Archives d’Auteur: Daniel Ciccia

Barcelone, Valls, et l’Angélus de la conscience neuve

Je fonde beaucoup d’espoir dans la candidature de Manuel Valls à la mairie de Barcelone. J’ignore tout des rapports de forces politiques qui y sont établis et des chances que possède l’ancien Premier ministre français, adossé sur le mouvement Ciudadanos.
Il n’empêche, cette candidature fait plaisir à voir. Elle représente un courant d’air pur alors que l’Europe entière sent  le renfermé et est intoxiquée par les odeurs jaunes de souffre.

La dernière fois que j’ai pris la plume dans le cadre de cette publication, c’était la 1er octobre 2017, à l’occasion du soulèvement indépendantiste en Catalogne et je m’étais contenté de livrer une réflexion intitulée « Le supplice de la Sagrada Familia ».
A travers le coup de force constitutionnel des Indépendantistes catalans, c’est le malheur que je voyais se cristalliser, non seulement entre Barcelone et Madrid, mais, comme le symbole des maux qui le minent, à l’échelle de notre continent européen.

Alors, oui, dans ce contexte, je reconnais à M. Manuel Vals quelque chose qui va au delà du courage politique et bien que je ne sois pas dans sa tête, j’imagine que le choix de se porter à la conquête de la cité catalane est animé par la volonté de soutenir la place incomparable, symboliquement et culturellement, qu’occupe Barcelone dans nos cœurs et dans l’espace européen.

S’il y a un lieu où son propre itinéraire, son état civil comme sa famille, sa culture, devait le ramener, c’est incontestablement à Barcelone. C’est en ce lieu, et non à Evry ou dans l’Essonne, ou même à l’Assemblée nationale, que son expérience d’homme d’Etat peut lui permettre de servir le rayonnement de cette cité et de redresser sa dignité.
C’est là, à Barcelone, que Manuel Vals peut donc être utile à son temps, autant qu’à ses nouveaux électeurs et aux citoyens au service desquels il ambitionne de se mettre.
C’est, enfin, ici, à Barcelone, qu’il peut redonner à la « Catalanité » le caractère universel et lumineux qui est en train de lui échapper.
Cette catalanité constitue une force vitale.

L’enjeu, au sein d’une Europe malade, considérée par certains comme illégitime du point de vue historique, n’est pas limité au seul développement et à l’ancrage de la capitale catalane. L’enjeu est de faire retentir dans l’espace européen un son de cloche audible de tous parce qu’il redonne une petite chance à l’espoir de recouvrer une unité au sein de la famille européenne.
L’enjeu, c’est de répercuter ce petit son de cloche, de Barcelone à Madrid, de Londres à Berlin, de Paris à Rome, de Varsovie à Bucarest, etc, et, partout, faire résonner « l’angélus de la conscience neuve » pour reprendre l’expression si exacte de Jules Romain dans « La vie unanime ».
Il peut venir, ce son de cloche, de Barcelone et du point focal inattendu que représente sa cathédrale électorale.

Cela fait un grand enjeu pour les citoyens barcelonais car il y a dans la candidature de Manuels Valls la mesure du destin de Barcelone en tant que pôle européen. Un enjeu qui les dépasse peut-être mais qui les investit, qu’ils le veuillent ou non, au delà de l’intérêt municipal de la capitale catalane.
Eux seuls voteront le 26 mai 2019. Le même jour, ils voteront, d’ailleurs, pour les élections européennes.
Deux scrutins qui s’inscrivent comme un baptême dans les eaux du suffrage universel pour faire revenir l’Europe à ce qu’elle est; la restituer à ce qu’elle doit devenir.
J’ai envie, en tant que compatriote de Manuel Valls et de patriote européen, de compter sur eux.

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Le supplice de la Sagrada Familia

J’aimais beaucoup Barcelone, comme un Berlin du Sud qui elle aussi a souffert de l’Histoire et est devenue plus belle et typique grâce à cette souffrance. Son cosmopolitisme solaire semblait invincible. Il faisait d’elle une place à part dans l’Europe et peut-être même, avant l’heure, une ville capitale, énergétique, qui préludait un statut dépassant les vieux nationalismes et annonçant des temps nouveaux.

J’aimais bien Barcelone. Montserrat Caballé et Freddie Mercury brandissant ces quatre syllabes comme un glaive de lumière qui déchire tout nuage. J’aimais bien cette architecture unique, auquel Gaudi a donné son empreinte, érigeant pour la nouvelle Jérusalem à laquelle ce génie pieu s’est consacré un symbole cathédrale: « La Sagrada Familia » unique et demeurée inachevée.
Les travaux ont repris en 2010 et devraient voir le glorieux monument, au terme de longs et coûteux travaux, atteindre sa forme définitive, selon le vœu du Maître, pour le centenaire de la mort de Gaudi.Sagrada-Familia1
La ville fait corps avec son symbole et la famille sacrée opérait, chaque fois, que je me suis rendu dans cette ville, son indicible mystère et sa proclamation incertaine, contredite, nécessairement contredite.
L’œuvre de Gaudi va être achevée, au plus près de la manière dont il l’avait désirée, au XXIe siècle. Celui dont Malraux qui vit entrer au Panthéon, dans le cortège accompagnant les cendres de Jean Moulin, un peuple d’ombres surgi d’une nuit constellée de tortures à laquelle le nationalisme n’est pas étranger, avait imaginé que, pour se survivre à lui-même, il puisse devoir être religieux ou spirituel.
La Sagrada Familia matérialise cette espérance sans nom.
Elle n’est pas catalane, elle ne ruisselle pas de sang et d’or.
Elle est universelle comme l’âme de celui qui l’a conçu. Elle est l’antithèse de l’esprit de clocher et c’est pour cela qu’elle est aimée, malgré son caractère baroque et l’excentricité de ses formes.
Alors que l’Europe a besoin d’union et de dépassement de soi, les indépendantistes catalans ont fait le calcul de mettre la Sagrada Familia au supplice. Ils considèrent, avec un aplomb cérébral et théorique, que la démocratie et le droit à l’autodétermination des peuples leur confèrent ce droit au mépris de tous les autres et de toutes les pudeurs.
Une certaine manière d’être Catalan disparaît au profit d’une autre manière, brutale, obstinée, radicale, exclusive et totalitaire. Et cela ne manquera pas de faire des dégâts et de créer des lézardes.
Sans doute cette Catalogne paraît-elle plus forte aux yeux de certains. Mais elle y perd son génie naturel et sa distinction et elle fait acte d’irresponsabilité familiale au sein de l’Espagne où les velléités des Basques pourraient resurgir, au sein de l’Europe et du monde où l’épreuve de force qu’elle impose à l’Espagne sera scrutée par d’autres indépendantistes qui y puiseront leurs stratégies à venir.
Etrange manière, en tout cas, d’épouser le temps qu’annonce Gaudi,  l’espérance de Gaudi, la beauté grandiose de Gaudi.

République anti-cyclone

Ce que je dirais aux futurs candidats à la présidence de la République, si je pouvais m’adresser à eux, c’est qu’il est urgent de les voir s’entendre sur la manière de rendre, le moment venu, le meilleur service possible à la Nation et au peuple français.

Cela suppose de trouver le chemin exact, dans la géographie turbulente et complexe de nos passions politiciennes, qui mène au peuple, qui mène à sa réalité fondamentale. Elle n’est ni définie ni résolue par les équations partisanes auxquelles le peuple a fini par être réduit au point de ne plus pouvoir se reconnaître autrement que par elles.

Il est temps d’engager nos compatriotes dans un travail d’éclaircissement qui leur permette de reformuler ce qu’est leur identité, leur volonté, ce qui les fait, comment et pourquoi, Français dans notre patrie, dans l’Europe et dans le Monde.

Ce qui est gravé au fronton des mairies, des édifices publics, s’efface, subit tags et graffitis et les outrages du temps.
Acceptons-nous de les voir disparaître ou est-il temps de contribuer à la renaissance de nos valeurs?
D’autres, moins scrupuleux que nous le sommes et pouvons l’être, se proposent de le faire.
Ils se réjouissent déjà des perspectives que notre apparente impuissance à retourner la situation leur assure.

La solution aux crises diverses que nous traversons, c’est nous, le peuple, qui la détenons. Dans notre diversité et notre complémentarité. La République réside dans la complémentarité, pas dans le jeu perpétuel des antagonismes auquel il est si tentant de céder et qu’il faut proscrire aujourd’hui.

La Politique a été inexorablement abîmée au cours des années et est devenue, alors qu’elle devait être l’outil de notre discernement, de la qualité de notre délibération, celui de divisions et subdivisions infinies, ayant pour juge de paix la démocratie indifférente, elle, et les sondages intéressés.
Que croissant soit le nombre de ceux à vouloir que la démocratie soit directe est le signe de cet affaissement.
Toute cette précipitation politico-médiatique nous procure l’illusion de nous retrouver quand elle ne fait que nous perdre et de nous attacher à notre perdition.

Entraînons nos compatriotes hors du brouillard. La République a la puissance utile, avec l’ensemble des principes et du sens qu’elle porte en elle, avec ses voeux ténus qui encore vacillent dans l’obscurité, d’un anti-cyclone capable de lever la dépression qui pèse sur nous et ne semble pas vouloir nous lâcher.

Les crises qui sont les nôtres dénaturent et affaiblissent la volonté du peuple au point qu’il est désormais possible qu’il renonce à être et demeurer un peuple honorable, vaillant et franc, confiant dans ses élites, dans ses patrons, dans son avenir, pour n’être que celui de la défiance permanente.

Des gages, de la vertu, il en faudra. Pour emporter l’adhésion d’un peuple qui s’est senti, à raison souvent, à tort parfois, trahi par ses responsables et ses clercs, il faut un objectif clair et précis, un rendez-vous avec soi qui permette à chacun de s’y reconnaître.

Il faudra compter sur des élites intellectuelles, politiques, des chevilles ouvrières, des acteurs nouveaux, de dignes animateurs et protecteurs du débat national, pour rendre possible cela et transcender les dialectiques stériles, qu’elles soient des politiques ou des corps intermédiaires, qui n’ont joué le jeu, depuis des décennies, que de leur intérêt, et de leur influence sur parties du peuple.

La République a eu le tort de leur accorder le droit de fragmenter, pour un bénéfice que nous n’avons pas eu, l’unité nationale.

Juillet 2016 – les symptômes que j’avais alors identifié ne sont pas levés, mais les papillons du renouveau battent des ailes.

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Tous les chemins ne sont pas sur la carte

Quelques semaines après les attentats du 11 septembre 2001, au sujet desquels j’avais écrit qu’il fallait faire assaut d’innocence pour surmonter le défi qu’ils imposaient à la civilisation, dans le Paris froid, je suis entré à Notre Dame de Paris pour confesser, devant un prêtre hébété par cet aveu, que je porterais une parole destinée à sauver le monde.

Il faut un courage insensé et sans doute incompréhensible au commun des mortels pour articuler de tels mots. Ils ont la faculté de foudroyer un homme.

Quelques jours après les attentats du 7 janvier 2015, mon esprit a été submergé par la douleur, mais alors que chacun déclarait la guerre à un ennemi qui s’autodésignait ostensiblement, mon intuition me conduisait à suspecter que nos réactions collectives correspondaient précisément à ce que les instigateurs de cette guerre invisible, qui est une guerre qui ne montre d’elle que ce qui favorise ceux qui l’engagent et la nourrissent,  attendaient qu’elles soient.

Les attentats du 13 novembre 2015 m’ont atteint au plus profond et fait toucher le limites de mon principe d’élucidation, celui auquel je me suis voué, qui se tarrissait dans le bain de sang provoqué par les terroristes de Paris.
Le soir même, sur la page facebook de l’Elysée, alors que tous accusaient le salafisme comme étant à l’origine du fléau djihadiste, je postais pourtant une simple phrase dans le fil pour y dire que cette précipitation était trop rapide pour être honnête.
Elle correspondait à une intuition.
Ce 15 novembre 2015, je m’endormais mal avec ces mots, comme tournoyant en un mouvement circulaire, dans l’âme: « Seigneur, montre-moi ce qu’il y a à voir ».
Le 16, j’écrivais, sur ce blog même: « La trotteuse du djihad et le pendule de la Révolution Islamique d’Iran ».
Et le 17 novembre 2015, approfondissant le sujet: « Sauver Bachar El-Assad? Pourquoi. ».

Tous les chemins ne figurent pas sur la carte.
Cela ne signifie pas qu’ils n’existent pas et ne méritent pas d’être ouverts. Cela ne signifie pas qu’ils ne mènent pas quelque part.

Je ne m’explique pas que – était-ce le 8 janvier, le 9 ou le 10 ?- au Monoprix, de la place de l’hôtel de ville de Narbonne, où je me rendis pour quelques emplettes, alors que j’étais à la caisse, j’ai entendu deux trois personnes, deux hommes et une femme, dire à haute-voix, de sorte que, peut-être, je l’entendisse: « Ce sont vraiment des imbéciles. Ce n’est pas à Paris qu’ils devaient réaliser leurs attentats. Mais ici. ».
Quelques minutes avant, ils étaient dans le même rayon que moi. Mon attention avait été attirée par leur comportement.

C’est très déstabilisant lorsqu’on pense et écrit, au moment où tout n’est qu’hystérie, désir de guerre, une série de textes comme celui-ci . Ce sont des coïncidences auxquelles il m’est arrivé d’être confronté.
En terme de probabilité, tout de même, ayant écrit ce que j’ai écrit et développé ultérieurement la thèse sur l’origine et les buts du djihadisme islamique, un tel épisode  relève du mystère.

Tous les attentats m’avaient plongé dans un état second qui était un état premier.
Ceux qui sont postérieurs au 13 novembre 2015 et notamment celui du 14 juillet 2016, n’ont pas provoqué, au delà de l’émotion, un tel bouillonnement.
Comme si le mystère était percé.

La réflexion stratégique « Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation »  est disponible en suivant le lien proposé ci-dessous:
https://www.edilivre.com/catalog/product/view/id/804719/s/vulnerabilite-des-democraties-a-l-age-de-la-mondia-2571dccb4d/#.WCTQrbV1A8o

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La police républicaine n’est pas une police patriote

Une partie des policiers de France a-t-elle l’intention de renverser le gouvernement et de peser sur la prochaine présidentielle au-delà de ce que procure à chaque citoyen sa participation au suffrage universel ?
C’est la question qui se pose après les manifestations du « peuple policier », ainsi qu’on a pu le voir invoqué. Elles se propagent depuis plusieurs nuits, depuis Paris, dans plusieurs villes de France.
La contagion menace et chaque policier, chaque citoyen, devrait être attentif à ce que porte en lui ce mouvement protestataire.

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« Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation », bientôt publiée

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Le processus de publication de mon ouvrage: « Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation » entre dans sa phase finale. Je procède aux corrections des épreuves avant de délivrer le Bon à Tirer.
Développée dans le plus grand des isolements, cette réflexion participe au concours de la Réflexion Stratégique 2016 organisée par le Conseil Supérieur pour la Formation et la Recherche Stratégique.
Ce n’est pas un objet littéraire.
Ne bénéficiant pas du moindre support médiatique et de promotion, si vous désirez le commander, chacun peut manifester son intention d’achat directement auprès de l’auteur.
L’ouvrage est mis en vente au prix de 10,50€, plus les frais de livraison.
N’hésitez pas à le réserver en me contactant directement ou en passant, aussitôt que le livre sera disponible, par le site de vente en ligne de l’éditeur: https://www.edilivre.com/.
Le lien d’accès à la commande sera précisé dès qu’il sera disponible.

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L’omniprésent oeil de Moscou

Dans un article consacré à la montée des tensions entre les Etats-Unis et la Russie, Patrick Saint-Paul, du Figaro, consent à énumérer les soupçons de manipulations de la Russie sur les démocraties.
Je note particulièrement, en fin d’article, le passage qui concerne la montée de l’AfD, le parti populiste allemand qui a, aux dernières élections, fait voler en éclat la position centrale de la CDU, le parti de la chancelière.Voir l’article


« En Allemagne, le Kremlin est soupçonné d’instrumentaliser le parti populiste AfD (Alternative für Deutschland) pour déstabiliser la chancelière… Avec Angela Merkel, les relations avaient été cordiales jusqu’à ce que la chancelière se mette en travers de sa route en Ukraine. »
, écrit Patrick Saint-Paul.

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Le référendum ou l’abolition de la raison des peuples

Rien ne ressemble plus à un référendum qu’un autre référendum. En Hongrie, Viktor Orban, le premier ministre hongrois, a pesé de tout son poids pour obtenir de la Hongrie un plébiscite fondé sur le rejet de l’accueil des réfugiés qu’au nom de la solidarité entre membres de l’UE l’Europe souhaite répartir en fonction des moyens de chaque État.

Il ne l’a pas obtenu.

Viktor Orban n’a pourtant pas ménagé sa monture « anti-migrants ». Pour déclencher cette machine infernale référendaire supposée consacrer, face aux institutions européennes, la voix du peuple comme source de légitimité absolue, Viktor Orban a fait du millier de réfugiés à relocaliser dans son pays, un enjeu de souveraineté.
Le Royaume-Uni est passé par ce chemin qui a abouti, sur l’exaltation cumulée des peurs et de la souveraineté, au Brexit. Lire la suite

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Dans l’indifférence, une tentative de renversement théocratique est en cours

La Révolution Islamique d’Iran poursuit son renversement théocratique aux dépens des régimes sunnites et, particulièrement, à l’encontre de l’Arabie Saoudite, gardienne de l’orthodoxie et de deux des lieux saints majeurs de l’islam et aussi source du wahhabisme.

Ce statut, au sein du monde musulmam, est l’objet d’une attaque en règle, dont la crise à Mina est un symptôme évident: celle d’Al-Qaida est la plus spectaculaire puisque le régime doit faire face, à ses frontières, à des agressions régulières. Lire la suite

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