Russie, Iran: la stratégie du serpent à deux têtes

La manière dont se présentent les évènements, comme l’éclairage médiatique dont ils bénéficient, ne change pas leur nature.
Je maintiens ce que j’ai dis et écris. L’Iran et la Russie, ou la Russie et l’Iran, sont à l’oeuvre. Ce que nous enseigne cette période, c’est que la Russie de Vladimir Poutine renoue avec une ambition hégémonique et que la République Islamique d’Iran n’a jamais cessé d’être une Révolution Islamique permanente.
Nous ne voulons peut-être pas le voir, mais c’est ce qui est et ce qui agit.

Vladimir Poutine a réalisé, il y a quelques jours, une rupture dialectique majeure. Il a identifié le 31 décembre dernier les Etats-Unis, dans un document « sur la stratégie de sécurité nationale », comme « une menace ». La nature de ce qui se passe en Syrie, en Ukraine, autour des enjeux du commerce international avec le Traité Trasantlantique de Commerce et d’Investissement, est dévoilée.
La Russie de Vladimir Poutine sort du non-dit pour entrer dans le dit.
Le président russe désigne et réinvente, à l’usage de sa population entraînée dans une crise alimentée par l’inflation et la chute du rouble, un ennemi, un responsable extérieur.

Cette mise à jour du paradigme stratégique n’augure rien de bon. La Russie se sent plus forte et sort du bois. Elle a un sentiment d’impunité. Moscou se place dans une logique d’escalade et édifie la rhétorique qui lui permet de se légitimer, sur le plan intérieur et sur le plan extérieur, en artisan de l’ordre mondial. Fragiliser l’Europe, l’atteindre dans sa cohésion, favoriser les partis nationalistes avec pour figure de proue le Front National, déstabiliser la relation à la Turquie, délégitimer l’Otan, tout cela favoriserait la Russie.
Le vrai plan historique et géo-politique est là et nous restons les yeux rivés sur la trotteuse quand c’est le grand mouvement de balancier qui devrait retenir notre attention, car nous sommes en grand danger.

Il y a un couplage
des deux mouvements russes et iraniens

L’Iran, aussi, est habile. Le pays des Ayatollahs a profité de l’opportunité que lui fournissait l’exécution de plusieurs condamnés pour promettre au royaume saoudien ses foudres. Qu’on déplore ou pas ces exécutions, elles sont conformes à l’exercice de la souveraineté d’un pays qui possède des raisons pour le moins objectives de craindre les manoeuvres de l’Iran à ses frontières.
« Sans aucun doute, le sang de ce martyr versé injustement portera ses fruits et la main divine le vengera des dirigeants saoudiens », a déclaré l’ayatollah Khamenei, lors d’un discours devant des religieux rapporté sur son site officiel, au lendemain de l’annonce, par Riyad, de l’exécution de 47 « terroristes », dont le leader religieux chiite Nimr al-Nimr.
L’ambassade saoudienne à Téhéran a subi aujourd’hui une attaque, comme une de ses représentations consulaires.
L’Iran est à l’origine de la plupart des désordres qui ensanglantent aujourd’hui le Proche et Moyen-Orient, et a trouvé un levier idéal pour réaliser son projet en instrumentalisant, conjoncturellement, les diverses cordes du terrorisme sunnite et du ressentiment chiite.
Ce piège fonctionne apparemment très bien sur les opinions publiques qui restent incapables d’appréhender la réalité et l’ampleur de la menace.

La réalité est pourtant que ce temps cache un serpent à deux têtes. L’Arabie Saoudite a raison de s’alarmer de ce que l’Iran conduit contre elle car l’Iran vise effectivement la chute de son puissant voisin. La Révolution Islamique a un agenda spécial et favorise, directement ou indirectement, ce qui lui permet de réaliser son dessein.

Je ne prétends pas que l’islam n’ait pas pu générer par lui-même, au cours des fièvres qui se sont emparées régulièrement de lui, des monstres. Mais je prétends que cela a fourni une opportunité à l’Iran – et particulièrement au guide suprême de la Révolution –  de s’en servir contre l’Occident et son ennemi héréditaire,  en avançant parfaitement dissimulé jusqu’au moment où les conditions se prêteront à ce que tombent les masque. Dans ce jeu opaque, la Syrie de Bachar El-Assad a joué probablement un rôle distinct. Il est paradoxal que Damas ait libéré en 2011 le dénommé abou-moussab-al-souril, théoricien du djihad global alors que ce Syrien, élevé dans la haine du régime des Assad, a été proche de al-qaida et de daesh.

Moscou déclenche un cran supplémentaire de sa stratégie en désignant l’Amérique comme une menace. La rhétorique à laquelle s’adonnent les médias après les exécutions de terroristes et notamment du leader chiite fournissent à l’Iran, avec le relais du Hezbollah, de l’armée du Mahdi de Moqtada Sadr en Irak, la possibilité d’embraser la région et de lever un ouragan dévastateur.
Il y a un couplage des deux mouvements russes et iraniens. Moscou et Téhéran recherchent le meilleur alignement pour conjuguer la puissance qu’ils auront acquise au moment où nos démissions, nos errements, notre incapacité démocratique à transcender les ambiguités,  auront fini de nous démunir et de nous désorienter moralement et politiquement.
Nous ne sommes pas loins de ce point.
C’est cela qui se passe en réalité et certains se laissent berner par des formules telles que celle qui affirme que « l’Arabie Saoudite est un daesh qui a réussi ».

Lorsqu’on est inconséquent avec les faits, on mérite les fruits de l’inconséquence.
Je le dis: ne pas voir la réalité du stratagème qui est élaboré contre nous, contre nos alliances, contre la paix, est plus qu’une faute. Si nous ne parvenons pas à éclaircir notre vision sur ce qui se joue actuellement, nous serons définitivement à la merci de la Russie et de l’Iran et entrerons, très vite, dans un engrenage qui nous broiera et sèmera, par contagion, la destruction à une échelle de plus en plus grande.
Nous sortirons de l’épreuve faibles de ne pas avoir voulu l’aborder avec la grandeur d’esprit requise.

Bien à vous.

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