FN, radicaux, souverainistes: la mue de l’Europe verra disparaître ses organes inutiles

7/10/2015 .- Sans être un inconditionnel du président de la République, M. François Hollande, je suis bien obligé, et satisfait de devoir l’être à l’occasion de la session plénière du Parlement Européen, de reconnaître en lui, cet après-midi, un homme d’Etat, animé par des intentions, une volonté, une sincérité d’homme d’Etat.
Et cette stature, quelles que soient ou puissent être les divergences par ailleurs, est rassurante, au fond, car ce que l’on doit pouvoir attendre de ceux qui président au destin d’un nation et à ce titre à la dynamique de l’Europe, c’est la stature et la capacité de parler et d’agir en dignité, et de le faire à la hauteur des enjeux comme des menaces.

Il est évident qu’entre les libertés que peuvent se permettre les candidats et les devoirs auxquels doivent s’astreindre ceux et celles qui accèdent à la charge suprême, il y a une différence de nature car la fonction, qui n’a rien de « normale » comme la charge, qui n’a rien d’ordinaire, fait l’homme ou la femme qui l’exerce, l’aiguise rapidement à ses exigences.

M. Hollande est un homme politique habile et intelligent. Pour accéder au pouvoir, en gravir les nombreux échelons, il est sans doute nécessaire d’être capable d’habileté par rapport au réel, aux opportunités « politiques » qu’il offre au dépens de son adversaire, et surtout par rapport à ses rivaux directs.

C’est un pourcentage élevé, sans doute trop élevé, de l’occupation et du désoeuvrement de nos démocraties qui par égard pour leurs citoyens, et sous conditions que ces citoyens s’y élèvent, mériteraient de réformer leurs modes d’exercice, de se pacifier, de fonder leur rendement par l’ajout d’intelligence, plutôt que par sa soustraction.
Mais on peut pardonner cette « habileté » florentine, qui peut aller jusqu’au cynisme, si cela est au service de ce que la fonction appelle lorsque les circonstances sont telles qu’il faut défendre l’intégrité de la République et, avec à ses côtés la chancelière Merkel, l’intégrité de l’Europe.

Il y a quelque chose d’assez lassant
dans la répétition des numéros
et l’exploitation des grosses ficelles

Marine Le Pen, par contre, a cédée à ses démons et a montré des lacunes qui, s’agissant de la dignité du lieu comme de la subtilité de son langage, ne correspondent peut-être pas aux qualités attendues d’une future femme d’Etat. Il n’est même pas sûr que de telles lacunes – que chacun reste bien sûr libre de tenir pour des qualités – correspondent, mais cela dépend de la manière dont les gens du Nord-Pas-de-Calais souhaitent que leur région soit personnifiée, à celles exigées par la direction d’une Région. Enfin, Mme Le Pen avait annoncé qu’elle serait dure. Elle l’a été. Y compris à son propre endroit.

A l’exception de son cercle d’inconditionnels, il n’est pas sûr, pourtant, que les Français lui accorderont les vivats. Il y a quelque chose d’assez lassant dans la répétition des numéros et l’exploitation des grosses ficelles.
Il est probable, mais seul l’avenir le dira, que cet épisode, plutôt que de contribuer à la hisser, ce qu’elle espère, et de l’installer comme première prétendante à l’Elysée, ait pour effet d’écailler l’image de présidentiable qu’elle tente d’imposer et qui suppose ce quelque chose qu’elle a sacrifié hier à la tribune à la gloire un peu dérisoire que confère une simple satisfaction d’estrade.

Au delà de cet aspect, tout en déplorant le focus franco-français de nos médias, la double allocution de François Hollande et de Mme Merkel a une portée politique. Elle ne semble hélas n’intéresser aucun de nos chroniqueurs déjà obsédés par la seule présidentielle de 2017 et n’accordant, par conséquent, aucune espèce d’importance au parlement européen, à sa souveraineté pour reprendre une notion que M. Hollande a distingué fermement  du mot « Souverainisme ».

L’esclandre de Marine Le Pen a au moins eu pour mérite d’éclipser dans les commentaires de la plupart des médias le mot, le destin, l’ambition, le projet, que recèle le mot « Europe ».
Pourtant, c’est bien d’elle, de l’Europe, que la chancelière allemande comme le président français sont venus sonner d’une même voix  le réveil dans un parlement qui a semblé plutôt réceptif et ouvert à l’avancée des institutions, si l’on en croit l’adéquation à l’importance des groupes qui se sont exprimés et non, évidemment, le degré de leurs outrances,

François Hollande ne s’est pas adressé directement à Mme Le Pen qui l’avait pourtant qualifié de « Vice-chancelier et d’administrateur de la province France ». Il a préféré prendre à témoin les représentants des 500 millions d’Européens qui siégeaient là et, lui, a obtenu des applaudissements nourris.
Ce n’est pas si fréquent que le président français en reçoit. Et les obtenir, d’une telle manière, ne doit pas être indifférent à son bonheur.
Sans doute pense-t-il, alors à d’autres bonheurs.

L’instrumentalisation des souverainetés nationales
en « souverainismes » ne saurait être
un obstacle durable à la marche de l’Europe

En regardant ses sourires et sa connivence avec Mme Merkel lorsque le porte-parole du groupe des Libéraux a prononcé son discours, on pouvait peut-être même y supputer la substance de sa stratégie, stratégie de convergence, à venir car il est clair que la mue de l’Europe, vers plus et mieux d’Europe, verra tomber des organes inutiles et obsolètes au profit du renouveau de l’Europe et de sa souveraineté. Des organes légitimes tant qu’ils ont une utilité au débat, mais dont la nature se débarrasse généralement quand, non seulement ils ne sont plus utiles, mais qu’ils se révèlent un handicap, ce qui vaut en France, bien sûr, mais, lorsque après le (Gr)exit, la tentation du (Br)exit contamine le Royaume-Uni, en dépasse le seul horizon.
La souveraineté européenne, dont le parlement de Strasbourg est le siège, peut ne pas être antinomique à celle des nations qui la composent, mais, en tout état de cause, l’instrumentalisation des souverainetés nationales en « souverainismes » ne sauraient être un obstacle durable à la marche de l’Europe vers la plénitude qu’il faut lui chercher et trouver rapidement.

Bien sûr, rien n’est écrit. Ce sont là les charmes et incertitudes, comme on le dit du sport, de la démocratie, apte à décevoir comme à s’enthousiasmer.
Il se peut, toutes choses étant égales par ailleurs, que les peuples français comme européens, dont Marine Le Pen, exagérant vraisemblablement son aura s’est posée comme la représentante, peuvent obéir encore aux injonctions des fantasmes, des peurs, voire, en dernier recours et si vraiment la menace sur leur souveraineté comme sur son usage devenait intolérable, recourir directement à la protection de leur souveraineté par Moscou qui finance et promeut tant nos souverainistes, nationalistes et radicaux européens.

24/04/2017 .- Et puis il y a eu l’envol d’Emmanuel Macron….

Bien à vous.

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Une réflexion sur “FN, radicaux, souverainistes: la mue de l’Europe verra disparaître ses organes inutiles

  1. […] et marquer son mépris pour Mme Merkel, que les deux chefs de l’Etat français et allemands avaient sonné le réveil de l’Europe et que l’Europe ferait sa mue en se débarrassant de ses organes inutiles. Il est exact […]

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