Comment un juge de New-York accuse l’Iran d’être complice des attentats du 11 sept 2001

Un juge nommé George Daniels, de la Cour de district Sud de New-York, a jeté un pavé dans la mare, ce mercredi 10 mars 2016, en condamnant l’Iran à payer des dommages et intérêts pour un montant de 7,5 milliards de dollars aux familles des 2997 victimes des attentats du 11 septembre 2001, et 3 milliards de dollars aux compagnies d’assurance.
Ce jugement, rapporté en France parmi les médias principaux par le site du Point.fr, qui se contente de titrer sur la protestation de l’Iran tenant ce jugement pour « ridicule »,  prend à revers la construction intellectuelle, voire la tautologie, mise en place depuis l’émergence du phénomène du djihadisme, imputé de manière automatique au sunnisme et particulièrement à l’Arabie Saoudite.

Il fait, par contre, les gorges chaudes dans la blogosphère dans laquelle ce jugement suscite une levée de boucliers. Les Moutons enragés en font l’occasion d’une chronique de l’absurdité; spoutnik.fr qualifie la décision juridique d’absurde; francais.rt.com insiste sur l’incompréhension des Iraniens, d’autant plus justifiée que « qu’aucun des dix-neuf pirates de l’air du 11 septembre n’était de nationalité iranienne ».
La blogosphère, à l’unisson, raille, avec une ironie mordante, ce juge expérimenté et le jugement iconoclaste auquel il s’est rendu puisque le magistrat se fonde sur le fait que l’Iran n’a pas répondu aux convocations, à l’opposé des autres parties.

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Pourquoi le juge George Daniels a-t-il pris toute la théorie post-attentats du 11-Septembre 2001 à revers. (New York Law Journal)

C’est donc par défaut, que l’Iran est condamné et cela suffit à discréditer le jugement.
Dans sputniknews.com, Marc Rumignani se demande au préalable s’il s’agit d’un poisson d’avril avant l’heure. Il relativise et la portée et la réalité du jugement, qui relèverait simplement d’une vérité procédurière et empirique en rupture avec le sens commun.

« Sur la base de l’information rendue publique,
on pouvait constater que toutes les pistes
menaient à l’Arabie Saoudite et non à l’Iran »
.- Un officiel iranien

Il note cependant: « En Décembre 2011, la même cour et le même juge avaient officiellement soutenus que l’Iran et le Hezbollah avaient aidé matériellement et directement Al —Qaeda dans la préparation des attentats. En 2012, le juge fédéral Frank Maas avait déjà évalué le montant de 6 Milliards de dommages et intérêts à l’encontre d’Al-Qaeda, les Talibans, l’Iran et le Hezbollah. Initialement, en 2003, les griefs avaient été passés contre l’Irak de Saddam Hussein; le procureur avait décidé de retirer ce pays de la défense, quand les autorités ont considéré que ces griefs étaient infondés. ».

Qui est donc ce juge et sur quoi repose-t-il son jugement qui prend à revers la théorie du djihad, monstre naturel enfanté par le sunnisme, qui a constitué et constitue encore la grille de lecture et de narration courante, pour en imputer l’origine à l’Iran qui aurait exploité cet avatar opportun pour déstabiliser et atteindre ses ennemis.
Quel renversement de paradigme!

Est-il irresponsable? Ou manipulé par l’administration d’Obama?
C’est un peu ce qui ressort de la lecture des articles qui lui sont consacrés à l’occasion de cette affaire.
Mais ce juge ne semble pas vivre sur une autre planète et paraît même accessible à la raison. Il n’est pas novice en matière internationale puisque en 2015, il a condamné l’autorité palestinienne comme le rapporte le site 45enord.ca, dans un article paru le 25 août 2015, intitulé « Un juge de New-York réclame 10 millions de dollars de caution aux Palestiniens ».

Les autorités iraniennes se disent abasourdies. « L’investigation à l’égard des coupables avait été classée comme secrète. Mais sur la base de l’information rendue publique, on pouvait constater que toutes les pistes menaient à l’Arabie Saoudite et non à l’Iran, explique M. Hossein Sheikoleslam, président des Affaires Etrangères du Majlis de la République Islamique d’Iran. Comme cela a été démontré, les organisateurs des attaques étaient soit des citoyens de l’Arabie Saoudite, soit vivaient et étaient formés sur le territoire de ce pays ».

Cette vérité est solide. Cette vérité est étayée. Mais est-elle la vérité?
Dans plusieurs de mes contributions, j’ai remis en cause cette construction qui mérite d’être déconstruite et reconstruite car l’histoire est trop cousue de fil d’or pour l’accepter comme telle.
Trop d’évidences qui tissent leur toile d’elles-mêmes.
Trop de manipulations, auprès des opinions publiques, visant à engluer l’Arabie Saoudite dans une position intenable et à faire d’elle le coupable parfait, l’Etat de la tromperie permanente selon la rhétorique iranienne.

Un tribunal de New York a donc entrepris, apparemment, de se dégager de ce faisceau. Pour l’heure, on ne lui fait crédit de rien sinon de produire un non sens. S’il avait condamné l’Arabie Saoudite, dont les représentants ont répondu aux convocations, il est probable que tout ce que nous comptons d’experts engagés depuis le 11 septembre 2001 dans une entreprise auto-écrite visant à mettre en cause le Royaume Saoudien, aurait fait état d’un tel jugement pour s’auto-congratuler.

Mais ce n’est pas le cas. Pour la première fois, à un tel niveau, ce jugement remet en cause cette expertise.
Il est donc ignoré et dévalorisé.
Est-ce pour autant un message vain?
Les autorités iraniennes, au niveau requis, ont vraisemblablement entendu quelque chose.
Il se passe beaucoup de choses en Iran et, s’il y a eu, ainsi que je le crois, un complot de cette nature fomenté au sein de la Révolution Islamique d’Iran, le fait pour une juridiction de marquer de manière aussi forte le fait qu’elle n’est pas dupe constitue en soi un évènement, une authentique leçon de choses, qui eût mérité davantage de la part de nos experts en géopolitique que le dédain.

Pour la petite anecdote, après les attentats du 13 novembre à Paris, je me suis endormi avec cette prière dans la bouche: « Seigneur, permets-moi de voir ce qui se passe ».
Et j’ai vu. Ce que le juge George Daniels, a priori, semble lui-même avoir vu.

Le 17 novembre 2015, j’ai tout de même écrit, parmi tant d’autres choses, cette tentative d’élucidation.
https://enattendantlarenaissance.wordpress.com/2015/11/17/sauver-bachar-el-assad-a-tout-prix-pourquoi/

Vladimir Poutine a décidé de changer de pied dans son implication auprès du régime de Bachar El-Assad. A quelques jours de la réunion qui doit se tenir à Genève entre le régime et l’opposition, ce désengagement est difficile à interpréter.
Mais s’il s’avérait que la responsabilité de l’Iran dans le djihad est démasquée, et que Bachar El-Assad y est impliqué, le sort du régime syrien n’est plus une priorité directe de Poutine, mais quelque chose de très encombrant.

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