Sauver Bachar El-Assad à tout prix. Pourquoi?

En peu d’années, la Révolution Islamique a beaucoup appris. En premier lieu, de ses erreurs de jeunesse. Elle témoigne, aujourd’hui, au delà de toutes nos préventions, une expertise inédite qui lui permet de réaliser son ambition géopolitique aux dépens des sunnites et de l’Arabie Saoudite qu’elle tente de mettre entièrement dans notre collimateur. Sa faiblesse, son talon d’Achille, inattendu, c’est Bachar El-Assad. Témoin, acteur et dépositaire de secrets inavouables qu’il faut à tout prix sauver. Il est temps de voir cela.

Parmi les choses frappantes d’un point de vue analytique, il y a l’irruption trés rapide, trop rapide, dès le lendemain des attentats du 13 novembre du « salafisme » désigné comme ennemi, un parmi d’autres serait-on tenté de dire, mais il faut se méfier des fausses évidences. Le diable s’y cache et s’active pour nous y retenir et nous y corrompre. Il est à l’oeuvre et il a une forme, celle de la Révolution Islamique. Car si l’on met les évènements qui ébranlent le Moyen-Orient depuis l’installation de la Révolution Islamique, en 1979, à l’épreuve des faits, et qu’on les regarde objectivement, une évidence s’impose à l’esprit et la tromperie n’est pas du côté où l’Iran prétend et nous a persuadé qu’elle est.

Si on fait cet effort, et que l’on dépasse les formes, on voit le fond et ce qui, au fond, justifie pour les terroristes de daesh, d’al-qaida, l’intérêt de répéter les coups, c’est de constater qu’ils portent et déplacent utilement les lignes.

Comment le constate-t-on?
Oh, presque partout cela déborde et certains partis ne répugnent pas à témoigner, tout en l’accroîssant, de notre vulnérabilité. Je pense au Front National, à toute une droite qui s’est mise à résonner à ce diapason, qui se placent dans un registre argumentaire qui est celui de Bachar El-Assad qui puise le sien à Qom ou Téhéran. La République et la souveraineté de notre pays ne peut pas être compatible avec des discours qui ne sont que les discours et les arguments de nos ennemis ou de nos adversaires, qu’ils reconditionnent.

Il faut convenir que la trame est difficile à saisir, et c’est cela probablement, la marque du génie qui l’a réalisée et imposée si largement. Il faut un piège vraiment très subtil pour développer une efficacité telle qu’il procure de la force à ce qui le sert et en enlève à ce qui le dessert. Je crois que le valeureux Achille et son cheval de Troie est supplanté, comme Machiavel lui-même, par un projet qui consiste à parasiter le sunnisme, à le phagocyter en sorte de le soumettre à une épreuve imparable. Et le salafisme, avec sans doute des excès et son propre archaïsme, est un vecteur idéal pour porter cette défiguration et être livré aux vindictes.

Il faut se méfier
des histoires cousues de fil d’or,
surtout lorsqu’elles sont
à dormir debout

Il ne faut jamais sous-estimer celui que l’on affronte. Un ennemi puissant et intelligent utiliserait un tel levier pour décupler les forces lui permettant de terrasser son adversaire.  Il faudrait, certes, supposer un ennemi puissant et intelligent alors que la communication développée par al-qaida et accentuée très démonstrativement depuis par daesh met en scène des diableries barbares et primaires qui ne permettent surtout pas de déceler une once d’intelligence stratégique mais quelque chose de parfaitement incompréhensible et indéchiffrable au delà de sa barbarie certaine, effective et illimitée.

C’est une faiblesse d’esprit, pourtant, de considérer que les choses, surtout dans ces matières, se doivent de n’être que ce qu’elles paraissent être et, au delà même, ce qu’elles se forcent, avec un talent qu’il faut hélas admettre, à paraître être jusqu’à la caricature.

Bien entendu, nous avons la possibilité d’accepter cette cinématographie, ces personnages sortis d’un Coran ostensiblement méprisé par ceux qui s’en réclament pour commettre leurs abominations et quitter la représentation, persuadés d’en avoir acquis les clefs.
Pourtant, comme au cinéma, on peut rechercher les signatures au générique et celles qui relèvent du style, des ressorts de la narration et de la psychologie du public auquel s’adresse la « représentation » du réel, en se disant qu’il faut se méfier des histoires cousues de fil d’or, surtout lorsqu’elles sont à dormir debout.

Or, la logique qui progresse dans les esprits, après ces évènements si tragiques qui nous ont été imposés, n’est pas notre logique mais celle que ces énergumènes s’acharnent à nous imposer, point pour elle-même, mais pour une série de renversements, un enchaînement de cause à effets, en Europe, au Moyen-Orient et dans l’ordre du monde, qu’elle peut engendrer, étape par étape, gain par gain, démission par démission.

Que Bachar El-Assad tombe
et il est probable que des cadavres
vont remonter à la surface,
que des langues vont se délier.
et que le rideau va tomber
sur la Révolution Islamique

«Si vous avez un problème concernant la démocratie avec l’État syrien, comment pouvez-vous établir de bonnes relations et des liens d’amitié avec les pires États du monde et les plus sous-développés, tels l’Arabie Saoudite et le Qatar? (…) Vous ne pouvez pas combattre le terrorisme si vous n’entretenez pas des relations avec la force qui lutte contre Daech et le terrorisme sur le terrain. Vous ne pouvez pas combattre le terrorisme en adoptant de mauvaises politiques qui soutiennent directement ou indirectement le terrorisme. Si vous ne disposez pas de tous ces facteurs, vous ne pourrez pas le faire. Et nous ne pensons pas que votre gouvernement l’a pu jusqu’à présent.» a déclaré, quelques heures après la nuit du 13 novembre, Bachar El-Assad, déclarations qu’a recueillies l’hebdomadaire Valeurs Actuelles et qui rencontrent un écho favorable et parfois frénétique chez nous et ailleurs, le monde étant global.

Il y a beaucoup de choses à lire dans de tels propos. Y compris des propos par procuration. Est-ce que l’on peut, ici et maintenant, penser le mal. Ce que je vois, et qu’il me semble indispensable de dire puisque nul ne le dit, c’est qu’il y a, incontestablement, des personnes en Iran qui sont particulièrement habiles pour exploiter et créer les ressources qui les servent tout en paraissant inaccessibles à un tel soupçon.
Bachar El-Assad est l’instrument de ce calcul.

En peu d’années, la Révolution Islamique a beaucoup appris. En premier lieu, de ses erreurs de jeunesse, elle a appris à se tenir en retrait, et si elle reste susceptible de diatribes, elle se tient immobile comme un centre de gravité, avare des mouvements qui la trahiraient.

Comment vaincre le sunnisme sinon par un avatar du sunnisme qui avance à votre place, s’expose à votre place, délivre des fatwas absurdes à votre place et qui discréditera tellement le sunnisme en le piétinant, en s’y essuyant les pieds, que vous ferez tomber, une à une, les pièces sur l’échiquier en gagnant pour le faire, la contribution des alliés de votre cible et en les rendant incapables d’assumer devant leurs opinions publiques leur alliance ?
Est-ce ce qui se passe, actuellement? Si c’est ce qui se passe actuellement, demandez-vous ce qui justifierait plus encore d’enfoncer le clou de cette stratégie et quels effets politiques en seraient attendus?

Réfléchissez à cela, brave gens qui implorez une justice expéditive, un droit expéditif, une République expéditive, une Europe expéditive et un monde qui le serait aussi pour exiger une victime sacrificielle que l’on s’acharne à désigner pour vous, en construisant une falsification qui est proche de la perfection mais qui reste une falsification monstrueuse qui n’a cours, bien souvent, que parce qu’alimentée de fantasmes et d’ignorance.

Réfléchissez bien à cela et aux voies que vous ouvrez au mal, à l’inéquité de jugement, que cela représente. Je ne sais s’il est absolu, mais s’il parvient à façonner ainsi la perception de la réalité, c’est qu’il possède une expertise considérable qui le rapproche, de par une telle nature, de ce que les hommes ont appris à tenir pour des forces des ténèbres. Des forces diaboliques.
Faut-il arriver au début du 3e millénaire pour nous laisser subjuguer par ce pouvoir manipulatoire et démissionner notre intelligence devant lui?
Elle serait belle et prometteuse la civilisation que nous inaugurerions ainsi! Elle a pourtant, toute honteuse qu’elle puisse être, ses actifs promoteurs. Ils trahissent une dignité. Celle du peuple. Celle des peuples. Qui, ainsi, sont tous abusés et mis au rang de jouets et de marionnettes d’un jeu qui les dépasse.

Plus la Syrie s’écroule
autour de Bachar El-Assad,
plus ce dirigeant aux abois
a pris de la valeur

Une autre question porte aussi sur la nature de la manipulation. Est-elle directe? Indirecte? Est-ce qu’en Irak, paradoxalement, cet avatar ne sert pas un chiisme iranien contre un chiisme irakien et ses tentatives, sans doute insatisfaisantes, de réaliser l’unité nationale, alors qu’il s’est concentré, dans un premier temps, à discréditer l’Arabie Saoudite par la nationalité des auteurs des attentats du 11 septembre 2001, essentiellement Saoudiens, ce qui recelait assez de potentiel pour faire osciller l’axe de rotation du monde.

Cela crève les yeux: Al-qaida, daesh, les groupes de cette nébuleuse, enfantent et répandent le chaos au nom d’un islam dit radical dont ils ne s’appliquent qu’à le relier au sunnisme. Aussitôt qu’un environnement, un territoire, une population, un climat, y est propice, ils jettent leurs forces dessus. Cela fut-le cas en Irak, en Lybie. Mais le répandent-ils pour eux-mêmes? Comment le croire?
Il n’y a pas, curiosité de la nature, de chiisme radical.
Ce doit être tenu pour rassurant.

Le cas syrien est atypique et, derrière l’enfumage, il doit bien y avoir des raisons sérieuses à l’enjeu que représente la sauvegarde de Bachar El-Assad, dont le sort surclasse pour les Russes et l’Iran le sort de daesh qui a réussi à mobiliser une chair à canon spéciale pour ce combat perdu, celle des enfants perdus de l’Occident.

Une chose est sûre, la chronologie depuis les soulèvements de l’opposition par contagion des printemps arabes est éloquente puisque, ici, l’aspiration démocratique a été livrée à daesh, al-qaida, et a su faire de ce combat, par une communication appropriée, une cause suffisamment attrayante pour qu’elle attire des milliers de combattants d’Europe et qu’elle provoque en retour la fuite de millions de gens désemparés par la violence qu’on abattait sur elle, sur les chemins de l’Europe.

Sur quels inavouables secrets est assis Bachar El-Assad pour être si précieux? Cela tient-il à ses secrets d’Etat? Au rôle qu’a pu jouer le régime syrien dans des déstabilisations et des malversations qui vont au delà du Liban, livré, après un processus si sanguinaire, comme un fruit mûr au Hezbollah?

De telles questions peuvent légitimement se poser et fournir une explication, plus plausible que celles qui ont cours, à l’enjeu que représente le sort , si central, du tyran syrien, héritier du même parti baasiste que Saddam Hussein.
Car, si on sort du scénario imputant toute faute à George W Bush dans la situation actuelle de la région, qui satisfait cependant la plupart des gens, et que l’on se dit que, de toute façon, Saddam Hussein était condamné pour d’autres raisons que celles auxquelles son inconscience l’a poussé, alors il y a des questions qui méritent des réponses parce qu’elles sont sans réponse et que ces réponses manquent à la manifestation de la vérité.

Bachar El-Assad, l’homme qui nous donne aujourd’hui des leçons sur la meilleure manière de lutter contre le terrorisme, est-il pour quelque chose dans la chute brutale de Saddam Hussein et l’écroulement de l’Irak? Je pense qu’il a pu être au centre d’un jeu extrêmement habile et efficace qui se retourne contre lui, un jeu dont il porte avec les cadres les plus compromis de son régime, la mémoire et la faute. Que Bachar El-Assad tombe et il est probable que des cadavres vont remonter à la surface pour dire la vérité, que des langues vont se délier. et que le rideau va tomber sur la Révolution Islamique.

Dans ce cas, ce qui se joue essentiellement, c’est la survie, elle-même, de la Révolution Islamique qui méritera, si elle était à l’origine de l’éclosion de ces avatars sunnites conçus pour propager une destruction délibérée, d’être mise au ban des nations et d’être contrainte de libérer l’Iran de son emprise de sorte que l’Iran redevienne lui-même.

La Russie de Poutine, à qui il serait aisé de proposer, même en cas de dépôt de Bachar El-Assad des assurances s’agissant de son accès si stratégique à la Méditerranée ou d’autres exigences, a réaffirmé que le maintien de son protégé à la tête de l’Etat reste une condition non négociable et les Gardiens de la Révolution, avec le Hezbollah, se constituent, et y payent un tribut élevé, en rempart du tyran syrien.

Cela prouve que Bachar El-Assad a, incontestablement, beaucoup de valeur. Même au milieu des ruines qui l’entourent. Et plus la Syrie s’écroule autour de lui et du désastre qu’il a causé sur son peuple, plus ce dirigeant aux abois a pris de la valeur.
Pourquoi? Pour la recommandation et la curieuse leçon, après que des attentats qui ont meurtri la France et sa capitale lui en fournissent l’occasion éclatante, qu’il nous livre en nous demandant de répudier nos amis et de nous entendre avec les siens.

Dans les coulisses, et devant le spectacle que nous leur offrons, ces gens-là croient qu’il n’y a que des machinistes absurdes servant le protocole  méticuleux qu’ils ont mis sur pied les yeux fermés et l’esprit saturé.
Ce n’est pas le cas.
Je le dis. Cela suffit. Les avatars doivent revenir dans la lampe du mauvais génie qu’ils n’auraient jamais dû quitter.

Deux aphorismes, pour conclure:
A trop gober les choses, on est gobé par elles.
Quand le ver est dans le fruit, le fruit est aussi dans le ver.

Bien à vous

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3 réflexions sur “Sauver Bachar El-Assad à tout prix. Pourquoi?

  1. Tarico dit :

    J’ai atterri sur cet article depuis l’un de vos commentaires sur le Figaro. Je l’ai lu deux fois. Je n’ai strictement rien compris. Que voulez-vous dire ? Que c’est Iran qui est à l’origine de Daech ? C’est absurde.

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    • Daniel Ciccia dit :

      Vous savez que la justice new-yorkaise a condamné l’Iran pour complicité dans les attentats du 9-11-2001 le 10 mars dernier? Le juge Bruguière est cité dans la procédure, et y confirme le lien entre la Révolution Islamique, au coeur du régime, et Al-Qaida… Ceci étant, vous pouvez nier ces éléments.
      Cependant, avec du recul, il est assez aisé de voir la trame ainsi que les alliances objectives qu’elle implique.

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