De la fin des temps et de l’âge d’or

Faute de se renouveler et de se grandir, nos sociétés sont en train de périr et elles ne le font pas sans provoquer de grands malheurs et de profondes souffrances. Le monde  a atteint un point critique de son histoire sur laquelle s’amoncèlent les menaces et les risques, le chômage et la pauvreté, l’inégalité insupportable des conditions, et l’ombre d’un long temps de désoeuvrement et d’oeuvres factices, aptes à nous distraire, s’étend inexorablement sans changer cependant la nature des déserts.

Cela conduit à un système mortifère et totalitariste. Il est là. Déjà. Derrière les trompe-l’oeil. Et il ne pourra déboucher, finalement, à la mesure des frustrations induites – qu’elles soient légitimes ou pas -, que sur de violents séismes et des grands gâchis humains.
Certains en seront protégés, par des statuts, des diplômes, des réseaux, des patrimoines, quand de grandes multitudes seront exposées, elles, à ses effets brutaux.
Et pour des raisons et des justifications qui naîtront d’elles-mêmes et ne manqueront pas, nous serons indifférents au sort de ceux-là, le trouvant mérité pour ceux qui s’en plaignent comme pour ceux qui y échappent. Pourtant, ce sort ne sera pas mérité et il ne sera pas juste.
Plus encore, ce sort que nous infligeons, par une constante procuration du général au particulier, à nos semblables nous sera préjudiciable.
Il finira pour nous empêcher de vivre.

Derrière les paravents de l’égalité promise, même quand elle l’est, se renforcent les inégalités et des protocoles iniques inscrivent leur loi au sein des conventions sociales qui n’ont pas leur pareilles pour étouffer dans l’oeuf les bonnes vélléités et apporter à l’arbitraire des semblants de légitimité rationnelle.
Sur un homme, c’est déjà un blasphème. Imposée à une partie de l’humanité, c’est une catastrophe sans nom qui a pour effet d’anihiler la possibilité d’ajuster l’état du monde à ses immenses besoins de renouveau, de lui refuser son aggiornamento.
On peut plus acquérir une paix en un endroit, au prix de la guerre en un autre.
On ne peut plus acquérir ou entretenir un niveau de vie matériel en un endroit, au prix de la misère en un autre.
Cet état de fait doit continuer à être remis en cause, même si les événements, des situations, procurent – et c’est ce qu’ils font de plus en plus – l’occasion de se maintenir dans le statu quo. Ou de revenir à celui qui prévalait avant que, comme elle le fait aujourd’hui, la grande histoire ne recommence à bouger.

Nous acceptons de l’humanité qu’elle fonctionne si mal. Nous souhaitons, inconsciemment, qu’elle soit imparfaite car il nous apparaît que cette imperfection de l’humanité, finalement, procure des avantages en terme de confort. Soit celui dont je dispose, soit celui auquel je prétends. Celui, dans les deux cas, auquel je ne renoncerai pas car je ne saurais pas par quoi le remplacer par quoi me serait reconnue ma dignité, même si j’ai conscience de la superficialité sur laquelle elle est bâti.

Et si la culture s’affaisse, comme elle le fait, elle permet de générer des troupeaux de vaincus et d’inaptes, des nouveaux esclaves, enchaînés à l’état de leur nation et à l’état du monde, dont toutes les révoltes, même si elles signent d’apparentes victoires, seront vaines et ne feront que renforcer l’inéquité.

Faut-il faire confiance à la politique, à la démocratie, seules, pour sortir de l’impasse où nous sommes et où nous conduisent les évènements?
Ce n’est pas seulement le registre économique, financier et social qui est en défaillance, mais c’est une conjonction de dérèglements et de déséquilibres, au coeur même de qui définit l’humanité, qui nous enlise, lentement, dans nos propres impuissances et dans notre désespoir. En dépit des différentes formes de fuites en avant que nous cultivons, la réalité de nos manquements crève les yeux avec une acuité telle que seules les agitations médiatiques, grandes fourvoyeuses de désinvolture et de dérision, réussissent à les masquer dans une sorte de grande amnésie du présent.

Quelle que soit la forme par lequel il le fait, et quelles qu’en soient ses manifestations, ce temps se rend tragiquement insoluble à lui-même. On peut invoquer l’étendue de sa complexité, mais ce n’est pas la complexité du monde qui est impliquée dans ce lent échec.
Ce sont d’autres carences qui doivent être identifiées et, en premier lieu, il y a l’échec de l’Homme, en tant que tel, ce qui va au-delà de la question de l’espèce, des sociologies, et de l’économie.
La convivialité a déserté nos coeurs et ce qui y a pris place, pour beaucoup d’entre nous, c’est une volonté de domination et de violence, toujours jugée, qu’on la donne ou qu’on y riposte, comme légitime. Les conventions légales, philosophiques, sociales, qui assurent ce qui nous reste de cohésion ne résisteront pas longtemps à l’injustice.
Il y a une barrière à notre développement humain qui s’est formée.
Elle est invisible et opprimante.

Cette situation défie notre humanité et elle appelle notre génie.
Qu’a-t-il donc à manifester, ce génie, de plus que ce qu’il a déjà manifesté? En peu de siècles, auxquels se sont ajoutés quelques décennies,  l’Homme a percé d’innombrables secrets, accumulé des savoirs et des connaissances, repoussé les limites de son ignorance. Il s’est placé au sommet de toutes chaînes. Son règne s’étend sans limite.
Mais, pourtant, lui-même s’est perdu et ne sait plus exactement qui il est, il est, quand il est. C’est cette appropriation qui constitue la grande conquête à accomplir afin de nous libérer et d’accéder à un grand âge d’or.

A supposer que nous ne soyons pas déjà définitivement vaincus, il nous incombe de déterminer le modus vivendi qui doit être celui de nos sociétés.
Elles ont à conjurer de graves menaces. Nous savons ce qu’elles sont. Ces menaces peuvent être vaincus et disparaître soit qu’elles nous changent et que, pour nous défendre, elles nous défigurent à un degré plus ou moins acceptable, soit que nous changions leur propre nature et que nous éteignions en elles ce qui les a initié et fait grandir.
La vraie victoire et le vrai gain, pour une civilisation telle que celle qui nous incombe d’élever, c’est de voir la menace vaincue par une amélioration de la conscience de ce que la civilisation porte et de ce qu’elle doit mettre au monde.

Il n’y a pas eu, au cours de l’histoire, un tel précédent dans l’accumulation des tensions. Cette accumulation représente une charge destructrice qui peut être mortelle. L’histoire de l’humanité a prouvé que nous avons eu, chaque fois que l’évolution de nos nations s’est heurtée à ses propres limites, la possibilité physique, matérielle, de conquérir un espace qui nous a permis d’assurer le renouvellement de nos sociétés et de leur fournir un nouvel élan.
Ce furent les temps des conquêtes géographiques, des conquêtes industrielles, celui des conquêtes politique et philologiques, comme autant de renversements de paradigmes et de leviers efficaces pour redonner du mouvement aux sociétés, et de la substance aux âmes.

Sans opportunité de ce type, nous butons sur un mur et nous recherchons l’issue de secours qui nous permettrait d’échapper et d’identifier un horizon viable au-delà du précédent qui, faute d’être dépassé quand il est atteint, nous sclérose.

La fiction de l’homme supplante la réalité de l’Homme,
qui est le grand opprimé de la fausse modernité

Quand un horizon est atteint, il est périmé. Il est nécessaire d’en dégager un autre et la loi qui nous gouverne fondamentalement nous oblige à faire en sorte que l’horizon nouveau nous élève et soit meilleur.
Mais comment le faire?
On ne le peut pas toujours par les moyens, qu’ils soient de la réorganisation politique, du progrès matériel, de la dialectique. Les grandes révolutions industrielles qui ont permis la croissance et le développement, et le partage du progrès, ne seraient plus en mesure, aujourd’hui, de produire la quantité de travail, tel qu’il est entendu aujourd’hui, nécessaire.
Au contraire, alors que la démographie croît, les avancées technologiques, liées à l’essor de l’informatique, de la robotique, de l’amélioration de processus industriels, détruisent de l’emploi et créent des inactifs.
Le système, longtemps satisfaisant, que nous avons bâti et consolidé apparaît désormais comme inopérationnel.
Ce temps semble ne porter en lui que la promesse de masses de désoeuvrés auxquels sera reniée, une manière ou d’une autre, la dignité. C’est cela qu’il faut contredire et cela ne se pourra pas, je le crains, sans que soient mieux accordés les potentiels, mieux appelées les ressources, que chaque être est en mesure de procurer.
Seule une civilisation fondée sur l’intelligence et la dignité permettra de surmonter les difficultés qui sont les nôtres et d’ériger la société propice à notre bien-être commun.

Je crois que les contradictions auxquelles nos sociétés, dans leur grande variété, sont soumises ont donné corps à une tyrannie dont nous ne pouvons guère plus, chacun étant prisonnier de sa propre interprétation à l’égard de ce que lui dicte la sauvegarde de son propre intérêt, nous libérer.

Nous avons, particulièrement dans nos sociétés dites avancées, abandonné Dieu ou l’idée de Dieu. Je crois que c’est une erreur. La fiction de l’homme, que nous avons nous mêmes élaborée et entretenue pour la placer au coeur de nos systèmes, supplante la réalité de l’Homme, qui est le grand opprimé de la fausse modernité.
C’est pourtant en lui que tout se règle et s’ajuste, et c’est donc en lui que tout peut donc se libérer.

Car il y a des forces considérables à libérer aujourd’hui, sans quoi le statu quo du vivre ensemble, déjà fissuré, se brisera, et chacun reviendra à sa superficialité et se complaira dans une culture éventée qui le maintiendra dans des dépendances et des satisfactions confuses.
Il est, au contraire, indispensable de rendre l’Homme et son humanité à la clarté, et de le placer dans un contexte qui va bien au delà de la perception qu’il en a ordinairement. Il y aurait, d’une culture appropriée, des gisements considérables, dans le savoir, la technologie, l’invention, à tirer.

Il y a au sujet de L’Apocalypse un glissement sémantique qui fait entendre désormais la notion d’Apocalypse comme fin du monde. Etymologiquement, l’Apocalypse est la révélation et elle se confond avec la fin des temps. Elle est une sorte de big-bang de l’Humain.
Il est possible d’appréhender le texte prophétique comme l’annonce d’un âge supérieur auquel aboutit le cycle des temps, qui parachève ainsi l’Homme et sa civilisation, et récompense sa portée dans le réel.
Je pense que cela reste notre avenir et qu’il est notre but concret.
Pour y parvenir, il faudra surmonter nos infirmités.

Même si les objections seront nombreuses, il est probable que les peuples finiront par se lasser de jeux illusoires qui les mènent à leur propre perte et à leur propre négation.
De génération en génération, jusqu’à ce qu’elles finissent par être indistinctes, vous aurez besoin de vous reconnaître dans la foi.

Bien à vous.

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