L’humanité doit devenir adulte

La qualité et la pertinence des devoirs que l’on s’assigne, c’est cela qui fait la réalité de la valeur d’une civilisation. Les crises constituent les épreuves par lesquelles nous sommes fondamentalement interrogés sur notre potentiel de grandir, de nous transformer, de nous améliorer.

C’est cela qui rend si puérilement tragique la manière dont tant d’entre nous fuient leur responsabilité et acceptent la violence, physique ou idéologique, comme clé de résolution.
30 générations, à raison de trois par siècles, ce n’est rien.
La panique n’est ni un mode de protection ni un mode de pensée. Reste que, ajouté à l’ensemble des facteurs climatiques, énergétiques, démographiques, auxquels notre civilisation devra faire face, cette donnée objective devrait nous inciter à penser et faire par conséquent des choix en fonction des risques qui apparaissent et nous engagent, plutôt que de cultiver le déni.
Notre devoir en ce début de siècle, si chaotique et mouvementé, est de nous porter à ce niveau, d’accorder notre intelligence à la dimension des défis qui sont ceux de la planète et de ceux qui la peuplent. Ils ont et auront un génie à faire valoir, s’il est appelé correctement, dans le cadre d’un paradigme approprié et si cela ne favorise pas les conditions d’une élévation culturelle, il est probable que rien ne sera en mesure de le faire.Devant les changements et bouleversements qui s’annoncent, portée par une mondialisation qui impose sa réalité, la nation est perçue comme le refuge ultime, celui au sein duquel on se barricade, celui aussi à partir duquel aussi on rassemble ses forces pour se déployer et s’imposer, pour survivre, aux autres.
Cela se passe ici et maintenant et nous ne voulons pas le voir, vaticinant sur un monde dont la pensée est déjà périmée et a un besoin vital d’être renouvelée.La nation est rêvée comme l’abri idéal face aux tempêtes démographiques, climatiques, économiques, culturelles, anthropologiques, qui s’annoncent. On y partage des codes, une langue, des modes de vie. On y renouvelle, de génération en génération, le sentiment d’une sorte d’immortalité, pour la civilisation que l’on porte et dont on se sent voué, parce qu’elle est soumise à des épreuves et que nous les interprétons comme des agressions, à la défendre et à proclamer sa supériorité.
Tout cela est un chemin puéril et vain. Et surtout tragique.
Mais c’est ce chemin que, de plus en plus, nous choisissons guidés par la faiblesse, vers lequel nos passions et notre désinvolture savent si bien nous pousser.Regardez les controverses que soulève la notion même de civilisation. Certains l’assimilent déjà comme désignant l’ensemble des cultures humaines.
Ceux-là tentent d’imposer cette acception, de développer une approche dont on peut considérer, dans un monde fini en termes de connaissance et de documentation, qu’elle correspond à la réalité objective du monde tel qu’il est.
D’autres s’approprient cette notion, distinguant en chaque culture un bloc de civilisation que l’on peut et doit opposer, chacune étant portée dès lors à se radicaliser.
La manière de faire vivre la civilisation et de s’identifier à elle est pourtant la manière que nous avons de prendre la mesure des défis vitaux et ontologiques afin de subsister dans notre environnement.
C’est ce qui la fait vivre et évoluer, et façonne la manière dont nous accordons, en les faisant croître, nos intérêts mutuels.

Les sociétés que nous avons construites sont extrêmement fragiles et vulnérables. Un rien suffit à les déstabiliser. Elles se désagrègent et ce n’est souvent plus que par des convocations identitaires ou passionnelles, que nous nous illusionnons sur le ciment qui les unit et les pactes par lesquelles nous neutralisons notre violence potentielle.
Je ne crois pas que cela soit un hasard. Cela est révélateur d’une grande carence, qui témoigne du sentiment diffus que le système ne sait plus répondre aux besoins dont on pressent, par ailleurs, qu’ils changent de nature et de proportion.
Ce sujet ne mérite pas d’être évacué.

Si nous ne nous prononçons pas
dans une telle densité de l’être,
nous n’aurons pas les excuses
dont peuvent se prévaloir nos ancêtres
La politique, prise à ses propres codes qui sont ceux aussi que nous lui imposons, propose le spectacle de son impuissance, de ses contradictions, sans parvenir encore à se transcender, à nous offrir un paradigme qui soit conforme à notre intérêt réel.
Il va au delà de la notion de pacte. La démocratie n’est pas, ce à quoi on ramène sa définition, la transposition de la violence dans le débat. Avoir accepté et promu l’idée que la République n’était que cette vertu, à travers une série de pactes juridiques, sociaux et économiques, entraîne l’acceptation de voir passer une violence d’un statut inacceptable à un autre, plus conventionnel.
La République française est une forge curieuse de ce point de vue puisque chaque conflit social développe et met en scène une violence légitime, plus ou moins vive, qui appelle réparation par le pacte social. Cela a encouragé le corporatisme et le communautarisme, les médias constituant dans ce jeu insolite, et parfois indécent, le fléau de l’opinion publique.Ce système n’est plus satisfaisant. Il est injuste et produit, parmi tant d’autres effets pervers, de l’arbitraire et une émulation dans la surenchère victimaire aux termes desquels ceux qui prennent sur eux sont les perdants au sein du système, et au sein duquel on ne sait plus à qui ni à quoi se fier.
La compétition de sens, la politique, la culture, ne sont plus intéressés qu’à ce jeu enfantin et à ces mécanismes imbus d’eux-mêmes.
Dessous, gronde et sourde la vraie colère. A ne pas la saisir pour ce qu’elle est, et à en instrumentaliser le potentiel, elle nous mène au déclin.Les accords sur le climat, dits de la COP21, ont été dénigrés. Ils ont été salués certes, mais un grand nombre de nos compatriotes en relativisent la portée. Pour eux, c’est de l’enfumage.
Pourtant, la quasi-totalité des 193 Etats membres de l’ONU ont signé des engagements pour réduire les émissions des gaz à effet de serre. Il s’agit d’une victoire sur l’immobilisme qui doit en appeler d’autres, mais surtout de la prise en compte d’une échelle globale dans les politiques nationales.

 

Cette manière d’acter une responsabilité commune dans le domaine du climat est une première. Cela a été, quelques jours après des attentats qui imposaient aux esprits un sceau sauvage et sanguinaire, un acte majeur qui mérite d’être reconnu comme tel.
Il consistait à placer un grand nombre de gouvernements et d’Etats à la hauteur d’enjeux qui vont au delà, même si des effets concrets nous affectent déjà, des intérêts et des revendications immédiats sur lesquels leurs citoyens les appellent.

Il faudrait savoir faire cela sur tous les enjeux et éloigner ces enjeux universels des pièges des rhétoriques et du nombrilisme, en accédant à une nouvelle manière de dire le monde et de se dire soi-même dans le monde.Si nous ne le faisons pas, si nous ne nous prononçons pas dans une densité de l’être telle celle qui est réclamée de notre temps, nous n’aurons pas les excuses dont peuvent se prévaloir nos ancêtres car la réalité du monde ne pouvait pas leur apparaître telle qu’elle commence à s’imposer, que nous le voulions ou pas, à nous.
Nous sommes et nous agissons en connaissance de cause, et nous ne pourrons pas invoquer le fait que nous nous sommes laissé distraire par nos propres turpitudes.
L’humanité doit devenir adulte.

PS: Je ne suis pas surpris par ce que j’écris. Je remercie les quelques lecteurs réunis ici parfois. Cependant, ce que j’interroge précisément ne répond pas. Le peuple dont mes yeux cherchent le regard ne me regarde pas. Mais quelque chose en moi ne le quitte pas des yeux.
Probablement, oui, des psychologues, des psychiatres, ont des mots.
J’ai établi ma propre expérience.
Du bas où vous me tenez, ma voix vient de haut.
Et j’écris dans le temps.
Peut-être suis-je trop signifiant pour ne pas être tenu pour insignifiant dans un temps fermé à la pureté du verbe.
Qu’est devenue l’innocence du peuple?Qu’en est-il advenue ?
Aucune grande justice, aucune grande volonté, ne semblent plus pouvoir s’appuyer dessus.
Se moquer de moi, c’est se moquer de ce que je représente.

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