Dans le ventre de la démocratie

Il est temps de parler de la démocratie car la démocratie est mal en point.
Le constat est facile à dresser. Dans les pays où ce régime prévaut on assiste, impuissants, à la montée de la haine, de la xénophobie, à la surrenchère dans le rejet de l’autre. Pegida prospère. L’ultra-nationalisme s’infiltre en mystifiant le peuple sur le sens de ce sur quoi, parmi les valeurs humaines, il est possible de transiger, voire de s’affranchir, sans se défigurer soi-même. La droite et la gauche sont doublées sur leurs extrêmes.

La nature humaine est faible. Que valent les promesses de « Plus jamais ça »? Que valent les serments et prières à Auswitch ou Treblinka quand la même suite et ses séductions reproduit les mêmes effets, tenus pour acceptables, parce qu’ils s’appliqueraient à des arabes, ou des musulmans, contre lesquels chacun se trouve des griefs et que ces griefs chacun les considère légitimes à un titre ou un autre.
Quant à la promesse d’une paix durable en Europe, si évidente qu’elle semblait il y a quelques années encore superfétatoire, regardez ce que nous en avons fait. Elle s’éloigne de nous, cette promesse de paix et nous ne le voyons pas, nous ne nous en alarmons pas, comme devrions. Pourtant, les forces qui progressent ne se cachent même pas. Elles disent leur nom.

La démocratie, c’est à dire chacun d’entre nous, est responsable de cette dégénerescence, qui ne se mesure pas au fait qu’il puisse y avoir des chambre à gaz au bout du chemin de nuit, mais simplement à la nature de ce que l’on fait surgir de son ventre.
Ce qui sort actuellement du ventre de la démocratie est de nature identique à ce qui en est sorti dans les années 30. Et cela empeste par les partis politiques d’extrême-droite comme de la gauche radicale, qui partagent pour mode de croissance que celui de désigner des boucs-émissaires et de produire de la frustation pour obtenir de l’adhésion et la nourrir de confrontations.

Il faut mépriser ce jeu des exaltations, s’en libérer afin d’ouvrir une ère nouvelle, celle qu’impose notre temps, celui d’internet, de la diffusion des idées, de ce qui unit et permet de relever tant de défis, qui ne sont pas que dans la science, mais dans les arts et dans la puissance des réseaux sociaux qui supplanteront peut-être un jour le Politique s’agissant de l’inter-connection des individus.

C’est une disgrâce quand les gens ne sont plus sensibles qu’aux oracles du désenchantement, qu’ils condamnent leurs enfants au nom d’un désespoir bâti sur la fiction habile que d’autres fabriquent pour avoir emprise sur eux.

Le processus démocratique est enrayé comme une mécanique archaïque. Il s’ensuit un état de la société abaissé et vulgaire, rendant chaque individu vulnérable aux pièges de la haine, de l’égoïsme, alors que seule l’intelligence d’une nation, sa vigilance, sa fidélité à son idéal, sa volonté et son dépassement, permettent de les déjouer et de se transcender ainsi dans l’épreuve.

La haine qu’inspire Mme Merkel témoigne de sa fidélité et de son intégrité devant l’épreuve. Qu’il s’agisse de Poutine, Donald Trump, de Marine Le Pen, de Netanyahu, etc, on voit par quoi ils obtiennent et suscitent l’adhésion, ce sur quoi ils s’appuient.
Rien ne serait pire que de voir l’Europe se compromettre et sombrer à nouveau.

Le jeu politique se limite trop souvent
à cette prestidigitation qui fait notre enfer

Un voile est tombé sur nos sociétés. Ce n’est pas le voile islamique. C’est le voile de l’oscurcissement des esprits qui s’exerce. Son pouvoir est de livrer par pans entiers les citoyens, réduits à la plus limitée de leur expression et de leur valeur, le précieux suffrage. Pour l’obtenir, la liberté d’expression et la liberté politique usent parfois de ces artifices que les sociétés évoluées, aux meilleurs moments, ont eu l’ambition de conjurer en plaçant leur « empire » sous l’égide de valeurs et en les abritant sous une architecture spécifique qui est la Constitution.

Il est remarquable de considérer combien la Constitution de la Ve République est régulièrement mise en accusation comme source de nos maux, alors qu’elle est vraisemblablement le rempart contre les maux plus grands qui nous menacent et qui viennent de nous, de cette insoupçonnable propension à nous diviser pour répondre à la surrenchère politicienne qui n’est pas avare d’artifices et de dialectiques séduisantes autant que trompeuses.

A ces dialectiques, les médias, bien souvent, s’accordent,  puisqu’il n’y a plus, dit-on, de vérité qui tienne par elle-même, mais autant de vérités que de points de vue et d’opinions qui nécessitent d’être politiquement et lucrativement coordonnés et rassemblées. Le jeu politique se limite trop souvent à cette prestidigitation qui fait notre enfer.
Que dire d’une époque qui se complait dans cette pratique et y cède ce qu’elle pourrait avoir de mieux?

Que des intellectuels, des philosophes, des chroniqueurs de la vie publique, unis par la volonté de s’octroyer toujours plus d’importance aux dépens de la souveraineté nationale, des politiciens en mal de destin, assurent que tout ira mieux une fois descellée cette fondation, n’est que la promesse que ce qui va mal ira encore plus mal et pourra nous être encore plus préjudiciable.

Un peuple doit savoir lutter contre les tentations auxquelles on l’expose, assez en tout cas pour mesurer ce qu’il peut y avoir de néfaste à ouvrir soi-même des brèches dans l’édifice qui le protège de ses propres excès.
M. Hollande, comme avant lui M. Sarkozy, comme avant lui M. Chirac, comme avant eux Mitterrand, Giscard, Pompidou et De Gaulle, ont des défauts personnels – sont-ils ou ont-il toujours été au dessus des partis dont ils émanaient ? Chacun a son opinion – mais une chose est sûre, chacun d’eux s’est transformé par la fonction, s’est grandi et a développé une hauteur de regard et une conscience de la charge qu’il n’avait pas avant de l’incarner.
Et si cela n’a pas été toujours le cas, il ne faut pas s’exonérer soi-même des errements que nous condamnons, car si la démocratie est assez déboussolée pour ne plus être qu’un phare épris de ses propres mensonges et déréglé, il ne faut pas s’étonner des naufrages qu’elle précipite.

J’ai déploré à maintes reprise la désinhibition qui sévit dans le discours politique, dans les paroles et propos échangés. La tentation de se débarrasser des derniers scrupules pour frapper davantage les esprits et s’en attacher le contrôle.
La France a gravé sa devise sous la forme des trois injonctions unies sous la forme d’un idéal simple comme le blé: Liberté, Egalité, Fraternité. Une telle devise est constitutive. Elle doit guider et éclairer notre nation. Elle doit l’inspirer. C’est notre repère. Ce sont nos trois points cardinaux au sujet desquels on peut dire que s’ils sont les bienvenus lorsque les temps sont faciles et propices, lorsque la cohésion nationale est aisée et va de soi, ils sont indispensables et cruciaux lorsque, par contre, les temps se prêtent à la confusion, à la manipulation, à la violence et à leur reniement.
C’est à ce moment que vaut l’effort de se saisir de nos valeurs et d’en comprendre la portée.

La crise migratoire, qui projette vers l’Europe, des centaines de milliers de réfugiés, n’est qu’un accélérateur de ce processus qui a transformé l’arène publique et en son sein la délibération nécessaire à ses affaires en quelque chose de difforme et d’étranger à notre bien commun.
Il faut s’interroger, sérieusement, individuellement, sur les forces qui s’emploient, souvent en usurpant des mythologies nationalistes, souverainistes et patriotiques, à cette détérioration.

Comment se prononce-t-on?

Bien à vous.

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