Migrants: resistance to ambiguity

« Resistance to ambiguity ». La résistance à l’ambiguité constitue un des facteurs sur lequel le professeur James V. Green, de l’Université du Maryland, aux Etats-Unis et que j’ai l’honneur de suivre, attache l’attention de ses élèves dans le cours qu’il dispense sur l’entreprenariat.

M. Green ne fait pas de politique mais il n’en est pas moins un esprit agile.
Un grand nombre d’entre nous devraient prendre le temps de suivre ses cours. Ils ouvrent l’esprit.

Cette introduction, consacrée à la résistance à l’ambiguité, qui permet de mesurer le comportement de quiconque face à la complexité du monde, aux pressions qu’il exerce sur chacun quelque niveau puisse être sa responsabilité, et des relations au monde peut-elle dépasser le sujet strict du monde des idées innovantes  dans le monde des affaires pour s’appliquer à la politique et à la citoyenneté dans un monde hyper-médiatisé, dont on ignore de surcroît, bien que l’on puisse s’en inquiéter, si cela renforce ou affaiblit la qualité de sa démocratie?

Je le crois.

Pendant que M. Poutine, à l’Est, travaille une double image, relayée activement et viralement sur les réseaux sociaux, image qui le consacre comme sauveur d’une Europe livrée à l’impéritie de ses dirigeants et ami des bêtes et de la nature, qui pour la dernière est un vecteur immédiat de sympathie, l’Europe des 28 patauge et se divise dans ses contradictions sur la crise des migrants, se crispe sur l’apocalypse annoncée par un Victor Orban, président de la Hongrie, nationaliste pur et dur.

Les citoyens sont-ils dupes du jeu?

Les contradictions sont le stade de cristallisation des ambiguités? Et s’il est indispensable pour quiconque vise la création d’une entreprise à partir d’une idée neuve de service ou d’un produit de triompher de cet état, je gage que c’est le cas pour une entreprise économique et politique telle que celle engagée avec la création de l’Union européenne et que son leardeship doit obéir, s’agissant de la résistance aux ambiguités, aux mêmes lois que celles qui régissent la conduite d’une grande entreprise.

A ce jour, en Europe, celle qui semble résister le mieux aux ambiguités, c’est Angela Merkel. Il ne fait aucun doute que dans son esprit, elle mesure les différents cas de figure, les options, les risques, que présente la pression migratoire qui s’accentue à partir de la Méditerranée et, par voie terrestre, de l’Est de l’Europe.

Si une entreprise correctement constituée possède une stratégie et fait face à des stratégies, que peut-il en être des nations, des blocs de nation? Que peut-il en être d’une Union Européenne?

Elle est devant un choix crucial.

Elle peut se construire selon ses valeurs fondamentales et les améliorer, les rendre plus tangibles. et embrasser l’avenir
Ou leur tourner le dos et se construire à partir des valeurs qui lui sont suggérées par les évènements qu’elle subit, au risque que ces évènements soient les éléments eux-mêmes d’une stratégie objective visant à la déstabiliser et à l’amener alors qu’elle est au milieu du gué, à revenir en arrière, aller à rebours de ses principes et idéaux.

Si les nations (l’Europe est une nation ou aspire à le devenir à partir non pas seulement de sa géographie mais à partir de ses valeurs) ont une stratégie, ceux qui sont les ennemis d’une nation ont sans doute eux aussi une stratégie et s’appliquent à l’appliquer et à la développer.

On ne dira pas qu’il n’y a pas des axes objectifs entre M. V. Poutine, M. Victor Orban, M. Tsipras, M. Bachar El-Assad, avec des intérêts qui se croisent potentiellement et sont à même de fructifier en fonction des opportunités. De quoi discutent-ils lorsqu’ils s’entretiennent?

La crise des migrants est une opportunité pour eux.
Elle exacerbe les tensions et teste notre résistance à l’ambiguité, celle de l’Union européenne.
Ne pas en être conscient est une faute non pas morale mais intellectuelle. C’est la plus grave d’entre toutes. Elle aggrave la première.

Je vois et lis un grand nombre de thèses, de recommandations, émanant de politiques, français particulièrement.
Et j’ai l’impression qu’aucun d’eux ne parvient à regarder ce qui se passe à la hauteur d’ensemble.

On ne combat la barbarie,
sous ses diverses formes et brutalités,
que par un assaut de civilisation.

Confucius disait que lorsque le sage désigne la lune, le sot regarde le doigt. On peut être sûr de cela. C’est ce qui se passe et, pour les citoyens, trop souvent, la question reste le doigt  avec des appréciations différentes sur la conviction qu’il faut en tirer.

Il y a pourtant la Lune. Ou le monde tel qu’il est et non pas tel qu’on le voit et qu’on vous le dessine, pour manipuler les foules, leur sentiment, au mépris des êtres humains qui le composent.

A La Baule, l’université d’été des Républicains dont il serait naturel d’attendre bien mieux et bien plus, devant le drame humain dont tous sommes témoins mais, aussi et surtout, compte tenu de l’exigence d’intelligence et d’analyse que réclament les circonstances, un des hôtes parlementaires a réfuté l’idée de quotas (terme cependant si impropre) de migrants en dénonçant la possibilité de créer « un appel d’air ». Il y en a qui se perdent.

Je crois, hélas, que de Daesh, annonçant en juin à partir de la Libye de futures invasions des côtes méditerranéennes d’Europe à Bachar El-Assad, en passant par la maître du Kremlin, il y en a beaucoup qui doivent se friser les moustaches en se disant que leur stratégie fonctionne à merveille.
L’Europe est désemparée et tombe lentement et surement du coté où on la fait pencher. A l’exception d’Angela Merkel, du pape François, la tentation dominatrice est celle du renoncement aux valeurs universelles et aux replis identitaire et nationaliste, l’alternative se limitant au choix entre l’acceptable moralement ou l’inacceptable humainement.
Ou en recourant à d’illusoires utopies.

J’ai toujours pensé qu’une civilisation se caractérisait surtout par l’intelligence.

Dans ce contexte, l’hypothèse qui consisterait à envoyer des troupes au sol et aller au delà de la nature des actions qui sont mises en oeuvre aujourd’hui face à Daesh et au régime de Damas, à laquelle 61% des Français se disent favorable, me semble non seulement hasardeuse, mais correspondre à la possible stratégie de Damas qui à intérêt à nous amener sur ce terrain et à changer de doctrine.
Ne soyons donc pas naïfs au point de nous engouffrer dans ce piège.

La meilleure manière de neutraliser les divers opérateurs qui nous menacent est de rester nous-mêmes, d’organiser au mieux l’accueil des migrants et d’en faire une chance pour l’Europe en en faisant les meilleurs ambassadeurs, pour le temps qu’ils auront à passer parmi nous, de la civilisation que nous nous devons d’élever au dessus de tant de misère et de vicissitudes.

On ne combat la barbarie, sous ses diverses formes de cynisme et de brutalités, et quels que soient les degrés d’alliance objective passive ou active des protagonistes, que par un assaut de civilisation.
Nous le devons à notre propre histoire européenne.

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