Du fantasme du Big brother US à la réalité du gran’ father iranien

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Le guide suprême Ali Khamenei. Crédit wikipedia, akkasemosalman, licensed under creative commons attribution.

Il est né en 1939 et règne depuis 1989, en qualité de Guide Suprême de la Révolution, sur le destin de la nation iranienne. Avant d’exercer la charge la plus haute au sein du régime dont il a été un des artisans, l’ayatollah Khanenei a été un proche de son fondateur, l’ayatollah Khomeini,  qui a chassé en 1979 le chah d’Iran du pouvoir.
Derrière l’image faussement rassurante du grand-père de la nation, Ali Khamenei est un stratège. Parmi de nombreuses oeuvres, il a rédigé un corpus intitulé « L’être des deux cent cinquante ans » et se déclare comme le descendant du prophète Mahomet, dont il affiche le turban noir autour de la tête qui fait de lui, à ce titre, un sayyid.
Mais la violence entoure et jalonne l’irrésistible parcours de cet homme vers le pouvoir.
Certains le jugent responsable, par exemple, de l’incendie qui a ravagé, le  19 août 1978, le cinéma Rex à Abadan, où 400 personnes ont péri carbonisées. Wikipédia explique que ce drame a été retourné par les Mollahs dans leur intensive entreprise de prédication contre le chah d’Iran.
Attentats, assassinats, exécutions massives, fatwas (dont celle émise à l’encontre de Salman Rushdie, l’auteur des « Verset sataniques »), la Révolution Islamique d’Iran a trouvé en celui qui s’est installé en son coeur un service qui dépasse le voeu même, probablement, de Khomeini.

En 1981, survient sans doute ce qui a scellé la nature du régime. Après l’assassinat du président iranien Mohamed Ali Rajai, Ali Khamenei est le premier religieux élu président de la République Islamique d’Iran. Sa fonction le place sous l’autorité de Khomenei. Comme l’ensemble de ses successeurs à la tête de l’Etat, lieu des décisions temporelles, la présidence été subordonné au pouvoir du guide suprême jusqu’à ce jour.
L’homme est des plus habiles. Alors que selon les spécialistes du régime, Khomeini souhaitait maintenir les religieux à l’écart de la présidence, Khamenei, s’y impose, finalement, et sans jamais s’opposer à l’homme de la Révolution Islamique, a engagé et façonné le régime tel qu’il est aujourd’hui.

La présidence de Khamenei a été analysée comme celle où l’Iran a abandonné tous les espoirs de sécularisme, et s’est mis au service, de force plus que de gré, d’une vision historique substantiellement liée à une entreprise fondamentaliste et au contrôle des nombreux instruments dont disposent les institutions, et notamment l’assemblée des Experts, sur lesquels siège le guide suprême de la Révolution Islamique.

Après un changement de Constitution, Ali Khamenei s’est adjugé le contrôle total des relations extérieures, la défense, les services de sécurité, la justice et pèse fortement sur les médias.C’est lui qui a choisi le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, pour le représenter à Beyrouth.

Aujourd’hui, le régime vit probablement un tournant dont on ignore l’issue. Le deal sur le nucléaire a marqué en 2015. Mais les réformistes, en Iran, marchent sur des oeufs, ainsi qu’en témoignent les élections qui se déroulé en Iran, le 26 février dernier.
Même la démocratie et ses 55 millions d’électeurs demeurent sous l’emprise de l’usage d’une Constitution soumise à la férule des religieux, qui décident de qui peut se présenter aux suffrages et de qui ne peut y accéder.

Ali Khamenei a pris acte des résultats des élections et de la poussée des réformistes.
Il s’est exprimé, lors de l’audience accordée, le 10 mars dernier, au président et aux membres de l’assemblée des experts, sur les enjeux.
La rhétorique est intéressante.
« L’unique voie de progrès consiste à cimenter les infrastructures du pays sur les plans économique, culturel et politique, à préserver les caractéristiques révolutionnaires, à assurer le mouvement basé sur le jihad, à sauvegarder l’honneur et l’identité nationale et islamique, et à ne pas se laisser absorber dans l’imbibition dangereuse mondiale. », a dit le Guide suprême de la Révolution islamique.
« Tandis que le quotidien des populations dans les pays [qui nous] sont limitrophes est rythmé par l’insécurité et les événements terroristes, des élections d’une telle grandeur et avec une telle vaste participation populaire ont eu lieu sans incident amer, de sorte qu’à Téhéran, les gens se sont rendus aux urnes en toute sécurité depuis huit heures du matin jusqu’à minuit. », se félicite le Guide suprême de la Révolution islamique.

« Les élections sont toujours saines
dans l’Ordre islamique »

« Contrairement à la campagne des ennemis ainsi que les prétentions de certains à l’intérieur du pays, les élections sont toujours saines dans l’Ordre islamique, il n’y a eu aucun mouvement organisé pour influer sur les résultats des élections. », a-t-il ajouté.
Pourtant, pour saines qu’elles soient à ses yeux, elles requièrent de sa part une certain nombre de mises au point et de mises en garde s’agissant de ce qu’il qualifie d’« attaques de ces derniers mois contre le Conseil des Gardiens ».
Dans le collimateur du guide suprême de la Révolution, ceux qui ont, « sans le vouloir », mis en cause le Conseil des Gardiens, qui aurait écarté des candidatures du processus électoral et servi une fraude. Ali Khamenei repousse ces accusations d’un revers de la manche pour affirmer, au comble du juridisme, que « le Conseil des Gardiens a accompli sa tâche avec sérieux et que, s’il y a un problème, cela concerne la loi qui doit être amendée ».

« Vérifier l’éligibilité de 12 mille personnes en 20 jours est un défaut légal qui doit être réglé; il ne faut [pas] attaquer le Conseil des Gardiens pour un défaut légal. », a réitéré le Guide suprême de la Révolution islamique. « Pourrait-on confirmer l’éligibilité d’un individu pour les élections sans avoir requis les conditions ; pourrait-on en répondre devant la cour divine ? », s’est-il interrogé. « Lorsque le Conseil des Gardiens ne peut pas constater les conditions légales chez un individu, il ne peut pas confirmer son éligibilité ; ce qui n’est pas un défaut, c’est agir selon la loi. », a-t-il ajouté.

« Tout acte de destruction
à l’encontre du conseil des gardiens
de la Révolution est non islamique,
illégal, illégitime et contre-révolutionnaire »

Dans le compte rendu qu’elle livre, la page internet du leader de la Révolution Islamique insiste sur la position de « l’honorable Ayatollah Khamenei » à l’égard du Conseil des Gardiens qui « est un des principaux centres de l’Ordre de la République islamique, qui a, dès le début de la Révolution, fait l’objet de l’assaut de l’Arrogance ».
Avant de marquer une ligne rouge : « Tout acte de destruction à l’encontre du Conseil des Gardiens est non islamique, illégal, illégitime et contre révolutionnaire ».
Un message a destination de tous ceux et celles qui pourraient nourrir des vélléités de révolte et de contestation au sein d’une société qui, au delà de la propagande officielle, aspireraient à tourner une page qui a isolé leur pays et dont il n’est pas exclu, si les soupçons de conspiration mondiale et de complicité avec le terrorisme islamique se confirmaient à son encontre, qu’elle vaudrait à la nation d’être mise au ban.

L’ayatollah Khamenei ne fait pas référence à cela. « La tâche qui incombe à l’Assemblée des Experts consiste à rester révolutionnaire, à penser dans l’esprit révolutionnaire et à agir en révolutionnaire. », a réitéré l’honorable Ayatollah Khamenei qui appelle à « l’immunisation culturelle ».
Pense-t-il à sa propre succession, car opéré d’un cancer de la prostate en septembre 2014, on lui prêtait alors deux ans d’espérance de vie ? « Il est nécessaire que lors du choix du futur leader, on s’écarte des considérations, des circonspections et des précautions, il faut seulement et uniquement avoir en considération Dieu, le besoin du pays et le principe de la vérité », a-t-il recommandé au collège des Experts.

Cible d’un attentat en 1981, perpétré par les Moujahidines du Peuple, il en réchappé, même s’il a été privé de l’usage de sa main droite. Le fait d’avoir survécu à cet attentat a renforcé son aura religieuse et institué un statut de miraculé dont lui même dit que « Dieu l’a épargné pour l’accomplissement de responsabilités plus importantes ».

« Aujourd’hui la politique diabolique
du front de l’Arrogance
consiste à diviser chiite et sunnite »

Le rayonnement et la survie de la Révolution Islamique d’Iran sont-ils menacés? Ali Khamenei le croit. Celui qui a fait de Kerbala la mère de toutes les batailles, assurant il y a peu, que « Kerbala était partout », considère  que « sur la base des renseignements précis », « l’Arrogance et les Etats-Unis ont un sérieux plan d’infiltration dans le pays » .
Selon lui, cette « infiltration n’est de la nature du coup d’Etat car ils savent bien qu’une telle chose est impossible dans la structure de l’Ordre de la République islamique ; par conséquent ils poursuivent l’infiltration via deux autres chemins », en infectant culturellement le pays, et ses responsables. Certains, au sein du régime le plus implacable qui soit à l’égard des ses opposants, sont donc considérés comme les vecteurs de cette menace.

« L’objectif de l’ennemi en élaborant le plan de l’infiltration chez les responsables est de modifier les calculs des responsables du pays, dont le résultat serait de dominer la pensée et la volonté des responsables ; dans ce cas, il ne serait plus besoin de l’intervention directe de l’ennemi, la personne responsable, sans qu’elle en soit consciente elle-même, prend la même décision que l’ennemi veut. », observe le guide suprême qui, par ailleurs, appelle à ne pas attiser des questions divisionnistes, « car aujourd’hui la politique diabolique du front de l’Arrogance consiste à diviser chiite et sunnite ».

A Qom, l’ayatollah Khamenei évoque
les conditions de sa succession

La Révolution Islamique d’Iran va-t-elle se mettre en mode d’auto-défense et consacrer, au delà de sa personne, l’héritage d’Ali Khamenei. Ou sa succession sera-t-elle l’occasion de quitter cette emprise et le passif monstrueux qui pourrait lui être opposé si les soupçons, éléments à charge, réunis contre elle venaient à être – ce qui n’est pas invraisemblable si une conjonction, à laquelle participe le jugement de la Cour de New-York auquel j’ai fait référence, venait à se réaliser –   mis au jour?

A Qom, le 9 janvier 2016, le successeur de l’Ayatollah Khomeini, a précisé sa pensée et prescrit les limites de la démocratie iranienne: « Si ceux qui proposent les listes, sont croyants et révolutionnaires et qu’ils sont réellement pour la ligne tracée par l’Imam, on pourra se fier à leur liste de candidats à l’Assemblée islamique et à l’Assemblée des experts ; mais s’ils n’accordent pas une grande importance à la révolution, à la religion et à l’indépendance, et si leur cœur suit les dires des Etats-Unis et des étrangers, ils ne seront pas fiables ».
« L’Assemblée des Experts ne se réunit pas une ou deux fois par an, mais elle a la vocation de désigner, le jour où l’actuel leader n’est pas en vie, « leader » c’est-à-dire celui qui est le gardien du mouvement de la Révolution ; ce qui est une question très importante. », a-t-il insisté, pour indice que l’incertitude le gagne, s’agissant de la postérité de cette oeuvre singulière qu’est la Révolution.

Les préventions du guide suprême à l’égard du deal nucléaire ne résisteront peut-être pas au vent de l’histoire. Ce deal est une goutte de liberté, une toute petite goutte, mais toute infinitésimale qu’elle soit dans ses abyssales profondeurs, elle a peut-être le pouvoir d’altérer la nature totalitaire de ce pouvoir et c’est, là, sa saveur libératrice.

Elle n’a pas échappé au guide suprême qui, ainsi qu’on le dit du Très-Haut, veut « voir dans la nuit noire la fourmi noire sur la pierre noire », mais qui est lui-même vu en train de voir.
Et d’ourdir.
Comme un simple mortel.

 

 

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