Le TAFTA est-il vraiment un ami qui vous veut du mal?

Nous sommes à l’heure du grand Croque-Mitaine. Il porte un nom, le TAFTA, et son acronyme est désormais fantasmé par un grand nombre de citoyens auxquels on fait croire, avec succès, que ce traité est nocif et qu’il constitue un complot dirigé contre eux par les élites européennes.

Depuis que le président des USA, Barack Obama, est venu dire à Hanovre le 25 avril 2016, son attachement à ce traité, en insistant sur le fait que la fenêtre d’adoption se réduisait insistant pour que cette négociation, entamée en 2013, aboutisse d’ici la fin de l’année, l’opposition se fait plus virulente. Il ne s’agit pas d’aboutir au plus équitable des traités, il s’agit d’enterrer la perspective d’une zone de libre-échange qui permettrait d’insuffler, de part et d’autres de l’Atlantique, de précieux points de croissance et de dynamisme et, pour cela, de lever toutes les peurs possibles et imaginables.
Elles se bousculent au portillon.

Greenpeace portera-t-elle le coup de grâce. C’est  apparemment ce que cette Organisation Non Gouvernementale, allant au delà de sa vocation d’origine qui regardait la protection de l’environnement, entend faire en annonçant qu’elle publiera  248 pages de documents confidentiels du projet d’accord de libre-échange commercial TTIP (ou TAFTA). Elle a annoncé dimanche que ces pages « confirment les menaces sur la santé, l’environnement et le climat ».

Faut-il que le Traité Transatlatique constitue un enjeu géopolitique majeur pour inspirer de telles peurs, savamment instillées sur le mode anti-libéral, sur celui de l’anti-américanisme primaire et, nouveauté, sur celui de nos souverainetés, au premier rang desquelles certains d’entre nous ont décidé de revendiquer le droit à la bien-bouffe et à une sorte de pureté face aux OGM. Même les abeilles, à ce titre, sont récupérées pour servir ce militantisme.
Cela est-il à porter au crédit de la démocratie?

Nos compatriotes doivent prendre garde aux mystifications et aux  entreprises de diabolisation qui sont exercées contre eux par des groupes et des activistes puissants et habiles qui prétendent agir, en fonction de l’éthique, en leur nom alors qu’il ne faudrait pas creuser trop longtemps pour exhumer des convergences idéologiques.
Je gage que si les citoyens européens regardaient de plus près, en s’extrayant du piège politico-médiatique qui leur a été réservé et qui les tient à son noeud dialectique, ils discerneraient un autre enjeu qui devrait réclamer d’eux d’atteindre un niveau de délibération moins désinvolte que celui auquels ils s’adonnent, la bouche pleine d’anathèmes et de slogans.
S’ils ne savent le faire, ils corrompent eux-mêmes la démocratie à laquelle ils se prétendent attachés, mais que leurs exaltations conduisent à sacrifier sur l’autel d’illusions pernicieuses et de manipulations délibérées.

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Sur la page facebook du groupe « Défense Russie Liberté », même le vin californien est l’occasion de critiquer le Tafta et d’instrumentaliser la peur.

Je n’oublie pas les paroles de M. Poutine à la tribune de la session extraordinaire de l’ONU, fin septembre 2015. Elles permettent de distinguer la proie et l’ombre, car ce que nous propose M. Poutine n’est, ni plus ni moins, que nous tromper sur la proie pour choisir l’ombre.
« Je voudrais aussi noter, l’existence d’une autre manifestation de l’égoïsme économique en plein essor: il y a certains Etats qui optent pour la création d’associations économiques prioritaires à caractère restreint. Même les négociations qui les concernent sont menées en cachette, à l’insu de leurs citoyens, milieux d’affaires et sociétés civiles. Personne ne prend plus soin d’en informer d’autres Etats dont les intérêts peuvent être touchés par conséquent. Il se peut qu’on veuille tous nous mettre devant le fait accompli, que les règles du jeu viennent d’être réécrite au profit d’un groupe restreint, de ceux qui se considèrent choisis, même sans participation de l’OMC. »
« Cela est lourd de conséquences et peut provoquer le déséquilibre de tout le système financier, la défragmentation de tout l’espace économique mondial« 
, a prévenu M. Poutine, considérant que le TAFTA – auxquels tant, du FN à la gauche radicale, sont opposés – affecte pas moins que « les perspectives d’ensemble de l’économie mondiale ».

M. Poutine n’aime pas l’Union Européenne. Il n’aime pas l’Otan. Il n’aime pas le TAFTA. Il aime la force et, plus encore,  l’ancien officier du KGB aime jouer des cordes de la désinformation afin d’influencer et déstabiliser les opinions publiques au point qu’elles aillent d’elles-mêmes à son propre intérêt.
C’est son droit. Mais le droit de M. Poutin implique des citoyens européens un certain nombre de devoirs, au premier rang desquels se place naturellement celui de ne pas être dupes des instrumentalisations qui ont cours.
Cette Russie, celle d’une démocratie placée sous sa botte, de médias complaisants, des assassinats des opposants et des journalistes, d’empoisonnements au polonium 210, intrigue et manipule avec d’autant plus de facilité qu’elle ne manque pas de relais efficaces et dévoués dans les sphères nationalistes, souveranistes et de gauche radicale ainsi qu’en témoigne le coup de Jarnac que constitue l’adoption, à l’initiative du député LR Thierry Mariani, d’une résolution portant sur la levée des sanctions contre la Russie.
Ce vote, présenté comme un signe de soutien aux agriculteurs français, est révélateur puisqu’il a unifié des voix LR, FN, PS, souverainistes et gauche radicale. Pendant qu’ici, en douce France, certains plaident pour l’abandon du modèle productiviste,  la Russie s’enorgueillit de ses niveaux de production de céréales (blé, riz) et vise la premier rang des exportateurs mondiaux.

A Hanovre, le président Obama a exhorté les Européens à ne pas s’égarer dans les méandres de la contestation. « Nous ne pouvons pas nous permettre d’être divisés (…) Aucune nation, aussi grande et aussi puissante soit-elle, ne peut relever seule les défis [du XXIe siècle] (…) L’Amérique n’a pas de meilleur allié que l’Europe », avait-il dit.« Les Etats-Unis et le monde entier ont besoin d’une Europe forte, prospère, démocratique et unie », a-t-il dit.
Pour l’instant, un trop grand nombre d’entre nous ont choisi, avec le concours des médias, de demeurer dans le dédale de nos déraisons.
Hâtons-les de le quitter!

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