Défense de Salah Abdeslam

Maître Berton,

Vous venez de prendre en charge la défense de M. Salah Abdeslam.
Sans m’immiscer dans la ligne de défense qui pourrait être la vôtre, je souhaite vous faire part de quelques réflexions qui pourraient vous être utiles et donner au (x) futur (s) procès, en France et en Belgique, une dimension dépassant celle qui se préfigure et qui se concentrerait exclusivement sur la dérive djihadiste de certains jeunes.

En premier lieu, s’il faut tenir grief à votre client de ses intentions criminelles, il faut aussi le remercier de ne pas avoir mis personnellement à exécution le projet funeste. Cela a sauvé des vies, dont la sienne. Cela mérite d’être porté à son crédit et de lui valoir une autre justice que celle qui consisterait à faire de lui, au delà de ce qu’il est, une fausse victime expiatoire. Car expiatoire de quoi?

Si ma théorie est exacte – et je crois utile, pour la manifestation de la vérité qui est due aux victimes des attentats de Paris comme de tous les attentats qui ont ensanglanté le monde depuis au moins le 9-11-2001, qui constitue le marqueur de cette terreur, de l’explorer – M. Salah Abdeslam est un instrument entre les mains de puissances masquées.

Je ne m’interdis donc pas de penser que M. Salah Abdeslam puisse avoir été victime d’une manipulation comme nous le sommes nous également puisque nous ne parvenons pas à discerner l’origine de ce qui a tous les traits d’un complot géopolitique, avec en son coeur la Révolution Islamique d’Iran et la complicité active de la Russie qui trouve dans ce contexte des leviers pour fragiliser l’Union Européenne.

Comme chacun de mes compatriotes, la séquence du terrorisme dit djihadiste m’a profondément ébranlé. Mais, à la différence de la plupart de mes contemporains, je me suis extrait de la narration commune, faisant le lit de la théorie du choc des civilisations, et liant ce terrorisme au salafisme. Cet effort sur la perception que l’on peut avoir des événements permet d’établir un cadre différent et une perspective plus adéquate où le géopolitique se substitue au religieux islamique.

C’est ainsi que le 16/11/2015, sous le titre « La trotteuse du djihad et le pendule de la Révolution Islamique », j’ai écrit:
« Depuis le 11-septembre 2001, avec plus d’éclat qu’auparavant, les terroristes nous tiennent au rythme de la trotteuse et dans la suspension du temps auquel nous fixent leurs attentats et les menaces pour nous faire oublier le grand mouvement pendulaire et ce qu’il dissimule derrière sa propre évidence géopolitique.
La révolution islamique ne dort pas. Les chiites d’Irak subissent deux attaques, l’une qui s’accomplit à visage trop découvert et l’autre à visage dissimulé. Résoudre la question syrienne ne résoudra pas la question d’ensemble que nous pose cette révolution si sûre de son intelligence. Elle doit être mise, à un moment ou à un autre, devant son échec.
Lorsqu’on a un doigt dans l’oeil, on ne recouvre pas la vue en se plantant un autre doigt dans l’autre oeil. »

Le 17 novembre 2015, soit quelques jours après les attentats de Paris, j’ai approfondi cette intuition. J’ai écrit alors le texte que vous pouvez consulter sur mon blog, en cliquant sur le lien suivant: https://enattendantlarenaissance.wordpress.com/2015/11/17/sauver-bachar-el-assad-a-tout-prix-pourquoi/.

Celui-ci postule une thèse que je crois être le seul à avoir produit publiquement.
Elle n’a pas rencontré le moindre écho favorable et se heurte à la théorie principale, impliquant l’Arabie Saoudite, et faisant intervenir le salafisme voire le wahhabisme. C’est une assez grande solitude que de produire ce type de théorie et de constater qu’elle est à ce point ignorée.
Pourtant, contre toute attente, le 10 mars 2016, un jugement rendu à New-York a confirmé, au moins dans leurs prémisses, mes préventions à l’égard de la Révolution Islamique. Ce jugement regarde les responsabilités dans la conspiration du 11-09-2001. Ma réflexion va au-delà de cette date. Il est étonnant, d’ailleurs, que ce jugement n’ait pas bénéficié de la publicité qu’il aurait mérité. Parmi les rares médias à avoir fait état de ce jugement, figure Le Point, lequel s’est gaussé de la décision de la justice américaine.

Le contexte diplomatique, avec les efforts consistants d’une partie de la communauté internationale afin de permettre une normalisation des relations avec l’Iran,  peuvent expliquer la discrétion dont cette décision judiciaire a fait l’objet.
Mais la discrétion n’est pas le déni.

Ce jugement est documenté. M. Jean-Louis Bruguière y est d’ailleurs cité. « Ces enquêtes m’ont amené à découvrir les débuts d’Al-Qaïda en Europe, et de mettre en évidence les liens naissants d’al-Qaïda avec la République islamique d’Iran, rapporte le mémorandum en citant le juge Jean-Louis Bruguière, ancien premier vice-président de la section d’instruction Lutte anti-terroriste du Tribunal de Grande Instance de Paris. Abou Moussab al-Zarkaoui et son groupe affilié Al-Qaïda, Ansar alislam, ont voyagé à travers le territoire iranien sur une base régulière et utilisé l’Iran pour des réunions clandestines, des activités qui impliquaient la complicité des services de renseignement de la République islamique d’Iran. Les membres du groupe de al-Zarkaoui  ne sont jamais venus à partir de Bagdad, mais ont toujours transité via l’Iran où ils disposaient d’excellents contacts. ».

Molenbeek, qui cristallise toutes les suspiçions puisque ce quartier est considéré comme une des plaques tournantes du djihadisme majeures, y est cité aussi, puisque il est rapporté que « l’Iran a aidé Al-Qaïda d’une autre manière critique, juste avant 9/11 » . « Deux jours avant le 11 septembre 2001, le chef de l’ Alliance du Nord afghane, Ahmed Shah Massoud, désigné comme le Lion du Panshir, à la fois allié des Etats-Unis, et principal adversaire des talibans – était assassiné par des membres d’Al-Qaïda se faisant passer pour des journalistes. L’Iran est impliquée dans cet assassinat et spécialement, l’ambassade d’Iran à Bruxelles, en Belgique, qui a contribué à la fourniture aux deux Tunisiens recrutés par Al-Qaïda d’obtenir des passeports belges contrefaits … Ce sont ces pièces d’identité qu’ils ont utilisé pour entrer dans le nord de l’Afghanistan sous le couvert de journalistes pour interviewer Massoud. », assure le rapport accusatoire.
Et il a été établi que les deux Tunisiens recrutés pour accomplir cet assassinat provenaient de ce quartier de Bruxelles.
Prendre au pied de la lettre les dénégations officielles de l’Iran relève, du point de vue journalistique, de la naïveté. « L’investigation à l’égard des coupables avait été classée comme secrète. Mais sur la base de l’information rendue publique, on pouvait constater que toutes les pistes menaient à l’Arabie Saoudite et non à l’Iran, a expliqué M. Hossein Sheikoleslam, président des Affaires Etrangères du Majlis de la République Islamique d’Iran.Comme cela a été démontré, les organisateurs des attaques étaient soit des citoyens de l’Arabie Saoudite, soit vivaient et étaient formés sur le territoire de ce pays ».
Cette dernière assertion des autorités iraniennes  est contredite par le jugement de la cour du district Sud de New-York.
https://enattendantlarenaissance.wordpress.com/2016/03/17/la-veuve-havlish-et-la-verite-du-9-11-2001/

J’observe également, s’agissant du rôle de l’Iran dans la prolifération et l’instrumentalisation du terrorisme islamique, que l’Iran devra, aux termes d’une décision prononcée par la Cour Suprême, payer $2 milliards aux victimes américaines des attentats de Beyrouth de 1983. 1983, c’est aussi l’attentat simultané contre l’immeuble Drakkar au cours duquel 58 parachutistes français ont péri. « Comme par le passé, nous continuons à condamner le soutien passé et actuel de l’Iran au terrorisme international », a dit, à cette occasion, John Kirby, porte-parole du département d’Etat américain.
http://www.lesechos.fr/26/03/2014/LesEchos/21655-133-ECH_un-fonds-veut-faire-payer-l-iran-pour-les-attentats-de-beyrouth.htm

Finalement, la question à se poser n’est pas qu’une question d’école. Elle est celle-ci: si M. Salah Abdeslam avait été instrumentalisé, sous couvert d’islamisme, dans un complot géopolitique tel celui dont je dessine les contours, peut-il être considéré – lui comme nous – victimes d’une narration imposée par l’initiateur du complot?
Cela ne l’exonère sans doute pas des intentions qui l’ont animées, mais je veux dire que notre propre cécité et vulnérabilité à un complot que nous ne serions pas en mesure de reconnaître comme tel, plaide, d’une certaine manière, en sa faveur.

Auquel cas, à travers le procès de M. Salah Abdeslam, il y aurait la possibilité de dissoudre au delà de son propre cas personnel une mystification extrêmement nocive et de grande ampleur et de placer, peut-être, la Révolution Islamique d’Iran – et non l’Iran en son entier – devant ses responsabilités.

J’espère, Maître, que ces éléments de réflexion vous seront utiles.
Je les crois pertinents à la cause que vous défendez et susceptibles d’éclaircir plutôt que d’enfumer les débats.
« Rien ne peut légitimer une telle monstruosité, une telle barbarie », a insisté Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, mais « une fois que l’on a dit cela, nous devons tous nous mobiliser pour comprendre les processus qui, s’enchaînant les uns aux autres, ont conduit à cela ».
C’est à ce dénouement qu’il faut s’atteler pour espérer donner toute sa valeur et son utilité à ce travail de justice.

Cordialement,

Daniel CICCIA

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