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Barcelone, Valls, et l’Angélus de la conscience neuve

Je fonde beaucoup d’espoir dans la candidature de Manuel Valls à la mairie de Barcelone. J’ignore tout des rapports de forces politiques qui y sont établis et des chances que possède l’ancien Premier ministre français, adossé sur le mouvement Ciudadanos.
Il n’empêche, cette candidature fait plaisir à voir. Elle représente un courant d’air pur alors que l’Europe entière sent  le renfermé et est intoxiquée par les odeurs jaunes de souffre.

La dernière fois que j’ai pris la plume dans le cadre de cette publication, c’était la 1er octobre 2017, à l’occasion du soulèvement indépendantiste en Catalogne et je m’étais contenté de livrer une réflexion intitulée « Le supplice de la Sagrada Familia ».
A travers le coup de force constitutionnel des Indépendantistes catalans, c’est le malheur que je voyais se cristalliser, non seulement entre Barcelone et Madrid, mais, comme le symbole des maux qui le minent, à l’échelle de notre continent européen.

Alors, oui, dans ce contexte, je reconnais à M. Manuel Vals quelque chose qui va au delà du courage politique et bien que je ne sois pas dans sa tête, j’imagine que le choix de se porter à la conquête de la cité catalane est animé par la volonté de soutenir la place incomparable, symboliquement et culturellement, qu’occupe Barcelone dans nos cœurs et dans l’espace européen.

S’il y a un lieu où son propre itinéraire, son état civil comme sa famille, sa culture, devait le ramener, c’est incontestablement à Barcelone. C’est en ce lieu, et non à Evry ou dans l’Essonne, ou même à l’Assemblée nationale, que son expérience d’homme d’Etat peut lui permettre de servir le rayonnement de cette cité et de redresser sa dignité.
C’est là, à Barcelone, que Manuel Vals peut donc être utile à son temps, autant qu’à ses nouveaux électeurs et aux citoyens au service desquels il ambitionne de se mettre.
C’est, enfin, ici, à Barcelone, qu’il peut redonner à la « Catalanité » le caractère universel et lumineux qui est en train de lui échapper.
Cette catalanité constitue une force vitale.

L’enjeu, au sein d’une Europe malade, considérée par certains comme illégitime du point de vue historique, n’est pas limité au seul développement et à l’ancrage de la capitale catalane. L’enjeu est de faire retentir dans l’espace européen un son de cloche audible de tous parce qu’il redonne une petite chance à l’espoir de recouvrer une unité au sein de la famille européenne.
L’enjeu, c’est de répercuter ce petit son de cloche, de Barcelone à Madrid, de Londres à Berlin, de Paris à Rome, de Varsovie à Bucarest, etc, et, partout, faire résonner « l’angélus de la conscience neuve » pour reprendre l’expression si exacte de Jules Romain dans « La vie unanime ».
Il peut venir, ce son de cloche, de Barcelone et du point focal inattendu que représente sa cathédrale électorale.

Cela fait un grand enjeu pour les citoyens barcelonais car il y a dans la candidature de Manuels Valls la mesure du destin de Barcelone en tant que pôle européen. Un enjeu qui les dépasse peut-être mais qui les investit, qu’ils le veuillent ou non, au delà de l’intérêt municipal de la capitale catalane.
Eux seuls voteront le 26 mai 2019. Le même jour, ils voteront, d’ailleurs, pour les élections européennes.
Deux scrutins qui s’inscrivent comme un baptême dans les eaux du suffrage universel pour faire revenir l’Europe à ce qu’elle est; la restituer à ce qu’elle doit devenir.
J’ai envie, en tant que compatriote de Manuel Valls et de patriote européen, de compter sur eux.

Le supplice de la Sagrada Familia

J’aimais beaucoup Barcelone, comme un Berlin du Sud qui elle aussi a souffert de l’Histoire et est devenue plus belle et typique grâce à cette souffrance. Son cosmopolitisme solaire semblait invincible. Il faisait d’elle une place à part dans l’Europe et peut-être même, avant l’heure, une ville capitale, énergétique, qui préludait un statut dépassant les vieux nationalismes et annonçant des temps nouveaux.

J’aimais bien Barcelone. Montserrat Caballé et Freddie Mercury brandissant ces quatre syllabes comme un glaive de lumière qui déchire tout nuage. J’aimais bien cette architecture unique, auquel Gaudi a donné son empreinte, érigeant pour la nouvelle Jérusalem à laquelle ce génie pieu s’est consacré un symbole cathédrale: « La Sagrada Familia » unique et demeurée inachevée.
Les travaux ont repris en 2010 et devraient voir le glorieux monument, au terme de longs et coûteux travaux, atteindre sa forme définitive, selon le vœu du Maître, pour le centenaire de la mort de Gaudi.Sagrada-Familia1
La ville fait corps avec son symbole et la famille sacrée opérait, chaque fois, que je me suis rendu dans cette ville, son indicible mystère et sa proclamation incertaine, contredite, nécessairement contredite.
L’œuvre de Gaudi va être achevée, au plus près de la manière dont il l’avait désirée, au XXIe siècle. Celui dont Malraux qui vit entrer au Panthéon, dans le cortège accompagnant les cendres de Jean Moulin, un peuple d’ombres surgi d’une nuit constellée de tortures à laquelle le nationalisme n’est pas étranger, avait imaginé que, pour se survivre à lui-même, il puisse devoir être religieux ou spirituel.
La Sagrada Familia matérialise cette espérance sans nom.
Elle n’est pas catalane, elle ne ruisselle pas de sang et d’or.
Elle est universelle comme l’âme de celui qui l’a conçu. Elle est l’antithèse de l’esprit de clocher et c’est pour cela qu’elle est aimée, malgré son caractère baroque et l’excentricité de ses formes.
Alors que l’Europe a besoin d’union et de dépassement de soi, les indépendantistes catalans ont fait le calcul de mettre la Sagrada Familia au supplice. Ils considèrent, avec un aplomb cérébral et théorique, que la démocratie et le droit à l’autodétermination des peuples leur confèrent ce droit au mépris de tous les autres et de toutes les pudeurs.
Une certaine manière d’être Catalan disparaît au profit d’une autre manière, brutale, obstinée, radicale, exclusive et totalitaire. Et cela ne manquera pas de faire des dégâts et de créer des lézardes.
Sans doute cette Catalogne paraît-elle plus forte aux yeux de certains. Mais elle y perd son génie naturel et sa distinction et elle fait acte d’irresponsabilité familiale au sein de l’Espagne où les velléités des Basques pourraient resurgir, au sein de l’Europe et du monde où l’épreuve de force qu’elle impose à l’Espagne sera scrutée par d’autres indépendantistes qui y puiseront leurs stratégies à venir.
Etrange manière, en tout cas, d’épouser le temps qu’annonce Gaudi,  l’espérance de Gaudi, la beauté grandiose de Gaudi.