Archives de Catégorie: Démocratie

Le supplice de la Sagrada Familia

J’aimais beaucoup Barcelone, comme un Berlin du Sud qui elle aussi a souffert de l’Histoire et est devenue plus belle et typique grâce à cette souffrance. Son cosmopolitisme solaire semblait invincible. Il faisait d’elle une place à part dans l’Europe et peut-être même, avant l’heure, une ville capitale, énergétique, qui préludait un statut dépassant les vieux nationalismes et annonçant des temps nouveaux.

J’aimais bien Barcelone. Montserrat Caballé et Freddie Mercury brandissant ces quatre syllabes comme un glaive de lumière qui déchire tout nuage. J’aimais bien cette architecture unique, auquel Gaudi a donné son empreinte, érigeant pour la nouvelle Jérusalem à laquelle ce génie pieu s’est consacré un symbole cathédrale: « La Sagrada Familia » unique et demeurée inachevée.
Les travaux ont repris en 2010 et devraient voir le glorieux monument, au terme de longs et coûteux travaux, atteindre sa forme définitive, selon le vœu du Maître, pour le centenaire de la mort de Gaudi.Sagrada-Familia1
La ville fait corps avec son symbole et la famille sacrée opérait, chaque fois, que je me suis rendu dans cette ville, son indicible mystère et sa proclamation incertaine, contredite, nécessairement contredite.
L’œuvre de Gaudi va être achevée, au plus près de la manière dont il l’avait désirée, au XXIe siècle. Celui dont Malraux qui vit entrer au Panthéon, dans le cortège accompagnant les cendres de Jean Moulin, un peuple d’ombres surgi d’une nuit constellée de tortures à laquelle le nationalisme n’est pas étranger, avait imaginé que, pour se survivre à lui-même, il puisse devoir être religieux ou spirituel.
La Sagrada Familia matérialise cette espérance sans nom.
Elle n’est pas catalane, elle ne ruisselle pas de sang et d’or.
Elle est universelle comme l’âme de celui qui l’a conçu. Elle est l’antithèse de l’esprit de clocher et c’est pour cela qu’elle est aimée, malgré son caractère baroque et l’excentricité de ses formes.
Alors que l’Europe a besoin d’union et de dépassement de soi, les indépendantistes catalans ont fait sciemment le calcul de mettre la Sagrada Familia au supplice. Ils considèrent, avec un aplomb cérébral et théorique, que la démocratie et le droit à l’autodétermination des peuples leur confèrent ce droit au mépris de tous les autres et de toutes les pudeurs.
Une certaine manière d’être Catalan disparaît au profit d’une autre manière, brutale, obstinée, radicale, exclusive et totalitaire. Et cela ne manquera pas de faire des dégâts et de créer des lézardes.
Sans doute cette Catalogne paraît-elle plus forte aux yeux de certains. Mais elle y perd son génie naturel et sa distinction et fait acte d’irresponsabilité familiale au sein de l’Espagne où les velléités des Basques pourraient resurgir, au sein de l’Europe et du monde où l’épreuve de force qu’elle impose à l’Espagne sera scrutée par d’autres indépendantistes qui y puiseront leurs stratégies à venir.
Etrange manière, en tout cas, d’épouser le temps qu’annonce Gaudi,  l’espérance de Gaudi, la beauté grandiose de Gaudi.

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Le référendum ou l’abolition de la raison des peuples

Rien ne ressemble plus à un référendum qu’un autre référendum. En Hongrie, Viktor Orban, le premier ministre hongrois, a pesé de tout son poids pour obtenir de la Hongrie un plébiscite fondé sur le rejet de l’accueil des réfugiés qu’au nom de la solidarité entre membres de l’UE l’Europe souhaite répartir en fonction des moyens de chaque État.

Il ne l’a pas obtenu.

Viktor Orban n’a pourtant pas ménagé sa monture « anti-migrants ». Pour déclencher cette machine infernale référendaire supposée consacrer, face aux institutions européennes, la voix du peuple comme source de légitimité absolue, Viktor Orban a fait du millier de réfugiés à relocaliser dans son pays, un enjeu de souveraineté.
Le Royaume-Uni est passé par ce chemin qui a abouti, sur l’exaltation cumulée des peurs et de la souveraineté, au Brexit. Lire la suite

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Retour vers le Futur (Back to Future)

L’Europe traverse une épreuve majeure.
Un nombre croissant d’eurosceptiques aura beau prétendre que l’Union Européenne usurpe son rôle et son identité, la construction européenne, depuis que ses bases ont été posées, est un édifice réel et dynamique.
Il ne lui a fallu que quelques dizaines d’années pour s’affirmer, pour s’ouvrir et s’élargir, ainsi que sa nature, sa géographie et sa projection l’y portent.
Les empires immobiles ne sont pas immuables. Ils périssent, vaincus par les forces qu’eux mêmes génèrent en voulant se protéger et en lâchant la proie pour l’ombre. Lire la suite

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L’Europe, vache à lait du Front National

Il ne faut certes pas anticiper sur les conclusions que l’enquête tirera, mais, d’ores et déjà, le caractère d’exception que s’est forgé, au cours des années, le Front National en laissant l’apanage de la corruption et de la magouille aux autres formations politiques, est mis à mal. Si les soupçons de Bruxelles sont fondées, ce sur quoi l’office anti-fraude saisi par Martin Schultz, président du Parlement européen, est chargé d’enquêter, le financement des postes d’une vingtaine d’attachés parlementaires FN par l’Europe, révélerait une pratique des plus cyniques. Au total, c’est un montant de 7,5 millions d’euros qui est en jeu sur la législature. Lire la suite