En appelant au djihad global en Syrie, quels intérêts sert Al-Qaida

Comme cela avait été le cas dès l’engagement, fin 2015 de la Russie dans la guerre civile syrienne, Al-Qaida relance son appel à l’unité de l’ensemble des forces djihadistes. Cette fois-ci, outre Ayman Al-Wazahiri, qui a succédé à Oussama Ben Laden, le fils du fondateur d’Al-Qaida lance un appel, sous couvert, paradoxalement, de lutte contre les infidèles, à l’unification du combat contre le régime de Bachar El-Assad, toutes bannières confondues de Daech aux rebelles dits modérés.
Certes, la situation sur le terrain, marquée par un repli des positions qui avaient été gagnées avant l’irruption de la Russie dans le jeu, peut expliquer cette stratégie présentée comme étant « une question de vie ou de mort ».
Nous aurions cependant tort d’analyser cette appel à l’aune d’une sorte de djihad global.

Je crois surtout que Al-Qaida, à travers ce que je crois être un stratagème redoutablement pervers, en exhortant à partir de la frontière syrienne « à libérer la Palestine », ouvre un piège dans lequelles les forces d’oppositions pourraient être tentées de tomber. Et, même si elles ne le faisaient pas, cette rhétorique continue à servir Damas puisqu’elle jette sur elles une ambiguité qui permet au régime de Bachar El-Assad, aux Russes, de prospérer sur une ligne qui consiste à discréditer par ce biais les différents segments de l’opposition syrienne et à amalgamer ces forces-là au djihad.
Quand Al-Qaida parle, il est audible. Qu’en est-il des représentants des rebelles dit modérés? Ils n’existent plus. Ils sont effacés de la carte.
Il sera possible dès lors de dire qu’ils n’ont jamais existé, ce que certains prétendent depuis le début du conflit.

Cet amalgame, le régime syrien le fait depuis le début.
C’est la clé de sa survie et il n’est pas interdit de penser que Damas ait pu sacrifier des populations, des villes entières de son territoire, pour précipiter spectaculairement Daech dans le jeu afin d’obtenir une situation si confuse qu’un chat n’y reconnaîtrait plus ses petits et, surtout, que les opinions publiques extérieures, d’autant plus sensibles qu’elles sont attaquées sur leur sol comme l’ont été la France et la Belgique, seraient prêtes à demander à leurs gouvernements de fermer les yeux sur une « complexité » présumée insoluble parce que rendue délibérément inextricable.

Dans le contexte d’une trève à Alep si difficile à trouver, Damas et Moscou jouent un jeu destiné à duper les USA et l’Europe. Moscou donne à croire qu’il attend de Damas qu’il respecte ses engagements, mais il ne tient pas la bride si haute, en réalité, à Bachar El-Assad. Il s’agit d’un jeu parfaitement planifié au sein duquel les intérêts objectifs d’une trève réelle et durable, à laquelle aspirent la communauté internationale et les Syriens eux-mêmes, ne sont partagés que par l’opposition dite modérée. Mais cette dernière est prise entre deux feux puisque deux protagonistes, Bachar El-Assad et les djihadistes comme Al-Nosra ou Daesh manifestent le fait que ce n’est pas leur intérêt. De fait, les djihadistes fournissent à Damas et le prétexte et l’argumentation à toujours resserer davantage son étau.
Peut-être que lorsque celui-ci aura totalement fait s’écouler le dernier sang de la Syrie Libre, Daesh et Al-Qaida disparaîtront ainsi qu’ils sont venus, en serviteurs « objectifs » de la cause du tyran syrien.

Il faut aller au-delà de l’analyse de la situation syrienne. Car la question syrienne exerce une influence politique bien au delà du sort de cette nation et de ses habitants.
Elle est levier considérable sur les opinions publiques européennes qui ont été entrainées dans ce jeu via la crise des réfugiés et via le terrorisme qui y a sévi, et cela n’est pas indifférent car cela se met en ligne avec des enjeux géopolitiques auxquels la Russie comme l’Iran ont de potentiels bénéfices à tirer.

Bien que cela n’ait eu aucune espèce de retentissement, il est difficile de ne pas intégrer la possibilité qu’Al-Qaida, aux termes d’accords stratégiques dont il pourrait ne pas être difficile d’en imaginer les termes, agisse en fonction des intérêts de l’Iran, pays au sujet duquel  Jean-Louis Bruguière a déclaré, devant la justice new-yorkaise. « Ces enquêtes m’ont amené à découvrir les débuts d’Al-Qaïda en Europe, et de mettre en évidence les liens naissants d’al-Qaïda avec la République islamique d’Iran. Abou Moussab al-Zarkaoui et son groupe affilié à Al-Qaïda, Ansar alislam, ont voyagé à travers le territoire iranien sur une base régulière et utilisé l’Iran pour des réunions clandestines, des activités qui impliquaient la complicité des services de renseignement de la République islamique d’Iran. Les membres du groupe de al-Zarkaoui  ne sont jamais venus à partir de Bagdad, mais ont toujours transité via l’Iran où ils disposaient d’excellents contacts. ».

Il est plus aisé pour croire résoudre les problèmes d’accepter les amalgames et de produire soi-même les éléments de langage, de rhétorique, de politiques, qui nous éloignent plus encore de la réalité.
Mais ce n’est pas la bonne démarche.

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