence quinquennale des Etats parties organisés […]

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