Une (inutile?) histoire républicaine

En 1996, une force m’a emporté. J’étais alors installé dans une vie somme toute confortable et jouissait, en tant que journaliste, d’une position sociale flatteuse.
Je m’en suis extrait.

Bien qu’il m’en coûtât d’abandonner le cours tranquille d’une telle existence, je mesurai chaque jour l’ampleur du chômage et le manque d’allant de mes compatriotes qui n’allaient pas tarder, en scandant « Tous ensembles tous ensembles  » à paralyser le pays, faire tomber le gouvernement d’alors et à rêver qu’ils étaient le centre du monde.
Je ne reconnaissais plus dans ce peuple qui réclamait les 35 h payées 39 et plus de sécurité. Je ne voyais pas les frontières auxquelles leur intelligence s’arrêtait.

Je m’étais fait mon propre credo: « Ce qui n’existe pas est à inventer ». Et j’ai appris à marcher…

Il est peu probable que le secret du bonheur consiste à devenir ce que l’on doit être. Mais soit! J’ai démissionné de mon emploi, et me suis attelé à créer quelque chose de neuf.

La PAO émergeait simplifiant et raccourcissant considérablement les étapes de la conception de quelque publication que ce soit. De l’autre côté, c’est à dire celui de l’impression, les premières imprimeries numériques apparaissaient.
Qu’est-ce que ces deux clés utilisées simultanément  pouvaient-elles ouvrir? Le marché était celui des événements familiaux couvrant des mariages aux naissances en passant par les anniversaires avec des tirages de 50 à 200 exemplaires seuls à même de correspondre au modèle  économique.
J’ai porté le projet autant que j’ai pu et épuisé le peu de ressources qui me restaient à essayer de le lancer seul.
J’observe aujourd’hui que des sociétés se sont placé sur ce segment et développé  des produits et le marketing qui va avec.

On n’échoue que lorsqu’on s’entête. J’ai survécu à cet échec. Trouvé un travail. Et je suis toujours resté ouvert aux innovations  et au potentiel qu’elles pouvaient dégager.
C’est ainsi qu’en 2000 m’est venue l’idée d’Ivigi, contraction d’information et vigie.
Dès l’apparition de la géolocalisation sur les téléphones portables, je me suis dit que délivrer une information à une zone précise avait d’autant plus une valeur élevée qu’elle possédait un caractère vital: la disparition d’un enfant, une crise sanitaire, un risque chimique, un appel à témoin et que pouvoir le faire et l’obtenir immédiatement était gage d’efficacité.

J’ai été reçu par les DG des trois opérateurs historiques. Bien sûr, je ne sortais d’aucune grande école. A Orange, en me demandant d’où je venais, mon interlocuteur m’a réservé un brin d’ironie et de condescendance.
Me brûle souvent sur les lèvres la suestion: « Et vous qu’avez-vous essayé de faire ? « .

Pendant plusieurs années,  j’ai poussé ce projet. Jusqu’à épuisement essayant de le vendre comme produit d’assurance pour un euro mensuel ce qui aurait permis aux souscripteurs du service de déclencher une alerte dès que leur inquiétude l’aurait justifié…
Je suis allé jusqu’au siège du syndicat national de la Presse Quotididienne Régionale en attirant l’attention sur leur maillage territorial et son adéquation, me semblait-il, avec ce type de service.

En passant, afin d’aider un ami inscrit à Pôle Emploi, qui avait des réunions en groupes, je lui ai suggéré de mobiliser les éventuelles ressources disponibles a-priori afin de créer un service permettant aux personnes d’automatiser les formalités de changement d’adresse soit par délégation doit grace à une application.

Chaque fois, il m’avait semblé avoir apporté quelque chose. J’avais le sentiment d’avoir été un peu au dessus de ma condition et de mes capacités pour ouvrir une perspective. Mais en pure perte.

J’ai ouvert une entreprise artisanale. Refermé ces pages pour construire une vie normale. La crise du bâtiment en a eu raison.
Je ne me souvenais même plus de mon petit credo personnel: « Ce qui n’existe pas est à inventer ».

Pourtant, mon entreprise étant en liquidation judiciaire et notre foyer connaissant une situation des plus compliquées à tous égards, ce moteur c’est remis en marche sans que je n’en eusse conscience.
J’ai suivi quelques MOOCs de Coursera et notamment celui consacré au thème « Ce que la philosophie peut apporter aux managers ».
Ensuite, un autre sur Python, un sur les micro-controllers et enfin un sur les robots mobiles.
C’est ainsi qu’est née l’idée  de BIM-I-AM que j’ai développé en juillet et qui consiste à faire imprimer sur un chantier les éléments et repères jugés pertinents par la maîtrise d’ouvrage   et les intervenants à l’échelle 1 sur le chantier.
Lorsque j’ai eu l’idée et vérifié sa faisabilité, je me suis dit que cela ne pouvait que rouler.

On verra bien. Rien ne bouge. Août est là. Il n’y a pas de chômage ni rien à inventer.
J’ai le fond de la gorge plein d’épithètes sévères sur mon pauvre pays, mais quoiqu’il en soit, à très grands traits, j’ai livré une histoire républicaine au sens le plus pur. Celui que la plupart d’entre nous, obnibulés qu’ils sont par leurs dividendes, ont perdu de vue.

Avec le CAP-BEP d’électro-technique et mon brevet du collège,  j’ai désormais une attestation de Coursera Centrale Supelec.
C’est bien. J’ai vu et lu des personnes très intelligentes. Moi, je n’ai qu’un air con et une vue basse.

J’ai répondu à l’appel à projet lancé dans le cadre du Plan de Transition numérique du Bâtiment, interrogé sur la faisabilité technique du projet des experts en robotique qui assurent qu’il ne comporte pas de difficultés majeures, des fabricants de têtes d’impression que le robot devrait embarquer, contacté des architectes, afin de mesurer leur potentiel d’adhésion à un tel outil et obtenir leur apport à un cahier des charges côté  « métiers », idem pour le CSTB.

La robotique est dans l’air du temps. Mon BIM-I-AM avec le potentiel commercial qu’il dessine devrait mobiliser les ressources, faire tomber les coûts de recherche et de développement,  afin d’obtenir un prix cible compatible avec un niveau de production et de commercialisation – et les emplois qu’ils génèreraient – visés.
Les Japonais ont fait à peu près cela pour inonder les marchés dans les années 70-80 je crois.
Non. Combien d’architectes et maîtres d’oeuvre dans le monde pourraient adopter BIM-I-AM si l’offre et le service se situent au niveau requis?
Je ne comprends pas mon pays.
Lui non plus ne me  comprends pas.
Ha mon dieu, il y a sans doute plein d’idées qui fourmillent dans des millions d’autres esprits et ne demandent qu’à éclore.
Elles changeront la face du monde.
Que l’ancien crève. Il est celui de la bêtise.
Vive les MOOCS (Massive Open Online Courses)!

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