Quitter Athènes

Le choix honorable de ceux qui possèdent est d’être ce qu’ils ont. L’opportunité de ceux qui n’ont rien est d’être ce qu’ils sont, et non pas d’être la simple envie d’être ceux qui ont.
Il y a une crise de valeurs en ce monde. On ignore jusqu’où elle peut aller. C’est une crise inacceptable, qui par moment peut sembler insoluble compte tenu de la variété des intérêts et des légitimités qui s’y manifestent. Pour la satisfaire, et maintenir le système, des gens qui ne le méritent pas sont exclus.
Cette dégradation a créé une immense tutelle qui s’exerce sur des foules géantes, dont certains membres n’ont pour avenir que d’être les esclaves d’un système injuste et inhumain, concentré sur la représentation de la valeur, des codes légaux et conventionnels qui garantissent la tenue du trésor, et non sa réalité.

Je pense que lorsque les temps induisent de grandes dissensions dans l’expression des intérets respectifs, une chose appartient particulièrement à ceux qui n’ont rien, qui sont bannis et rejetés par le système, par leurs contempteurs, c’est de porter le fambeau de la conscience et d’éclairer la voie, d’agir et de se prononcer en dignité, et de dépasser la seule prise en charge de ce à quoi le système les réduit, en possédant pour ce faire d’innombrables moyens coercitifs et autant de relais d’éloquence.

J’apporte un voeu à tous, car je crois que chacun est capable de se réaliser au profit de tous, et qu’en se réalisant ainsi il se réalise pour lui-même. Lorsque les premiers billets de notre monnaie commune, l’Euro, ont été émis et que j’en ai observé un, une chose m’a frappé: c’est l’absence d’une devise.
Que vaut une monnaie sans une devise ?
J’ai écris, là dans ma solitude, et donc j’ai proposé que cette devise pourrait être « Nous croyons au meilleur de l’Homme ». Credimus Optimum Humanis…

Il y a des servages dont nous devons nous affranchir. Pas pour renverser les tables, mais pour mieux les garnir et établir les conditions les plus favorables à l’épanouissement de tous dans la concorde.

Tout est là et a toujours été là. A portée de la main et de l’appréhension intellectuelle, et ce qui entrave la découverte, l’invention utile, la fraternité fructueuse, ce sont les limites que nous nous imposons nous-mêmes, le pouvoir de l’argent, les dynamiques patrimoniales, les chaînes de l’académisme, les liens rhétoriques, le carcan des passions, des conforts et des désinvoltures, le besoin de se protéger.
Mais ce besoin de se protéger peut-il exercer ses prérogatives aux dépens de l’intérêt de tous.

Je le dis car il n’y a rien d’autre à dire. Il y a, en tout être, un autre homme à élever et à libérer afin de procurer à notre époque la faculté d’écrire et faire vivre les lois d’une civilisation plus propice à notre épanouissement que celles qui nous régissent aujourd’hui et qui font la démonstration de leurs limites et de nos limites.
Je crois que ce Temps qui s’épuise réclame de nous cette élévation et que ce n’est que dans cette résolution-là, dans cette réinvention, que nous parviendrons à atteindre un état du monde satisfaisant.

La liberté consiste à libérer
toute la dignité humaine

Nos sociétés créent ce dont elles ont besoin, avec pour précision utile qu’elles ne peuvent le faire que selon la conscience qu’elle se forment de leur besoin et des défis auxquels elle considèrent devoir répondre.
Je déplore qu’elles ne forment pas, culturellement, sociologiquement, économiquement, une ambition si élevée que l’appel qu’elle diffuserait serait tel qu’il engendrait des sources nouvelles et abondantes de solutions, et induirait un remaniement refondateur des statuts.
Cet accord, jusque là négligé, submergé par tant de sollicitations, est ce vers quoi doivent tendre nos pensées, nos bienveillances, nos délibérations, nos enseignements. Avons-nous bâti une telle démocratie, une telle République, une telle école? Nos délibérations, aujourd’hui, sont consacrées à l’exaltation du vain et du dérisoire. Notre école est réplicatrice et normative. Notre démocratie, volage et infertile.
La liberté consiste à libérer toute la dignité humaine.
Nous nous en sommes éloigné.

Je crois que le système économique, en se globalisant, se donne les chances de sa propre mutation, de sa propre métamorphose et qu’un nouveau jour est capable de se lever sur le vieux monde. Inévitablement, il n’est pas facile à mettre en oeuvre, car il y a des mirages dont il faudra se défaire, des illusions qu’il faudra abandonner, des intérêts qui seront submergés par le mouvement qui naîtra de ces révolutions de la connaissance et ce sera là le plus difficile à sacrifier. Mais ce monde, avec les opportunités qu’il ouvre, produit une énergie qui mérite d’être saisie et transformée.
S’il ne revient qu’à ma personne de l’exprimer et de la lever, je prends cette initiative d’en former l’annonce.

Il faut quitter Athènes et ses règles éthiques et sociologiques pour inventer une nouvelle cité, moins païenne que celles que nous avons redessiné. Car nous avons reconstitué l’agora, nous avons reconstitué les dieux qui nous gouvernent, nous avons réinventé Narcisse, nous avons recréé Tyché, celle qui dispense la fortune au hasard, nous avons recréé de nouvelles formes d’esclavage et la soumission.

Les systèmes économiques ne sont pas seulement légitimes. Ils sont nécessaires. Mais ce sont les hommes qui les déterminent et scellent la manière dont ils pèsent ou libèrent les forces créatrices ainsi que les dynamiques qui permettent d’émanciper les membres des sociétés.

Quitter Athènes.

NDR: le 10 septembre 2016, soit 7 mois après que cet article eût été rédigé,  le prix Nobel 2015 d’Economie, développe une critique de la gestion de le mondialisation, assurant que si elle est mal gérée elle nourri « un danger considérable ». http://lexpansion.lexpress.fr/actualites/1/actualite-economique/la-mondialisation-mal-geree-est-un-danger-considerable_1829158.html
C’est à ceux qui n’en ont pas l’usufruit de la porter et donner son sens à l’énergie que développe a mondialisation.

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