La police républicaine n’est pas une police patriote

Une partie des policiers de France a-t-elle l’intention de renverser le gouvernement et de peser sur la prochaine présidentielle au-delà de ce que procure à chaque citoyen sa participation au suffrage universel ?
C’est la question qui se pose après les manifestations du « peuple policier », ainsi qu’on a pu le voir invoqué. Elles se propagent depuis plusieurs nuits, depuis Paris, dans plusieurs villes de France.
La contagion menace et chaque policier, chaque citoyen, devrait être attentif à ce que porte en lui ce mouvement protestataire.

La tentative d’assassinat dont ont été victimes deux policiers dans l’exercice de leurs fonctions et qui sont à l’origine de l’explosion du mécontentement exprimé par les commissariats, est ignoble et ses auteurs doivent être et seront traduits devant la justice de notre pays.
Il ne fait aucun doute qu’ils le seront et l’auraient été, sans qu’il eût été nécessaire pour les forces de l’ordre de défiler, en scandant La Marseillaise, au risque de transformer l’image d’une police républicaine en une police patriotique, ce qui n’est déjà plus tout fait la même police et nous fait passer dans le désir d’un autre Etat.

Cette séquence enseigne beaucoup de choses, au-delà du soupçon légitime concernant l’instrumentalisation par le parti des Patriotes, le FN.
L’exaspération et la lassitude des gardiens de la paix est compréhensible. Chacun sait combien ils sont au front de toutes les contradictions et de toutes les violences qui minent la République.
Toutes ne sont pas le fait de la délinquance ordinaire, qui signe une déliquescence réelle, ni du terrorisme.
Les manifestations contre la loi El-Komri, la situation à Notre-Dame-des-Landes, témoignent – pour reprendre l’expression du directeur de la Sécurité Intérieure, M. Calvar, qui diagnostiquait, au printemps 2016, un état de la société tellement dégradé que « tous les extrémismes avaient intérêt à se manifester » – des fièvres qui s’emparent du pays.

Le terrain est fertile et tout le monde, dans la classe politique, n’a pas le scrupule ou la décence morale pour ne pas jeter de l’huile sur le feu. Il y a tant à retirer de tels désordres à quelques mois de la Présidentielle.
Les Français ont conscience de la difficulté de la tâche des forces de l’ordre et compatissent naturellement à une mission difficile et tellement nécessaire qu’elle exige de celles et ceux qui l’accomplissent un service irréprochable, une abnégation et une maîtrise exceptionnelles puisque l’État de droit repose, pour partie, sur eux.
Opposer ce service à celui de la justice, à l’exercice du gouvernement, de manière expéditive, est une dérive inacceptable et si elle le suit aujourd’hui, et commet l’erreur d’en entraîner le mouvement, la police se perdra.
Les policier, comme tous ceux et celles qui ont directement la charge de la sécurité publique, n’ont jamais été aussi soutenus par la population que depuis les attentats du 7 janvier 2015.
Cette sympathie, les magistrats, l’Etat et les politiques, qui ont des responsabilités qui doivent prendre en compte des paramètres plus larges, n’en bénéficient pas.

Les conditions d’une société équilibrée, d’une société qui veut retrouver le chemin de sa concorde, ne tiennent pas au vote de dispositions permettant, ainsi que certains politiques désireux d’afficher leur soutien aux policiers le proposent, de présupposer, à chaque fois qu’un policier ferait usage de son arme, une présomption de légitime défense.

Cette proposition est insidieuse. Dispenserait-elle le policier d’une enquête de l’IGPN ? Empêcherait-elle des éléments dans l’opinion publique de conserver leur suspicion ?
Elle aggraverait, au contraire, les soupçons.
Serait-elle de nature à éviter les ressentis communautaristes et de conserver la police française, aux missions si difficiles, qui l’accomplit dans un climat social et économique de plus en plus tendu, dans son intégrité républicaine ?
Je crois, au contraire, que le fossé se creuserait davantage et que les risques, pour les policiers eux-mêmes, s’en trouveraient accrus.

Ce qui se passe dans les villes des Etats-Unis d’Amérique, avec des soulèvements et des émeutes après des interpellations aboutissant à la mort de suspects, est-ce ce que l’on doit souhaiter à la société française ? Je ne veux pas parler de couleur de peau, ni de bavure. Je parle des villes à feu, des citoyens, de toutes origines et de toutes conditions, désemparés et submergés par la violence.
Faut-il un vieux fusil dans chaque maison pour s’en protéger?

J’entends bien un désir de révolution de palais qui se colporte impunément.
Mais ce n’est pas une révolution de l’esprit républicain car il ne suffit pas de chanter La Marseillaise en brandissant sa colère ou son exaspération pour servir la République.
Ce qui y effleure, en fait, a des relents d’envie de dictature et les applaudissements que reçoivent aujourd’hui les policiers ressemblent à ceux que la police française a pu recevoir en d’autres lieux et en d’autres temps, sous d’autres injonctions invisibles.
A ces moments-là, la police française s’est trompée.
Il a fallu plusieurs générations de policiers pour effacer ces taches et en faire ce grand corps sur lequel tous peuvent compter, en dépit des manoeuvres de quelques délinquants ou, si cela fait plaisir à certains, de quelques magistrats.
Mais ces récriminations, même si elles devaient être mutuelles, ont-elles du sens? Et sont-elles le reflet de la réalité du fonctionnement de la justice et du fonctionnement de la police nationale?
J’attends une police qui soit le dernier pilier, celui qui résiste, et parce qu’il est celui qui résiste celui auquel chacun d’entre nous peut arrimer la sauvegarde du fragile pacte républicain.

Bien à vous.

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