Le temps venu de renouveler toutes choses

Les temps les plus tragiques – et celui que nous traversons porte cette marque lugubre – sont aussi les plus éloquents.
Que dit notre temps? Des choses en apparence très contradictoires.

D’abord, il manifeste une grande peur. Elle s’exprime dans tous les domaines.
Nous avons peur de l’énergie et nous avons peur d’en manquer. Nous avons peur de la mort et nous avons peur de la vie.
Nous avons peur du soleil et des comètes. Nous avons peur de la nuit. Nous avons peur de ce que nous connaissons et de ce que nous ignorons. Nous avons peur d’aujourd’hui et de demain. Nous avons peur de la maladie et nous avons peur des médicaments. Nous avons peur de la beauté et nous avons peur de la laideur. Nous avons peur de nous-mêmes et nous avons peur de l’autre.
Nous réduisons ainsi la vie à une litanie muette qui bourdonne de regrets infinis et de desseins flétris.

Ensuite, notre temps atteste une grande espérance, ainsi qu’une grande vitalité pour relever les défis que lui imposent les circonstances et les obligations à fournir un horizon viable à l’ensemble des populations dont le monde est composé. Des continents entiers se lèvent, prennent pied dans l’histoire et marchent désormais. Cela provoque des tensions puisque de nouvelles légitimités se forment, de nouvelles institutions porteuses apparaissent et poussent le droit international à la prise en compte de la justice qui doit être rendue équitablement à tous, et la première justice est le droit à la vie, le droit à la dignité, le droit au progrès commun.

Peurs et espérance sont les antipodes du nouveau monde. Selon que l’on s’affranchira de l’une ou que l’on fera de l’autre un désert, on obtiendra un monde vivable ou un monde qui ne le sera pas et décuplera des forces et des conditions propices à son auto-destruction, à sa barbarie initiale, à son chaos qui ne sont jamais aussi loin qu’on le croit.

Partout, pourtant, la terreur s’est immiscée et elle enfante sa part d’ombre et de ténèbres grandissantes, plongeant l’humanité dans la confusion alors qu’elle nécessite de gagner en clarté, afin que chaque âme s’en approprie le souffle et participe ainsi à notre regénérescence. Souvent, nous nous rendons ainsi plus vulnérables en pensant nous renforcer.

Rien ne permet de se délivrer de la peur sinon, pour une certaine partie de la population, l’illusion de se conserver dans ses propres mythes identitaires, nationalistes, sociologiques et économiques qui relèvent du monde que nous sommes pourtant en train de quitter comme le papillon quitte sa chrysalide.
Il met en mouvement des forces qui sont celles de la progression de l’Histoire, qui bien moins qu’un récapitulatif de dates, d’imageries et d’expériences venues du passé, est avant tout le processus de notre développement humain.

L’église catholique, à travers la figure du Christ, intime, dans le sens qu’elle assigne un lieu et un temps, un rapport singulier à l’histoire humaine. Les hommes ont souhaité la déposséder de cette prérogative pour se la réserver dans le cadre du pouvoir politique. Ce qui est dû à César, lui appartient. Mais l’histoire appartient à Dieu, qui est le seul à pouvoir la rendre à tous les Hommes telle qu’elle doit leur être donnée.

La séparation du temporel et du spirituel régit la marche du monde et la distribution des pouvoirs. C’est le résultat d’un nouvel équilibre entre pouvoirs temporels et spirituels. Il ne faut pas le remettre en cause car chacun des pouvoirs porte sa légitimité et ils sont susceptibles de se raviver l’un l’autre, de se nourrir l’un l’autre, sans céder à la tentation totalitaire.

Qu’a fait Jean-Paul II lorsqu’il a ouvert son pontificat en exhortant l’humanité à s’affranchir de la peur sinon inoculer, par la puissance de la foi, un vaccin contre la terreur, la paralysie des esprits et des âmes.
N’ayez pas peur! A part Jean-Paul II, qui aurait pu lancer un tel message à l’adresse de l’humanité entière.
C’était en 1978, lors de la messe inaugurale de son pontificat.Ce qu’il a prononcé à cette occasion rencontre toujours notre temps avec une évidence que les échos des malheurs provoqués sur de nombreuses populations par le terrorisme et certaines formes anachroniques de désir de puissance et de domination rend plus vivant que jamais.

Quand on lit les mots que Jean-Paul II a prononcé alors, on en mesure la dimension visionnaire. « N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ. À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des Etats, des systèmes politiques et économiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation et du développement. N’ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme ! Et lui seul le sait ! »
Cette parole conserve tout son retentissement et sa nécessité est plus grande encore qu’au moment où ces mots ont été prononcés.
Car le monde est en mauvais état et l’humanité en grand danger alors même qu’elle livre, au bénéfice de tous et de leur postérité, la possibilité de plus d’espoir et de progrès concrets.

Le terrorisme est le phénomène notoire de ce début de XXIe siècle. Ne voyez-vous pas la trame perverse qu’il nous impose et qui nous condamne à écrire son propre texte? Qu’il se réclame aujourd’hui de l’islam dont il profane le sens n’est pas ce qui est significatif au premier degré. Il pourrait, tout aussi indifféremment, se réclamer de quelque nouvelle foi, idéologie ou cause. Ce n’est pas son visage qui doit retenir notre attention.
C’est sa nature et ce qu’elle poursuit, par les biais qui sont les siens et qui épousent à cette heure le vecteur qui lui est le plus propice et qui, c’est son second degré, se meut et s’ancre dans les esprits par dénaturation de la religion fondée par le prophète Mahomet.

Loin de moi l’intention d’user et d’abuser de formules bibliques. Pourtant, et bien que nos cultures du jour sont à-priori réticentes à toutes formes de révélation, les livres saints ont une connaissance préalable du rapport au Mal.
Lorsque, pour les besoins de ce texte, je me suis enquis de qualifier un processus qui viendrait controverser l’Histoire, la notion qui s’est imposée est celle de l’antéchrist, qui est à la fois présente dans la bible et dans le Coran.
Elle est certes à invoquer avec mille prudences, mais ce qui se passe aujourd’hui ramène à ce règne.

Que dit l’apôtre Matthieu à son sujet?
C’est l’activité secrète des puissances des ténèbres dans le monde entier. Cette activité s’intensifiera, jusqu’à atteindre son maximum. Tout ce que la Bible considère comme sacré sera ridiculisé et rejeté. L’esprit de rébellion prévaudra et l’iniquité grandira, au point que l’amour du plus grand nombre diminuera (Matthieu 24 : 10-12). Toutefois, un resté fidèle demeurera loyal à la foi apostolique qui nous a été révélée par le Nouveau Testament (Matthieu 24 : 13 ; 25 : 10 ; Luc 18 : 7). Grâce à ces fidèles, l’Eglise restera une Eglise combattante, qui continuera à manier l’épée de l’Esprit.

Pourtant, si on dépasse les contradictions que ce Temps génère, on observe une authentique métamorphose, qui voit l’humanité primaire, déchiquetée, donner corps à une autre humanité, mue par une immense espérance humaine et de meilleurs principes. Et c’est cette immense espérance que des forces en chacun de nous et parmi nous se destinent à briser et réduire.
Ce temps est pourtant d’une fertilité comme aucune époque dans notre histoire n’en a connu à telle échelle. L’essor des civilisations historiques qui au cours des ères se sont succédé n’a rien de comparable avec ce qui surgit et prend corps aujourd’hui et qui concerne l’ensemble de l’humanité, dans son unité et sa variété non opposables.

Il faut se libérer du pouvoir hypnotique et répétitif des faits, notamment ceux liés aux séquences du terrorisme et de radicalisation, pour retrouver l’acuité qui appartient aux âmes. Cela permettrait d’entendre et élever cette voix singulière qui permet à chacun de départager la réalité de la fiction. Il faut renouer avec l’intelligence qui relève de l’Esprit pour aborder cette phase de renaissance.

Ce que le temps, dans son actualité tragique, nous dit par les effets de la terreur abondante comme par la montée de la peur et de la haine qu’elle engendre, est prolixe et versatile. Ce à quoi l’Esprit nous permet d’accéder est, lui, limpide et creuse un lit fertile pour la vérité, pour la vérité humaine que nous avons tous en partage. Cette vérité-là n’est ni grande ni petite. Elle est abondante et est aussi grande que l’espace que nous lui ouvrons dans nos coeurs, dans nos âmes, dans nos vies.

L’hystérie verbale et rhétorique qui s’abat aujourd’hui sur nous, et dont chacun est, à des échelles différentes, co-contributeur, crée et accroît les conditions d’une profonde incompréhension qui nous condamne à de périlleux aveuglements mutuels.

Mais de tels temps développent aussi, par bonheur, une possibilité de parole intérieure qui se constitue d’elle-même et développe, comme le silence d’une âme peut appeler la musique qu’elle attend, l’attente de son propre Verbe, comme chemin de vérité, le seul à pouvoir libérer du dédale des argumentaires, de l’enchevètrement des convictions et de la surenchère des opinions, celui et celle qui aspire à être libre.

Il faut reparler de Dieu, ou de l’idée de Dieu. Je crois qu’il y a un grand désir dans le monde d’aujourd’hui de retrouver une présence qui puisse porter la condition humaine au delà du matérialisme et des fadeurs auquels elle est souvent réduite. Ce n’est pas un asservissement que d’y coïncider, c’est une libération.

Et si nous ne faisons pas cette rencontre, il faut faire l’examen des réticences qui nous y opposent, ce qu’elles soient dans le registre des convictions ou de l’inconscient personnels, de l’idéologie, ou du totalitarisme et discerner ce dont cela est nourri et si cela ne nous défigure pas en exaltant le sentiment de nous offrir la tromperie d’un visage séduisant dans un monde que nous estimons devoir être exclusivement fait de séductions réciproques plus que de recherche de vérité.

Face à la dégradation générale du verbe qui unit et révèle, Dieu se maintient disponible et audible par delà toutes les vociférations et le jeu des habiletés dialectiques respectives pour ramener l’histoire humaine à ce qu’elle est et à ce qu’elle promet.

Cette dégradation du verbe se constate de nos jours en bien des lieux et en bien des bouches, avec une violence considérable que beaucoup d’entre nous combattent sans jamais pouvoir la conjurer et la rendre au néant auquel elle appartient car leurs efforts, loin de réduire la puissance à laquelle ils s’opposent, la fait croître.

Il faut se méfier de tout ce qui provoque la civilisation avec des attributs grossiers et des artifices monstrueux. Le terrorisme abominable qui, se réclamant impunément de l’Islam et donc de Dieu, est l’instrument de cet attentat contre la civilisation globale qui se forme sous nos yeux.
L’attentat contre les tours jumelles, le 11-septembre 2001, a été conçu pour déchaîner sur nous les puissances du mal et offrir un réceptacle à la haine collective, aux frustrations, aux ressentiments, et fournir un exutoire à la recherche du coupable dont tout était fait pour qu’il soit identifié à l’Islam et que nous ne puissions pas l’identifier autrement.

La parole est la première source de puissance. Elle est devenue la première source de vulnérabilité quand elle n’exprime et ne porte en elle que la langue des égos. Elle a alors pour prolongement le potentiel de toutes les autres violences et abominations. Cela est à l’oeuvre. Cette langue nous menace plus profondément que ne l’indiquent les apparences, faite d’une conjugaison d’attentats, de peurs et de réactions qu’ils inspirent, de sentiment d’impuissance dans laquelle ils nous laissent. Et cela révèle combien nous sommes nus et vulnérables face à cette menace qui nous fait tomber dessus sa barbarie en prétendant qu’elle – par ce qu’elle prétend incarner – et ses effets – par ce que nous lui consacrons – est notre nature et notre avenir communs alors qu’elle est notre mort.

Ce que le monde a enfanté le 11 septembre 2001 n’est pas un choc des civilisations comme ce n’est pas une guerre de religion. C’est une négation du monde. Et cette négation dévore le monde et étend son appétit, jusqu’en Inde où des tensions confessionnelles s’accroissent, et font du musulman le bouc-émissaire à chatier.

L’entreprise terroriste a déclenché contre l’humanité une offensive inédite par son ampleur, son intelligence et la puissance de sa symbolique de mort. Face à cette entreprise, qui usurpe les attributs de la foi en dieu, nous avons désappris les moyens de défense qui rendraient vains ces attentats et les laisseraient sans portée, sans espoir, puisque nous opposerions la densité d’une réalité consubstancielle invincible et irréductible.

Aujourd’hui, acquis à l’esprit relativiste, beaucoup d’entre nous n’osent plus rechercher et désigner le mal pour ce qu’il est car cette reconnaissance de ce qu’est le mal induit de qualifier le bien et par conséquent de se déterminer. C’est une liberté fondamentale. Car c’est à partir de cette liberté, qui n’est pas un devoir, que se fixent les conditions et la valeur du libre-arbitre,
Et nous aspirons, chacun, à conserver la liberté pour l’usage qu’on en fait et non pas pour ce dont on l’investit à titre personnel ou collectif. La liberté non seulement nous offre la faculté d’une détermination personnelle, mais elle nous y oblige.
Elle bannit la vacuité de l’être. Elle a pour objet de le remplir.
Or, l’indétermination est le signe le plus manifeste de la liberté telle que nous nous sommes épris d’elle et telle que nous la pratiquons et rien de ce que nous lui avons substitué ne comble cette défection. Ce processus de stagnation historique est plus effectif dans les sociétés occidentales, particulièrement, car elles se sont détachées de tout rapport au sacré, et au religieux qui en maintient l’ordre émanent, de sorte que nous puissions manifester l’inspiration qui rend le monde meilleur et plus beau.

Il faudra au monde contemporain, ayant épuisé de toute évidence, mais sans cependant le reconnaître, sa fascination pour le profane, revenir au sacré afin d’y puiser l’élan vital qui lui est nécessaire pour s’extirper de la gangue de non-sens, de discorde, qui le maintient prisonnier de ses travers et de ses contradictions et rend tant de choses qui lui seraient bénéfiques impossibles à l’intérieur de la démocratie, à l’intérieur des sociétés, à l’intérieur de la vie communautaire, à l’intérieur de soi.

Le sacré est au coeur de la civilisation. C’est lui qui lui apporte sa fertilité. Une civilisation qui abolit l’ordre du sacré pour y substituer ses ordres spécifiques, sacrifie sa racine humaine et s’expose là où, la jugeant sans intérêt ou archaïque, elle nous fait plus vulnérable alors qu’elle devrait nous rendre inattaquables.
La tentative de renversement de l’histoire qui est la bataille livrée actuellement par une partie égarée du monde musulman à travers le djihadisme se situe là et porte ses coups là où ses coups peuvent nous ébranler, dans notre absence, là où nous sommes dans la confusion.

Et les âmes se taisent. Et tant qu’elles se tairont, le monde sera privé de la richesse et de la force que procure la foi pour soulever les montagnes, éclaircir les horizons, favoriser les éclosions qui sont nécessaires à la marche du temps et à la conjurations des forces sinistres qui, sous une forme ou une autre, exercent leur pouvoir néfaste.

Je crois qu’une des grandes réussites du catholicisme réside dans sa métamorphose. Car l’église de Rome a réussi à fertiliser les esprits et à répandre la grâce dont elle témoigne formellement par l’évangile au delà des églises et des paroisses. On peut déplorer la désaffection des églises, les difficultés rencontrées pour susciter des vocations, tous ces phénomènes que certains ont interprété comme sa défaite et son caractère mortel, mais le message catholique n’en reste pas moins vivace et fécond. Il a simplement migré dans les esprits sous des formes diverses et inattendues, dans les arts comme dans les jeux. Il est là, invisible et insoupçonnable. Mais il est là, vivace.

C’est cela qui m’amène à considérer non seulement superflu mais contreproductif à sa nature universelle, laquelle ne signifie pas l’exercice d’une suprématie sur d’autres religions, le référent judéo-chrétien auquel certains sont tentés de lier les racines européennes. C’est vouloir remettre dans une coquille ce qui, inépuisable, en est sorti pour féconder de son génie propre le quotidien de tous.
Peu importe que vous le pensiez ou pas. L’essentiel est ce qui est. Et cela est et est vérifiable. Des siècles d’art et de production d’oeuvres vérifient cette symbiose féconde qui attend la réalisation de ses stades supplémentaires nourrie de l’ensemble des spiritualités effectives dans le monde, notamment l’islam. Le dialogue inter-religieux, comme la rencontre humaine, y participe.

La politique exclut parfois l’expression de la vérité car elle oblige à concilier des inconciliables au plan où ils ne sont qu’inconciliables. C’est une forme d’échec pour la démocratie, tant qu’on considère la religion comme extérieure à la réalité de la démocratie et des peuples. L’Evangile, le Coran, l’histoire de Bouddha, ne sont-ils pas des histoires de la démocratie au lieu et aux temps où ces évènements se sont produits.
Pourtant, là où le profane est inapte à réaliser les conciliations, le sacré lui y demeure pleinement apte pour autant qu’on ne le dégrade pas, ce qui est une menace pesant sur l’église catholique.
C’est le danger auquel le Pape François, avec sa profonde humanité, fait face.
Quand le profane ne se suffit pas à lui-même, il exige du sacré qu’il se désacralise et qu’il renonce, au nom de fictions sociales ou individuelles, à ses prérogatives sur le réel que chaque jour rend pourtant plus vitales.

Bien à vous.

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