Qui, sinon la Russie, a besoin du pétrole?

A l’écart de l’intérêt du monde, auquel ils sont pourtant liés, la Russie de Poutine et l’Iran de la République Islamique, déroulent les termes d’un scénario qui doit aboutir – à partir de la guerre qu’ils prétendent mener contre le seul terrorisme incarné par Daesh, Al-Qaida et les autres nébuleuses associées, dans notre propre intérêt – à une accumulation explosive des tensions.
La tentative de réunir une large coalition, comprenant les Etats-Unis, la France, notamment, comme celle consistant à obtenir un mandat onusien ont fait long feu.
La Russie fait cavalier seul dans cette guerre qu’elle prétend mener contre le terrorisme.
Beaucoup, dans les opinions publiques, s’en réjouissent aujourd’hui.
Il y a de l’aveuglement dans cette démission devant la nature et l’importance des enjeux.

Personne d’autre que Poutine lui-même
ne l’a engagée, exaltée, la noble et fière Russie,
dans cette voie sans issue

Il faut ramener ces enjeux à des considérations brutales. Car, les mêmes qui encouragent et soutiennent Poutine dans son aventure syrienne, sont exactement ceux qui, lors du déclenchement de la guerre d’Irak, accusaient les Etats-Unis de n’avoir pour seule motivation que la géopolitique du pétrole.
Il est temps que ces personnes prennent conscience de l’ironie – il y en a plusieurs – que développe à leur encontre la situation présente et son inquiétante évolution.
J’ai lu, émanant de nombreux spécialistes, dûment autorisés, que le but de guerre de Poutine était le maintien de sa présence sur la Méditerranée, liée actuellement au maintien de Bachar El-Assad. Cette position pourrait être dépassée, dit-on, après rétablissement de l’ordre et de l’intégrité du pays, avec la mise en oeuvre d’une transition politique prenant en compte la pluralité politique et la représentation des opposants et des minorités. De qui se moque-t-on?

Les faits ne semblent pas, jusqu’à ce jour, confirmer en effet de telles intentions. M. Poutine semble plutôt faire le vide autour de M. Assad, ce qui est un préliminaire singulier à une conversion du régime propice au développement et à l’établissement d’un processus démocratique.
Ce régime n’en prend pas le chemin.
Il est douteux que, regagnant en force en bénéficiant des coups portés par les Russes et, sur le terrain, par les forces iraniennes, il se convertisse au respect de l’opposition et des populations civiles, qui sont faites aussi de celles et ceux qui ont fui, pour se protéger, le désastre syrien. Qui peut encore le croire?

Il est temps de dépasser la question syrienne insolvable comme l’est vraisemblablement aussi la question israelo-palestinienne, par elle-même. Considérons alors – et surtout avec les adeptes de la « real-politik » – l’intérêt objectif des protagonistes.
Faut-il rappeler que la Russie est exsangue économiquement. Le pays s’enfonce et est proche du krach, qui n’est souhaitable ni s’agissant des effets qu’il aurait pour le peuple russe, ni pour nous. Cette année, l’inflation gagne, le rouble s’écroule, et une cinquantaine de banques russes ont tout simplement disparu. Une telle situation, qui n’est pas que le fruit des sanctions prises à l’encontre de la Russie, n’est-elle pas éloquente à elle-seule?

Personne n’a obligé M. Poutine d’annexer la Crimée, de se livrer à diverses violations qui l’ont accompagné, et de l’atteinte supplémentaire à l’intégrité de l’Ukraine que constituent les opérations de déstabilisation du Donbass.
Personne d’autre que Poutine lui-même ne l’a engagée, exaltée, la noble et fière Russie, dans cette voie sans issue, la privant d’une démocratie qui n’est jamais plus vitale que lorsqu’elle permet à un peuple de se sauver. Boris Nemtsov, abattu en février 2015 à quelques centaines de mètres du Kremlin, ne pourra jamais produire ce qu’il avait l’intention de rendre public. Peut-être n’y avait-il rien. Peut-être ses révélations étaient-elles, même rendues inaudibles, de nature à réveiller la nation russe?

Les Etats-Unis, qu’on ne peut pas ne pas citer puisqu’ils restent la première économie et la première puissance militaire du monde (statut que lui dispute loyalement la Chine) inscrivent l’engagement de leurs forces dans un paradigme, qui est celui de l’installation d’un ordre mondial, qui s’agence autour de nombreux autres outils de sa modélisation, qu’il s’agisse de l’ONU, de l’OMC, etc.
On peut ne pas y souscrire, mais c’est irréfutable, parce que, fondamentalement, les Etats-Unis, comme nous-mêmes Européens, ne voyons pas notre intérêt hors de l’intérêt du monde. Un monde auquel s’est appliqué longtemps, en raison de son opposition au monde communiste, le substantif « Libre ».

Là où nous avons besoin de détente,
M. Poutine, a besoin de tensions

Les engagements militaires considérables, en terme financier, que la Russie de Poutine consacre à ses actions extérieures parlent d’eux mêmes, en creux, du paradigme dans lequel s’inscrit la Russie et l’Iran. Elle attend un retour sur investissement de ses actions et cette fuite en avant est la seule issue de ce régime devant son peuple qui, pour être désespéré et fataliste, n’en demeure pas moins formé de personnes qui ot des besoins et de l’argent pour les assouvir.
Les Etats-Unis d’Amérique, la France, l’Europe, ont des problèmes. Mais la situation de nos populations n’est pas dépendante directement du sort de Bachar El-Assad. Elle peut cependant l’être indirectement, et c’est à cela que Vladimr Poutine s’emploie.

Faute d’avoir su développer une économie créatrice, d’avoir débridé les énergies que la Russie recèle à l’égal des autres, M. Poutine a asservi sa société à une économie de rente, largement dépendante des revenus et de la géopolitique de l’énergie. Là où, sur le marché du pétrole et de l’énergie, nous avons besoin de détente, M. Poutine, a besoin de tensions et s’il est une région où les tensions peuvent avoir, en ce domaines, un impact, c’est dans cette partie du monde, que le terrorisme islamique a singulièrement prêté au scénario qui se déroule actuellement et à laquelle la lutte présumée contre Daesh, Al-Qaida, s’offre en holocauste en légitimant l’action comme en y soustrayant et  en y délayant son sens réel.

La révolution islamique n’est pas concentrée, elle, que sur le prix du brut. Son regard et son ambition vont bien au-delà. C’est une révolution à but permanent.
Mais même les Iraniens ont besoin de pain et de l’accès aux biens et services que prodigue l’économie de marché.
Le prix du brut, auquel est indexé d’autres valeurs, est si bas, historiquement bas, qu’il place les économies qui en sont exclusivement dépendantes, dans des positions intenables. Ce facteur engage les régies qui en dépenent a créer les conditions d’incertitude apte à produire un relèvement de ces prix.
Quel pays, quelles pétro-monarchies, faut-il atteindre pour obtenir de tels effets?
Et comment le faire, sinon en les accusant de la rage?

Bien à vous.

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