La révolution islamique d’Iran est-elle vraiment l’hydre du début du XXIe siècle

Toutes choses étant égales, par ailleurs, le désintérêt médiatique pour le jugement et les motivations du juge George Daniels,  de la Cour de district Sud de New-York, qui a le 10 mars dernier, prononcé une condamnation à l’égard de l’Iran considéré par cette juridiction comme à l’origine des attentats du 9-11-2001, tranche avec l’intérêt médiatique et populaire que Snowden et Assange, élevés au rang de héros de la liberté d’informer, ont incarné.
J’ai signalé, dans ma contribution publiée il y a deux jours, que la thèse du juge George Daniels n’avait inspiré que dédain et mépris. La grande presse ne l’a pas jugé digne d’être questionnée, et portée, avec un minimum de sérieux, jusqu’au public.
Le mémoradum, qui date de 2011, sur lequel il s’appuie compte 53 pages. Il est accessible sur ce site information.iran911case.com. Il révèle l’ampleur d’un complot et d’une alliance terroriste d’Etat inégalé par l’intelligence à laquelle il a fait appel et qu’il a structuré.
L’inintérêt qu’il a suscité est d’autant plus étonnant qu’en matière de complot, ces mêmes organes de presse ne manquent pas de vitalité lorqu’il s’est agi d’exploiter la veine des révélations de wikileaks. On peut légitimement se demander si la conspiration dite du 911irancase, a fait partie des révélations.

Il y aura peut-être beaucoup à dire sur Julian Assange et Edouard Snowden, un jour, comme sur la manière dont ils ont mis en oeuvre ce rideau de fumée et de suspicion sur les agences américaines.

Opération « Satan au feu »

Reste cet objet judiciaire que représente le jugement du juge Daniels.
Il a tout d’une bombe.
On ne peut pas dire qu’il était occulte car les pièces sur lesquelles il se fonde sont accessibles depuis plusieurs années. Quelques médias, sur internet, y ont fait référence, mais la thèse développée n’a pas bénéficiée, c’est le moins que l’on puisse dire, de la publicité que son contenu eût mérité.
Il faut dire qu’elle prend à contrepied l’essentiel des thèses auxquelles les médias et experts ont donné corps et qu’elle établit, et étaye – contrairement à ce que certains se sont empressés d’objecter -ses conclusions et motivations.
Pourtant, dès son introduction, le mémorandum fait état du fait qu’une dizaine parmi les 14 pirates de l’air engagés dans les attentats du 11-09-2001 ont fait des séjours réguliers en Iran entre octobre 2000 et février 2001. »
Il allègue aussi que les services iraniens ont nettoyé les passeports afin que ces séjours qui eussent alerté les autorités saoudiennes comme celles des Etats-Unis sur cette équipe n’apparaissent pas et n’éveillent pas l’intérêt.
Ce dispositif d’aide à la mobilité et à la clandestinité a permis en outre aux cadres des organisations d’Al-Qaida de pouvoir trouver refuge de part et d’autre de la frontière irano-afghane, et permis également à Oussama Ben-Laden de se réfugier au Pakistan.

Très documenté, il explore minutieusement les rapports entre les terroristes du 9/11/2001 et l’Iran. Selon un des témoins, un iranien nommé Abolghasem Meshabi,   la conspiration engagée contre les Etats-Unis qui sont toujours « le grand Satan » dans la rhétorique officielle, était baptisée « Shaitan dar Atash », ce qui signifie « Satan en Enfer » ou « Satan au feu ».

Ce témoin, qui faisait parti du haut niveau de l’organigramme de la diplomatie iranienne, rapporte que « Shaitan dar Atash » est le nom de code donné, plusieurs années avant les attentats du 9-11-2001, au coeur du pouvoir iranien, c’est à dire au niveau du guide suprême de la Révolution islamique, à la « guerre asymétrique » engagée contre les Etats-Unis et de leurs alliés, parmi lesquels, dans la région, figure l’Arabie Saoudite.

L’antogonisme entre chiites et sunnites
n’est pas « une barrière infranchissable »

S’agissant de l’étanchéité objectée la plupart du temps pour réfuter une telle alliance entre l’Iran chiite et des organisations terroristes sunnites, le mémoradum affirme que les membres d’organisation chiites ou sunnites, particulièrement à un niveau de leadership élevé, n’ont aucune difficulté à travailler ensemble sur des opérations terroristes et affirme que l’antogonisme apparent et qui est parfois instrumentalisé de manière spectaculairement dramatique, entre chiites et sunnites n’est pas « une barrière infranchissable s’agissant de la coopération entre organisations terroristes ».

Le document signale d’ailleurs à ce titre la création en 1991, à l’initiative de l’Iran, de l’organisation « Al Majma ‘ al Alami li-l-taqrib bayn al-madhahib al-islamiyya » (Institut international pour le rapprochement des écoles islamiques) afin de promouvoir  le réconciliation publique des chiites et sunites.
Le mémorandum relate les séjours à Téhéran, dans les années 90, comme démonstration de la création de la dite alliance terroriste de Ayman Al-Zawahiri, bras droit d’Oussama Ben Laden, séjours au cours desquels il a rencontré des officiers du MOIS (le services secrets iraniens) et particulièrement Ali Fallahian et le chef de la Qod force, Ahmad Vahidi.

Ce travail est un vrai travail, en profondeur, de décryptage d’un plan stratégique qui court encore. Il implique le Soudan qui a servi de plateforme opérationnelle, signalant que le chargé d’affaires iranien, à Khartoum, Majid Kamal, un commandant des gardiens de la Révolution Islamique d’Iran, y a coordonné des entraînements. Comme il le fit à Beyrouth, dans les années 80, pour former les forces du Hezbollah.

Les éléments à charge ne manquent pas et mettent en cause plusieurs organes,  tels les gardiens de la Révolution, directement liés et subordonnés au guide suprême de la Révolution Ali Khameinei, le Ministère du Pétrole, et impliquent également Ali Akbar Hashemi Rafsanjani, l’ancien président iranien, qui ne pouvait ignorer à son niveau les supports dont bénéficiait Al-Qaida et désigne également le Hezbollah comme le premier relais de l’Iran dans le complot.

Au delà du 9-11-2001

Ce que le scope du jugement ne prend pas en compte, c’est tout ce qui s’est passé depuis le 9-11-2001 et notamment la manière dont l’Amérique a fait le job pour l’Iran en Irak en faisant tomber Saddam Hussein, précipitant l’Irak dans son propre enfer.
Il y a probablement eu, à l’initiative de la révolution islamique d’Iran et de son incarnation comme de son organisation, une manipulation d’une redoutable efficacité, inégalée par son ampleur et son intelligence, là, qui mérite, même si beaucoup se satisfont d’attribuer la faute originelle à l’administration George Bush, une investigation aussi scrupuleuse que celle qu’a réalisé le juge George Daniels, s’agissant des attentats du 9-11-2001.
Je m’y suis tenté dans une contribution intitulée « Une brêve histoire de la Révolution Islamique d’Iran ».
Ce que le mémoradum de la Cour de district Sud de New-York ne poursuit pas, c’est la manière dont l’Arabie Saoudite que tout désignait comme coupable, a subi une déstabilisation à laquelle nos propres médias, nos politiques, ont apporté l’eau de leurs moulins, avec lors du dernier pélerinage en septembre 2015, un drame qui fit plusieurs milliers de morts et incita l’Iran a porter des accusations extrêmement graves alors même que les autorités saoudiennes alléguèrent un temps la responsabilité de pélerins venus d’Iran.

Ce qui n’est pas abordé, dans ce mémorandum, c’est le rôle qu’a pu jouer Bachar El-Assad au sein de cette vaste conspiration qui vise au delà de l’Amérique elle-même, pour installer la révolution islamique d’Iran dans le lit de l’histoire, ce qui impliquait d’en faire sortir le pays qui a la charge de deux des deux grands lieux saints de l’Islam et qu’il convenait de discréditer.

Ce qui n’est pas abordé dans le mémoradum, enfin, c’est la situation même de l’Iran, où des forces rénovatrices sont à l’oeuvre et qu’il eût été désastreux de sacrifier dans un affrontement violent, mais qui bénéficient, avec le deal nucléaire, d’une opportunité de reprendre le contrôle du destin d’un pays, d’un berceau de la civilisation, qui ne mérite mieux, si les préventions nex-yorkaises devaient se confirmer, d’être assimilées durablement à des manipulations aussi exécrables.

Cette histoire-là, je le crains, n’est pas totalement expurgée, mais les moyens de le faire, au niveau des raisons d’Etats comme à celui des raisons des peuples, se précisent.

Autres liens:

http://information.iran911case.com/Plaintiffs_Third_Memorandum_In_Support_of_Motion_for_Entry_of_Judgment.pdf

http://www.iran911case.com/Iran_911_Case_Memos_of_Law.html

 

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