Un homme politique

Je suis un homme politique mais je ne suis pas un homme politique comme les autres. Je paye de ma personne pour faire valoir l’idée que chacun d’entre nous peut apporter son propre génie, susceptible de prendre des formes innombrables, au monde, à la société française.
J’ai commencé cette carrière qui ne m’a procuré aucun avantage sinon celui d’arpenter ma propre mesure en 1996.
J’étais alors un journaliste localier, dans un titre du sud de la France.
Lorsque éclatèrent les grands mouvements sociaux qui firent mettre genoux à terre à l’homme droit dans ses bottes d’alors, le sentiment qui s’est inscrit dans mon coeur c’est que je ne me reconnaissais plus dans mon propre peuple ni même dans mes pairs journalistes.
Chacun réclamait un statu quo social, une protection supérieure au sein du système qui déjà produisait de l’exclusion et de l’inégalité massives, de l’endettement, du désespoir, de grands troubles sociaux et des dérives institutionnelles ainsi qu’une surenchère dans les antagonismes, les radicalisations, les compétitions entre légitimités.

Je ne suis pas comme ça. J’ai renoncé, alors, après une carrière de 13 ans dans cette fonction à une promotion au sein de ce quotidien régional.
J’avais une aspiration et une conviction s’était installée en moi. Elle portait une irrésistible promesse à laquelle il me semblait pouvoir conférer une valeur de vérité générale.
J’en ai fait rapidement mon credo. Il tenait en quelques mots: « Ce qui n’existe pas est à inventer ».

Ma première idée est venue naturellement, après que j’eusse été invité au mariage d’un confrère. Les quelques journalistes qui étions là nous mimes en tête de réaliser le journal du mariage. Utilisant les ressources présentes (ordinateur, ciseaux, photocopieuse, etc), nous avions constitué une mini rédaction au sein de l’évènement pour produire un recto-verso relatant le fil de cette journée. Photo, mise en page, titrailles, nous avions essayé de produire quelque chose qui se démarquait, malgré l’amateurisme des outils, de ce qui se faisait normalement, en l’occurrence l’album-photo.
Je m’étais dit, alors, que cette opération réalisée de bric et de broc, pouvait inspirer une entreprise.

C’était le début de la numérisation des process d’imprimerie et de rédaction. D’un côté, les logiciels de publication assistée par ordinateur (PAO) apparaissaient, tout comme les logiciels de retouche photo, et de l’autre, les premières imprimeries numériques faisaient leur apparition, permettant d’imprimer dans des qualités proches du traditionnel Offset de courts tirages. Il suffisait de faire converger les deux.
Je me suis dit: ces deux innovations technologiques permettent d’approcher, de manifester un nouveau marché éditorial consacré aux événements familiaux et privés.
J’avais imaginé une société « Sulamite Edition ».
Décrit son activité (naissances, mariages, baptèmes, aniversaires, etc) et sa raison sociale.
La direction du quotidien au sein duquel j’avais effectué ma carrière voulait comprendre les raisons de mon départ. J’allais à Montpellier où se trouve son siège, pour y dire d’une part ce que m’avaient inspirés les événements sociaux et politiques traversés par notre pays et exprimer mon désir d’apporter ma contribution, en quelque sorte mon pouvoir de résolution personnel.

Mon interlocuteur, qui avait titre de directeur du développement, s’enquit de mes projets.
Je lui décrivis l’ambition de Sulamite Edition.
Il fut emballé. Plus à l’aise sur les chiffres que moi, il évoqua le coût de revient d’une page, une fois amorti l’investissement, et se proposa de porter ce projet au prochain conseil d’administration. Il m’incita à la confiance.
Je rentrais de Montpellier vers Narbonne sur un nuage.
Une semaine plus tard, M. Théodose, c’était son nom, m’informa que l’entreprise n’investirait pas dans ce projet. Je demandais si, à défaut, je pourrai bénéficier d’un soutien financier.
Il m’a dit « non ».
J’ignore pourquoi il fit ce commentaire et à quoi il se rapportait, il ajouta quelque chose comme: « C’est trop tôt ». Je suis arrivé à l’interprèter comme le fait que c’eût été trop facile… et je l’ai accepté.
Finalité, j’ai investi ce qui me restait dans un Mac, Xpress, et la location d’un bureau. Je n’ai pas pu créer la société. Je suis resté seul dans ce bureau, un ou deux mois, en vain. Avant de libérer les lieux et de me trouver dans un état d’exclusion qui me révoltait profondément.
Pendant quelques années, je me suis accroché à ce projet.
C’est étrange comme vous pouvez devenir ridicule en disant pourtant des vérités, des évidences, et que le seul écho est celui qui vous dit « Tu n’es rien ».
Depuis des années, des éditeurs font des offres livres albums en très court-tirage. Par exemple: http://www.blurb.fr/family-photo-books

J’ai abandonné le projet « Sulamite Editions ». Tourné la page. Usé jusqu’à la couenne ma volonté. Pourtant, cette volonté, associé à son credo, n’était pas terrassée. En 2001, j’ai considéré la téléphonie mobile et l’opportunité de la géolocalisation.
Je me suis dit que cela procurait les moyens de transmettre un type d’information en particulier. Celle dont la valeur était la plus élevée si elle pouvait être délivrée non à l’aveugle, mais à l’endroit où disposer de cette information permettait à celui ou celle qui la recevait de faire un gain important pour sa propre sécurité comme pour la sécurité de son environnement.
J’ai pensé que le type d’information qui devrait justifier ce canal était ce que j’avais désigné comme les informations à caractère vital. Informer les gens d’un risque, d’un enlèvement d’enfant, d’une alerte santaire, d’un risque météorologique, etc, à l’endroit où ce risque est imminent, la menace effective ou encore le besoin de témoignages et de sensibilisation (terrorisme, agressions sexuelles, vols, etc) pouvait être justifié.
visu_projetC’est ainsi qu’est né [I]vigi. J’étais assez satisfait du nom et du concept pour le déposer à l’INPI. Je ne l’ai pas renouvelé.
Une personne, au cours de ce parcours, m’a dit que j’étais un lobby à moi tout seul.
J’ai présenté le projet aux directions des trois opérateurs téléphoniques de l’époque (Bouygues, Orange, SFR). Mon interlocuteur à Orange m’a toisé de haut.
-« Vous venez d’où? »
-« De Narbonne? », répondis-je sachant que ce n’était pas réponse qu’il espérait
-« Non, je veux dire de quelle école? », dit-il avec un sourire en coin.
-« Un BEP-CAP d’électro-technique, du journalisme, j’ai démissionné, bla-bla-bla…. »
L’impression désagréale de pisser dans un violon, alors qu’un violon peut avoir un autre usage.
Bouygues furent moins désobligeants et ouvert.
SFR me dit que les technologies n’étaient pas suffisamment mâtures.
Peut-être en 2004.
En 2004, après avoir essayé de constituer ce service (comprenant un droit d’alerte en cas de disparition de son enfant dans son quartier plus prompt que la procédure d’alerte judiciaire) auprès des Assurances, je me tournai vers mon milieu d’origine. A la Fédération de la PQR, à Paris, où je présentai mon projet, il me fut dit:« C’est exactement ce que nous recherchons. Je le présente au prochain CA. ».
Pour m’entendre dire, finalement, que le projet n’intéressait pas.
Ce service que j’avais imaginé, existe aujourd’hui. Il a été mis en place par le ministère de l’Intérieur peu avant le début de l’Euro 2016 sous l’acronyme  SAIP (Systeme d’Alerte et d’Information des populations).

Je ne me plains pas, je constate. Que faut-il porter ou manifester pour être soutenu ?
2015 est une année particulière.
Après les échecs sur les projets précédents, je me suis rabattu sur l’électricité générale. Oublier ces épisodes, ces grandes désillusions. Construire autre chose.
Une entreprise artisanale, Solution Elec.
Créée en novembre 2009, et vaincue par la crise du bâtiment.
Je n’aspirais qu’à redémarrer cette activité, mais je n’en ai pas eu l’opportunité.
J’avais oublié mon propre credo. Trop de problèmes sur mon foyer. Des dettes et des emmerdements à n’en plus finir. Insoluble.

A un moment, au printemps 2015, j’ai eu connaissance de l’existence de MOOCS (Massive Open Online Courses). J’ai pensé que suivre un de ces cours m’empêcherait de perdre mon temps. Je ne pensais pas vraiment à renouer avec mes vieux tourments.
J’ai suivi un premier cours, délivré par SUPELEC CENTRALE, intitulé « On Strategy : What Managers Can Learn from Philosophy – PART 1« . Le seul fait de suivre ce Mooc a réveillé mon inspiration.
De là, je me suis engagé sur le cours « Comprendre les micro-controllers », délivré par l’université de Lausanne. Je ne l’ai pas achevé car, inconsciemment, ce cours a attisé mon intérêt pour les robots.
Je me suis inscrit sur le cours de l’université de Georgia, « Control of Mobile Robots« .
C’est en suivant ce cours qu’une idée m’est venue. Elle était liée à mon expérience du bâtiment et à la difficulté de prendre possession d’un chantier, d’y trouver ses repères.
Je me souvenais comment je procédais à partir du plan de l’architecte. Comment les autres corps de métier faisaient.
Alors, je me suis dit: « Si un robot imprimait les repères nécessaires, l’entrée sur le chantier et le démarrage seraient plus rapides ».
Je me suis renseigné auprès d’experts qui ont affirmé leur capacité à produire un tel robot. J’ai contacté des fabriquants de tête d’impression pour vérifier la possibilité d’en embarquer une sur un robot apte à imprimer sur une surface de type béton.
Finalement, l’idée même d’imprimante changeait. Elle quittait le cabinet de l’architecte ou du maître d’ouvrage pour le lieu même du chantier et imprimait à l’échelle 1. Si ce n’est pas une rupture, c’est quoi?
L’Institut Carnot du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment, à qui j’ai adressé mon avant-projet sommaire, en juillet 2015, m’a dit son intérêt et souligné l’originalité du projet de robotique, que j’ai appelé « BIM-I-AM »,BIMIAM_2_0 qui constitue une affirmation en relation avec le BIM, « Building Modeling Information » qui est le paradigme en cours dans les technologies de l’information dans le Bâtiment.
Personne n’y avait pensé. Et je l’ai décrit.
Je l’avais soumis à l’appel à idées, lancé dans le cadre du Plan de Transition Numérique du Bâtiment. Je n’ai pas eu de réponse.
L’institut Carnot du CSTB m’a exprimé sa disponibilité pour assurer le cas échéant l’étude de marché et l’étude de faisabilité, évaluant à plus d’1 million d’€, l’investissement nécessaire pour parvenir au prototype final.
Mais l’enjeu de départ, consistait à amorcer le processus afin de réaliser l’étude de marché et de faisabilité.
La société de robotique à laquelle j’ai présenté le projet et qui m’a assuré que « cela ne présentant pas de difficultés majeures », m’a demandé si je leur accordais l’autorisation de le présenter dans leur cercle d’investisseurs et de connaissance.
J’ai accepté.
Après plusieurs semaines d’attente, je me suis tourné vers eux afin de savoir quels étaient les résultats de leur investigations pour m’entendre dire, assez abruptement, qu’il n’avaient pas donné suite à une démarche pour laquelle eux-mêmes m’avaient demandé mon autorisation.
J’ai regretté, lors de cette conversation, qu’ils n’aient pas jugé utile de m’informer – alors que j’attendais – de leur décision.

Comme je ne crains pas le ridicule, j’ai même sollicité le groupe Lafarge qui produit des bétons et des dalles, en évoquant l’avantage que pourrait représenter pour eux, comme pour le système, l’élaboration d’un béton qui pourrait être imprimé ou réactif au laser.
Le service R&D ne m’a pas répondu.

Je ne suis rien, c’est vrai. Je n’ai pas d’expertise particulière. Je ne sors pas de la cuisse de Jupiter. Ma seule expérience des grandes écoles, ce sont les quelques Moocs que j’ai fréquenté  et que je recommande d’ailleurs – mais je porte quelque chose.
Une société, à fortiori animée par des intentions républicaines, qui dit à quelqu’un comme moi: « Vous n’êtes rien », se trompe. Moins sur moi d’ailleurs que sur elle-même.
Elle se comporte comme la société si étroite des privilèges, des prébendes et du gâchis de laquelle elle a voulu se séparer.

Et mon expérience, toute fâcheuse et éprouvante qu’elle soit pour mon épouse et moi-même, possède une dimension politique concrète.
C’est ainsi. J’ai pondu ce nouveau projet Real Benefice.

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