Qui est Charlie? Le procès des confusions

Le crime est grand et le bûcher médiatique. Le sociologue et essayiste Emmanuel Todd a publié un essai intitulé « Qui est Charlie ». Il y estime que le 11 janvier relève de l’hystérie collective et discerne dans cet unanimisme des dangers de radicalisation qu’il n’est pas le seul à voir. « La mobilisation a été du simple au double entre la France de tradition athée et révolutionnaire et cette France périphérique, historiquement antirépublicaine, détaille-t-il. Tout est religieux désormais, analyse-t-il. Mais tout est religieux parce que la religion s’éclipse et parce que rien ne l’a supplantée. Lorsque la religion disparaît, il y a des phénomènes de vide, des problèmes de substitution, des phénomènes de violence. »

Cela lui vaut depuis une véritable volée de bois vert et l’intellectuel, dégradé, est mis au ban par une France se réclamant, mais on peut se demander en quoi, des Lumières appelées à la rescousse de la patrie en danger, ce afin de d’alimenter l’esprit national et d’étayer le retour en force de l’Etat-Nation.

Dans ces circonstances, je vois assez bien un petit traité que rendent assez opportun les évènements et anathèmes qui émaillent depuis le 7 janvier la vie politico-médiatique et intellectuelle sur le procès des confusions, allant jusqu’à voir naître, ce jour, un énoncé implacable et audacieux selon lequel la nation serait une notion philosophique.
Pour ma modeste part, j’ignorais que la nation fût une notion philosophique, les exemples étant si nombreux et atterrants, à travers le national-socialisme par exemple comme par les nationalismes résurgents aujourd’hui, pour réfuter, ou à tout le moins s’en garder, cet amalgame sémantique et phénoménologique.

Le procès intenté à Emmanuel Todd, dont je suis loin de partager l’ensemble des thèses, me semble excessif et typique d’une police intellectuelle qui nous place collectivement sous l’empire des anathèmes, bien éloigné des exigences morales et intellectuelles requises.
J’ai marché le 11 janvier 2015, sans me reconnaître pourtant dans cet espèce d’abus profondément surprenant qui a consisté à confondre l’esprit français avec l’esprit Charlie ce qui, il me semble, constitue une aliénation.

Dès lors consacrer l' »acte manqué » du 11 janvier, révélateur d’un conflit intérieur au sens de la psychologie freudienne, comme un acte fondateur ou regénérateur, mérite pour le moins de pouvoir être critiqué.
Eriger une sorte de nouvelle résurgence nationale sur une telle fondation correspond bien à un pays dont on souligne depuis des lustres la schyzophrénie maladive sur tous les enjeux, ce qui concourt au repli identitaire, à l’immobilisme et au nombrilisme intellectuel.
Celui qui dit la vérité doit être exécuté! chantait Guy Beart.
Cette surenchère trouve le 9 mai dernier une illustration supplémentaire avec la proposition de loi de députés ump pour sacraliser chaque 11 janvier en la déclarant  « journée d’unité nationale et de lutte contre le terrorisme ».
Quelle tristesse!

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