Retour vers le Futur (Back to Future)

L’Europe traverse une épreuve majeure.
Un nombre croissant d’eurosceptiques aura beau prétendre que l’Union Européenne usurpe son rôle et son identité, la construction européenne, depuis que ses bases ont été posées, est un édifice réel et dynamique.
Il ne lui a fallu que quelques dizaines d’années pour s’affirmer, pour s’ouvrir et s’élargir, ainsi que sa nature, sa géographie et sa projection l’y portent.
Les empires immobiles ne sont pas immuables. Ils périssent, vaincus par les forces qu’eux mêmes génèrent en voulant se protéger et en lâchant la proie pour l’ombre.

Alors oui, les temps sont difficiles pour l’Europe.
Mais ils le sont bien davantage pour la Russie de Poutine, isolée et dépendante des matières premières qu’elle possède en grande quantité mais qui hélas pour elle voient leur cours se maintenir à des niveaux plutôt bas. La richesse et l’influence, aujourd’hui, résident et se développent ailleurs.

C’est cette Russie à laquelle un certain nombre de forces politiques, d’extrême droite à la gauche radicale, vouent une admiration dont il se pourrait qu’elle finisse elle-même par s’étioler et valoir à leurs promoteurs la sanction publique et un retour de manivelle.
Car il en va ainsi des ressorts qui tournent dans le sens où le mécanisme les entraînent, vient le moment où ils se détendent et libèrent les forces, que je crois être celles de la vérité, que l’on a voulu dénaturer.

Il y a quelques semaines, au cours de la session plénière du Parlement européen, Marine Le Pen, au nom de souverainistes européens dont elle s’est faite porte-parole, a taxé le président de la République, M. François Hollande, de « vice-chacelier ». Elle a marqué son mépris pour Mme Merkel. J’ai dit, à cette occasion,, que les deux chefs de l’Etat français et allemands avaient sonné le réveil de l’Europe. et que l’Europe ferait sa mue en se débarrassant de ses organes inutiles. Ces mouvements rétrogrades paraissent aujourd’hui, c’est vrai, si puissants qu’ils se croient tout permis. Ils remettent en cause avec arrogance ce qui fait justement la modernité, sans doute perfectible, de l’Union européenne, et qui nous permettra d’établir, durablement, solidement, sa valeur et sa dignité dans le monde qui vient vers nous.

C’est ce monde qui naît aujourd’hui sous nos yeux. Comme toute naissance, elle s’accompagne de violences et de spasmes.Mais ce choc n’est pas fait que de ruines, il génère du génie, de la volonté, du mouvement. Il est propice à des changements majeurs, à des révolutions sociétales et technologiques.
Ce temps fait naître des promesses de développement, de création, de richesse. Il fait surtout renaître l’espoir là où il n’y avait que pauvreté. Il appelle chacun à reconsidérer ses certitudes, ses repères, à accepter de nouvelles bases pour la répartition de la richesse, de la croissance, et à s’accorder de son mieux à ce mouvement. Il a le monde global pour siège et frontières, et la concurrence, qu’elle s’exerce dans le génie, la technicité, le travail brut, la fiscalité, etc, pour arbitre.
Il a aussi pour aspiration principale, la justice.

Nous avons l’habitude, à chaque inondation exceptionnelle par les catastrophes qu’elle provoque, de dire que l’on n’arrête pas les flots, l’ouragan ou le tsunami et chacun d’entre nous en déduit, avec lucidité, qu’il faut être humble et qu’il faut respecter respecter les forces dont on sait que leur puissance nous dépasse. Cette intuition nous vient de la nuît des temps, probablement. Il dicte notre instinct de conservation, en tant qu’individu distincts, en tant que communauté, en tant que cultures, en tant que civilisation et, au final, en tant qu’espèce.
Cet instinct devrait rester ancré et pleinement éveillé en nous, assez pour nous permettre de reconnaître dans le tohu-bohu des démocraties turbulentes, quelle direction emprunter pour ne pas s’égarer et sortir des zones de péril, qui font croître sur nous le potentiel lourd des désastres à venir.

Si la nature nous dépasse, que dire de l’histoire?
Ce qui se déroule aujourd’hui appartient à l’histoire. Il en sortira un nouvel ordre mondial, le premier à s’être établi à ce niveau. Il est possible, pour chacun, de l’étayer, de mettre sa pierre à l’édifice, d’ajuster ce qui doit l’être, de le parfaire.
Il est possible de lui jeter dessus tout ce qui peut le corroder, de consacrer son esprit à affaiblir la construction ou à trahir ce qu’elle est, d’instiller le doute et la contestation, à la faveur de tel ou tel évènement, sur sa vocation.

L’Union Européenne subit cette érosion. Elle aurait besoin, comme le monde en gestation auquel elle apporte son accord, d’hommes et de femmes, de jeunes générations, capables d’inscrire leur marque positive sur la marche en avant proposée, capables d’imposer leur confiance en l’avenir plutôt que de céder à ceux qui ne portent en eux et n’incitent qu’au désespoir et à la défiance.
C’est ce seul combat que je vois car c’est celui là qui est en cours et qui fait rage. Est-ce cette médiocrité que l’on doit attendre d’une telle époque? Et si c’est cela est ce à quoi chacun accepte de se résigner, quels fruits pourra-t-on en attendre?

Il est d’ores et déjà possible de dire que c’est le commerce, les échanges, le développement des services, le partage de valeurs communes et la création d’un droit international, qui sont le moteur de cette révolution qui a vu des millions de personnes sortir de l’extrême-pauvreté, passer parfois en quelques dizaines d’années d’un niveau de vie appartenant à un siècle révolu à celui d’un millénaire qui appelle l’inter-connection, la liberté de mouvement, les flux matériels et immatériels, l’ubiquité des réseaux sociaux, du savoir, de l’intelligence et de l’anticipation.

Il faut se rappeler, lorsque a été installée l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), de toutes ces voix annonçant une hérésie contre l’Afrique, qu’il fallait préserver en quelque sorte des affres et excès du développement, l’exclure en fait de l’histoire universelle. On dirait du Boko Aram dans le texte. Que valent donc ces voix, dénonçant le marché comme le mal absolu, le capitalisme comme vecteur de corruption, le parrainage de l’Occident, ce qui n’exclut pas la défense de certains de ses intérêts, que valent ces voix aujourd’hui quand l’Afrique connaît un développement en 2015 de 5% et que la pauvreté y recule, que son électrification est un objectif pour permettre à ce continent de s’émanciper.
L’Inde se lève et marche. Comme la Chine, avant elle. Partout, le monde offre la vision d’une jeunesse retrouvée, vigoureuse, volontaire. Il faut une grande vieillesse dans l’âme, un irraisonnable goût pour de vaines immortalités,  pour en refuser le don, pour rejeter aux noms de dogmes éculés l’avancée.

Alors, oui, les plus agiles seront les premiers bénéficiaires de cette civilisation humaine. Elle creuse son lit pour l’emplir de ses flots et de ses bienfaits. Et ceux qui pensent pouvoir ériger des barrages pour tenir tête à cette force, s’exposent à être emportés et défaits car ils n’auront pas su élever leur personnalité à la bonne échelle.
C’est une liberté dont ils usent, dont ils abusent parfois. Mais elle a l’inconvénient, comme le boulet accroché au pied, de pouvoir tous nous noyer.

Que ces forces préfèrent s’allier à une Russie qui manoeuvre sans scrupules à nos portes et conservent une nostalgie pour des dictatures qui ont maintenu un ordre sanglant et arbitraire est éloquent. La Russie est le plus décevant des BRICS. Elle reste figée dans des certitudes qui appartiennent à la guerre froide. Elle rêve d’un Yalta synonyme de nouvelle ère glaciaire, dont Beyrouth, pourrait préfigurer la nature et l’état, et la Syrie de Bachar El-Assad une utile extension. Le Liban où l’Iran, via le Hezbollah de Hassan Nasrallah fait règner une loi sourde et implacable mais parfaitement maîtrisée, selon moi, à des objectifs dont l’émérite Julian Assange a jugé utile, en 2012, de recueillir la substantifique moëlle, dans son TV Show intitulé « The world Tomorow ».

[La Révolution Islamique et ses agents]
J’ignore quels secrets enfouis seront mis au jour dans cent ans ou plus. Mais les historiens auront, j’en ai la conviction, beaucoup à dire sur cette époque, sur les forces qui, à partir du 11 septembre 2001 et son coup de tonnerre stupéfiant dans le ciel du monde, se sont jetées sur elle comme une horde de fauves enragés, différents mais agissant à l’unisson d’un dessein délibéré qui mérite toute notre concentration.

L’islamisme radical, tourné vers un islam des origines réduit à son archaïsme le plus totalitaire,y occupera une place particulère. Et si cet Islam radical occupe cet espace, il est probable que la Révolution Islamique, au sein de l’Iran, apparaîtra comme une centrifugeuse bien plus redoutable que celles dont l’accumulation supposée permettait d’augurer l’obtention des matérieux fissiles nécessaires à la bombe atomique. Mais le vrai pouvoir centrifuge de l’Iran siège au coeur de la Révolution installée par l’ayatollah Khomeyni au début des années 80 et perpétuée jusqu’à nos jours.
Son dessein est la conquête totale des territoires, la soumission de ses voisins, la destruction du sunnisme ou sa reconversion. L’empreinte de l’Iran est de plus en plus manifeste, tout comme son ambition qui n’est pas que géopolitique mais historique, et vise à une hégémonie.

La grille de lecture structurée sur l’antagonisme entre chiites et sunnites est certes valide, mais elle peut se lire à un autre niveau. L’islam radical sunnite détruit le sunnisme en prétendant le regénérer à sa source. Il nourrit dans les opinions publiques occidentales violemment interpelées par les attentats commis sur leurs territoires, un amalgame entre les monarchies du golfe, mais aussi les pays du Maghreb, et le terrorisme islamique.
C’est très, très habile et le processus visant à discréditer l’Arabie Saoudite est très, très persistant, ainsi que l’actualité récente, notamment au Liban, pourrait en faire une sorte de démonstration.

Si Daesh, Al-Qaida, ne sont pas les agents directs du régime de Téhéran, ils le sont à titre indirect et cela referme sur les cibles de la Révolution Islamique un piège dont ces Etats ont toutes les peines à s’extirper, cela pour poursuivre leur développement, leur transformation, leur adéquation sans arrière-pensées au nouveau siècle et à ses enjeux. Cet effort qu’il fournissent, sous forme d’investissements que leur autorisent leurs ressources immenses, ces agents font tout pour le ruiner, le troubler, l’empêcher d’être visible. En jouant sur les cordes sensibles qui ne manquent pas, ils y parviennent et font de ceux et celles, qui ne devraient pas s’y compromettre, des complices de régimes qui leurs sont fondamentalement hostiles.
La démocratie, ici et maintenant, joue sa crédibilité et tous ceux qui y sont attachés ont une lourde responsabilité à aider à distinguer pleinement la réalité, que tant s’emploient à surcharger de complexités démagogiques et à livrer à de surenchéres néfastes, afin de la rendre insoluble par elle-même. Pour certains pouvoirs, le jeu se limite à ceci. Il devra, le jeu, se retourner avec toutes sa vigueur contre eux.

Il sera intéressant, dans cent ans – si la possibilité de le faire existe – de connaître la profondeur de l’alliance entre la Russie et l’Iran, voire avec le subalterne rang auquel Bachar El-Assad à réduit la Syrie. Jusqu’à quel point, compte tenu des qualités de stratèges qu’on leur accorde, les Russes peuvent-ils être dupes?

Si nous pouvions savoir déjà, alors que nous ne pouvons nous livrer qu’à des conjectures, nous serions probablement édifiés sur les forces qui nous manipulent et se jouent de nous pour nous conduire là où elles le veulent.
Mais nous n’avons pas accès à ces futures sources, il ne nous reste que le présent et la lecture des dynamiques, l’appréciation des intérêts respectifs, l’observation des phénomènes et des actes, et la manière avec laquelles ils semblent être unis, ainsi que la manière dont ils agissent pour obérer le discernement.
La réalité elle-même comme révélateur: cela vaut, parfois, tous les retours vers le futur.

[Du capitalisme, et du libéralisme]

Il faut plus de liberté. Est-il nécessaire de préciser qu’elle ne devrait être ni de droite ni de gauche. C’est d’elle que viendra l’élan qui nous permettra de franchir cette période riche en promesses mais aussi en périls. Nous sommes dans cette phase et il faut à chacun, et à la communauté qui nous rassemble, à la fois reinventer notre perception du monde tout en investissant, voire en anticipant, les valeurs qui le définissent et le définiront.
Car, quelles soient bonnes ou pas, il faudra vivre longtemps avec ces valeurs et elles détermineront la fécondité de la civilisation que chacun à son niveau, par ses choix, aura contribué à élever avec l’espoir que lui et ses enfants en tirent de grands bénéfices.

Ce passage de gué est inéluctable et nous le franchirons en dépit des obstacles naturels et des entraves délibérées que certaines forces politiques, que certains Etats, placent sur le chemin.
Il est curieux que le pays qui a pris pour devise, « Liberté », « Egalité », « Fraternité », tienne le libéralisme pour une sorte d’abomination.
Ceci étant dit, le capitalisme et le libéralisme, qui ne sont pour le premier pas une idéologie et pour le second un idéal avant d’être une politique, ont l’adaptabilité nécessaire pour permettre aux sociétés engagées dans ce processus de réaliser les conversions socio-économiques nécessaires.

Le capitalisme fera sa mue. Il l’a fait toujours, mais ce sont nos voeux et la force de notre intelligence qui guideront ou pas le capitalisme dans sa mutation. Si nous ne croyons en rien, faisons la preuve de la cupidité et de l’incohérence, il n’a pas de raison de croire en nous et s’il n’a pas de raison de croire en nous, il ne peut croire qu’en lui-même.
Offrons lui, et le libéralisme, bien orienté, est ce choix que nous lui offririons, l’opportunité de croire en l’humanité, pour ce qu’elle est elle-même.

J’observe, là aussi, que des forces contraires s’exercent avec toute la violence donts elles sont capables, pour s’opposer à l’expansion du libre-marché. Il ne faut pas être grand clerc pour les identifier, ces forces, et identifier, en chacun de nous, ce sur quoi elles s’appuient pour faire écho et grandir.

J’ai déjà attiré l’attention sur le discours de Vladimir Poutine à l’assemblée générale extraordinaire de l’ONU, prononcé il y a quelques semaines. J’ai mis en exergue un passage, négligé par l’ensemble des commentateurs, au cours duquel le chef du Kremlin a assimilé le Traité de Libre-Echange Transatlantique (TAFTA) et son équivalent pour la zone Asie, à « une manifestation de l’égoïsme », preuve s’il en est de l’importance que revêt ce mouvement et ce qu’il contrarie.
L’Indonésie, avec ses 250 millions d’habitants, a demandé le 26 octobre de rejoindre le Traité Transpacifique qui a été conclu entre les Etats-Unis et 11 pays, dont le Japon. La Chine n’en est pas strictement écartée et je crois autant que je l’espère que ses propres valeurs porteront ce vaste continent à considérer ce qui coïncide le mieux avec son intérêt, et à discerner la manière dont une nation telle qu’elle est doit épouser son temps.

De manière infiniment curieuse, les forces qui progressent en Europe s’opposent au TAFTA comme s’il injuriait leur vision et leur définition du monde que nous méritons.

Bien à vous.

Publicités
Tagué , , , , , , , , , ,

Une réflexion sur “Retour vers le Futur (Back to Future)

  1. fugace dit :

    8 avril 2016

    Bonjour,
    Je m’ennuyait chez P.Bilger, alors le suis revenu sur ce site que j’avais mis de côté il y a quelque temps.
    Quand vous dites : « …et que l’Europe ferait sa mue en se débarrassant de ses organes inutiles. » Vous pensez à quoi ? La commission européenne ?
    Cordialement.
    ChCL

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :